Macro-économie / Taux / Inflation / Zone euro / inégalités
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Zone euro : l’inflation n’a jamais été aussi injuste depuis 2006 /
Le différentiel auquel sont confrontés riches et pauvres se creuse
L’inflation enregistrée par la zone euro n’est pas seulement historique par son niveau (10 % sur un an en novembre) mais aussi par les inégalités qui en découlent. En effet, au sein de la zone euro, le différentiel de hausse des prix à la consommation auquel font face les 20 % les moins aisés et les 20 % les plus aisés n’a jamais été aussi important depuis 2006, affirme une étude de la Banque centrale européenne (BCE). Il s’établit à 2 points, quand il fluctuait entre -0,25 % et 0,25 % au cours de la décennie 2010, marquée par une faible inflation.
"Si l'on décompose l'écart d'inflation, les prix de l'électricité, du gaz et des autres combustibles et, de plus en plus, les prix des denrées alimentaires, sont les principaux moteurs de l'inflation plus élevée à laquelle sont confrontés les ménages à faibles revenus", expliquent Evangelos Charalampakis, Bruno Fagandini, Lukas Henkel et Chiara Osbat, économistes à la BCE. Cela peut surprendre mais les prix de l’énergie sont, aux côtés des dépenses de consommation liées aux hôtels et aux restaurants, également un facteur d’atténuation du différentiel d’inflation. En effet, la hausse des prix de l'énergie s’accompagne d’une augmentation des prix du transport, (qui comprend certes les dépenses en essence et en diesel, mais aussi les vols touristiques).
Cette inflation est d’autant plus injuste que les ménages les moins aisés sont ceux disposant de plus petits "coussins" pour absorber le choc inflationniste. Tandis que leur taux d’épargne est négatif (il atteint 40 % pour les 20 % les plus aisés), ils disposent d’un montant presque nul d’actifs financiers liquides (contre 40.000 euros en moyenne pour les plus aisés). "Pour une même augmentation des dépenses énergétiques, la réduction des économies pour les ménages du quintile de revenu le plus bas est plus de cinq ou six fois supérieure à celle des ménages du quintile de revenu le plus élevé ", indiquent les auteurs.
Les gouvernements européens n’ont pas laissé les ménages affronter seuls ce choc, ainsi qu’en témoignent les 2 points de PIB injectés (une part est également à destination des entreprises) dans l’économie cette année à l’échelle de l’Union européenne – environ 200 milliards d’euros d’après la Commission européenne – notamment au travers de baisse des taxes sur le carburant ou de blocage des prix de l’électricité et du gaz.
Reste que, dans un sondage mené par la BCE dont la question était "dans quelle mesure ces dispositions sont suffisantes pour maintenir vos dépenses essentielles habituelles en biens et services ?", le score moyen des interventions gouvernementales était le plus faible pour le quintile de revenu inférieur et le plus élevé pour le quintile de revenu supérieur. "Cela indique qu'il est possible d'améliorer la manière dont les mesures de soutien sont ciblées sur les ménages à faibles revenus", indiquent les quatre économistes. Il s'agit d'ailleurs d'une recommandation que la Commission européenne a formulée à l'occasion de la présentation de ses prévisions macroéconomiques d'automne.
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