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FTX n’est pas Lehman Brothers / La faillite de l'exchange américain ne contaminera pas les banques
Tirer tous les enseignements de l’effondrement de FTX, la deuxième plus grosse plateforme d’échange de crypto-monnaie au monde et jusqu’ici considérée comme l’une des plus stables, prendra sûrement un certain temps. La poussière est loin d'être retombée à la suite de la mise en faillite de la société fondée par l’ex prodige de la crypto sphère Samuel Bankman-Fried, surnommé "SBF", devenu paria en quelques jours tandis que l’essentiel de sa fortune s’évaporait.
"Alors que les autorités de régulation cherchent à savoir si les fonds des clients ont été utilisés à mauvais escient, la comptabilisation finale de l'effondrement de FTX et de ses effets d'entraînement sur le marché plus large des crypto-monnaies pourrait prendre des mois", estiment ainsi les analystes de S&P Global Ratings. De nombreuses informations font état du siphonnage des comptes de FTX pour financer les paris risqués de la société de trading affiliée, Alameda Research. SBF aurait secrètement transféré 10 milliards de dollars de fonds clients de FTX à Alameda Research, selon différentes sources.
Et les conséquences d’un manquement aussi énorme qu’élémentaire dépassent de loin le propre sort de la plate-forme et du patrimoine de ses clients. L’effet de contagion, qui entraîne à la baisse les cours de l’ensemble des crypto-monnaies, vient du fait que "FTX avait des liens forts et diversifiés avec tout le secteur, agissant en tant que prêteur de dernier recours et investisseur en capital-risque" explique en effet Anto Paroian, le patron du fonds spéculatif en crypto-monnaies ARK36.
Le faux parallèle Lehman
D’aucuns, à l’image de Changpeng Zhao, le patron de Binance, la plate-forme d'échange numéro 1 du secteur des cryptomonnaies, n’hésitent pas comparer l’aspect systémique de la situation avec la crise provoquée par la faillite de Lehman Brothers en 2008. "Parallèle audacieux, mais pas tout à fait exact, car Lehman Brothers était une entité régulée et sa chute résulte en réalité d’une conjonction de facteurs qui puisent leur source, d’une part, dans le vent de dérégulation financière initiée par Ronald Reagan, poursuivie par Bill Clinton et parachevée par George Bush junior et, d’autre part, dans la politique monétaire extrêmement accommodante poursuivie par Alan Greenspan, le gouverneur de la Fed", remarque Frédérick Lacroix, avocat à la Cour et associé du cabinet Clifford Chance Europe.
"Or, ni FTX, ni le secteur des cryptos en général ne sont régulés", souligne-t-il. Ce qui a en particulier comme conséquence qu’en cas de faillite, les utilisateurs d’une plateforme d’achat de crypto-monnaies telle que FTX ne bénéficient d’aucun mécanisme réglementaire de garantie de leurs de leurs avoirs.
Si similitude il y a, elle concerne uniquement la fragilité du bilan, dont les conséquences se retrouvent amplifiées par la nature non réglementée des marchés de crypto-monnaies et la structure décentralisée de ses acteurs. "Les risques généraux de la crypto-finance correspondent étroitement à ceux des institutions financières traditionnelles, mais l'opacité du secteur les rend plus difficiles à mesurer", observe pour sa part Fabian Astic, de Moody's Investors Service.
"Les ‘bilans’ sont analogues aux bilans bancaires classiques et comportent généralement des types de risques de crédit, de liquidité et opérationnels similaires à ceux des institutions financières bancaires et non bancaires traditionnelles", poursuit-il. Alors qu'en revanche, "pour l'instant, la crypto-finance opère dans des cadres juridiques et réglementaires différents de ceux des banques".
La finance traditionnelle peu exposée
En particulier, "une distinction importante est que le système de crypto finance manque de backstops (exigence de provisionnement) prudentiel officiel tels qu'un prêteur en dernier ressort et d’une assurance des dépôts", souligne Fabian Astic.
Ce manque de réglementation des sociétés de crypto-monnaies, qui fait partie de leur attrait aux yeux de nombre d’investisseurs, signifie aussi que "les pratiques de gouvernance de ces sociétés sont sous-développées", pointent de leur côté les analystes de S&P Global Ratings. En conséquence selon eux de l’effondrement de FTX, il serait logique que la question du renforcement de la gouvernance et de la transparence prenne de l'importance à mesure que le secteur tente de rassurer les investisseurs et les clients. Et, "deuxièmement, la réglementation des marchés des crypto-monnaies, qui faisait déjà l'objet d'un débat sérieux, pourrait s'accélérer", prévoient-ils.
Les agences de notations traditionnelles sont par ailleurs d’accord sur le fait que les effets de contagion ne devraient pas s’étendre à la finance classique. "Les pertes sur les cryptos […] sont largement restées contenues dans la crypto-sphère, un point positif pour les banques et une preuve de leur approche assez prudente à la lumière de l'environnement réglementaire incertain", souligne Fadi Massih, vice-président de Moody's Investors Service.
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