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Comment les États européens devraient inonder les marchés obligataires en 2023 /
Cet inquiétant record que les émissions pourraient battre
Le marché obligataire souverain devrait continuer d’être très actif en 2023. Les dix plus grosses économies de la zone euro devraient émettre pour 1192 milliards d’euros d’obligations publiques l’an prochain, d’après des estimations préliminaires réalisées par Deutsche Bank, soit 10 % de plus qu’en 2022.
Lorsque l’on prend en compte la dette qui va arriver à échéance (raisonner en termes nets permet de mesurer la quantité de dette supplémentaire qui va être en circulation sur le marché), le chiffre atteindrait 391 milliards d’euros, soit une hausse de 7%.
En termes nets, la hausse des émissions provient du creusement des déficits publics (3,7 % du Produit intérieur brut contre 3,5 % en 2022, d’après la Commission européenne) en zone euro lié au ralentissement de la croissance et aux dizaines de milliards d’euros de mesures budgétaires de soutien à destination des consommateurs et des entreprises pour affronter le choc énergétique.
Béquille en moins
Ces émissions en augmentation pourraient se dérouler dans un contexte plutôt compliqué du côté de la demande. En effet, l’Eurosystème (19 Banques centrales nationales et la BCE) pourrait être moins présent sur le marché secondaire.
Confrontée à une inflation historique, la BCE a engagé la normalisation de sa politique monétaire depuis près d’un an et la prochaine étape, que le marché pressent pour début 2023, pourrait passer par la diminution de la quantité d’obligations publiques et privées qu’elle possède dans son bilan. Rappelons que, si elle a arrêté de faire grossir son bilan depuis juillet, la BCE réinvestissait les tombées de titres arrivant à échéance, ce qui constituait un soutien certain pour le marché obligataire.
À compter du début de l’an prochain, beaucoup s’attendent à ce qu’elle arrête de réinvestir une partie ou la totalité des titres arrivant à échéance (elle devrait dévoiler son plan ce jeudi après-midi), sa moindre présence sur le marché secondaire pourrait ainsi mettre en difficulté les émissions de dette sur le marché primaire.
Deutsche Bank parie que la BCE cessera de réinvestir la moitié des tombées de titre. En conséquence de quoi, les émissions "nettes-nettes [ajustée de la dette arrivant à échéance et des achats de la BCE, ndlr]", celles qui représentent ce que le marché aura à absorber, pourraient tripler l’an prochain, pour s’établir à 491 milliards d’euros (contre 178 milliards d’euros en 2022), du jamais vu depuis que la BCE a démarré ses programmes non conventionnels sur la dette souveraine en 2015. Dans le détail, la France pourrait figurer à la première des émissions "nettes-nettes" avec 132,3 milliards d'euros. Viendraient ensuite l'Allemagne (102,1 milliards d'euros) puis l'Espagne (82,2 milliards d'euros).
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