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Macro-économie / Taux / Eric Lombard / Caisse des dépots

Macro-économie / Taux
Eric Lombard / Caisse des dépots

exclusif L'année 2023 vue par… Éric Lombard / Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2023 après une année 2022 marquée par les chocs inflationnistes, énergétique, géopolitique et monétaire. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Eric Lombard - Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations - Sebastien ORTOLA/REA
Eric Lombard - Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations - Sebastien ORTOLA/REA

Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale ?

Les perspectives globales sont nettement dégradées.

Il y a un ralentissement chinois massif, lié à l’éclatement de la bulle immobilière et à la stratégie zéro Covid du Gouvernement chinois. Outre-Atlantique, la forte hausse des taux favorise le ralentissement de l’économie américaine. Quant au Royaume-Uni, la situation continue à y être extrêmement compliquée, même si le nouveau Gouvernement met les moyens pour enrayer la crise.

En Europe, l’ensemble des pays sont confrontés à des prix énergétiques élevés et à des problèmes d’approvisionnement. Le PIB devrait au mieux stagner, au pire reculer dans la zone euro, cassant net l'effet rebond de la croissance post-Covid. Une récession est probable en Allemagne et Italie. Les perspectives macroéconomiques sont donc dégradées au niveau mondial, avec un choc inflationniste global, une hausse des taux généralisée. En conséquence, cette situation dégradée pèse sur le moral des ménages, qui est au plus bas historique dans toutes les économies occidentales.

Il est de notre devoir d’anticiper ces signaux pour contrer les chocs exogènes divers : quel impact du Covid-19 en 2023 ? Quelle évolution et quelles conséquences pour la guerre en Ukraine ? En outre, de nouvelles tensions géopolitiques et commerciales émergent : et pèseront sur les perspectives économiques.

 

Avez-vous élaboré plusieurs scénarios selon l’évolution de la guerre en Ukraine ?

Il est vain de chercher à prévoir l’évolution à venir de la guerre en Ukraine et son calendrier, comme il est vain de chercher à prévoir le timing et la forme des crises économiques. C’est l’anticipation et la réactivité qui comptent. Notre solidité financière nous permettra de répondre aux besoins de notre économie. Pour cela, oui en effet, nous anticipons des scénarios qui embarquent un ralentissement lié à la poursuite et/ou à l’aggravation de la guerre en Ukraine, mais également à d’autres facteurs. Notre grille de lecture des risques s’est considérablement enrichie !

 

La récession est-elle inéluctable en Europe d’ici les prochains mois ? Et en France ?

La croissance à moyen terme est menacée, à la fois du côté de l’offre mais aussi de la demande, par des risques exogènes (géopolitique, énergétique, sanitaire…) qui s’ajoutent aux vents défavorables que sont les tensions sur le marché du travail, le choc inflationniste et le resserrement des conditions monétaires et financières. En conséquence, le risque de récession dans les mois qui viennent est sérieux.

L’ampleur de cette probable contraction de l’activité dépendra essentiellement de la météo et de la situation sur le front énergétique, tant en termes de prix que de disponibilité, avec un secteur industriel particulièrement exposé.

Le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie sont les pays pour lesquels la récession semble difficilement évitable. Ce ralentissement sera accentué par le rationnement énergétique probable qui peut laisser place à une reprise au-delà de l’hiver.

Pour la France, les indicateurs avancés confortent une certaine résilience de la croissance sur le second semestre 2022, avec des surprises positives. L’ampleur du ralentissement dépendra de notre capacité à maîtriser notre consommation d’énergie, de la rigueur de l’hiver, qui conditionnera le rationnement énergétique. Il y a un consensus assez fort sur le fait que la récession en France sera un épisode court et peu marqué. Les indicateurs économiques de court terme notamment sur la consommation ne flanchent pas tant que ça.

 

L’inflation actuelle, d’où qu’elle vienne (matières premières, pénuries multiples, hausses de salaires), a-t-elle franchi son pic ?

Depuis deux ans, tous les prévisionnistes se sont régulièrement trompés sur l’ampleur, la source et le chiffrage de l’inflation. On note cependant qu’aux États-Unis, depuis quelques mois, l’inflation montre des signes de retournement. En zone euro et en France, où l’inflation est d’une autre nature, davantage tirée par les prix énergétiques, il semble que le pic d’inflation soit encore devant nous. La détente des prix observée sur les marchés mondiaux (prix du transport maritime, pétrole, métaux de base, produits alimentaires) est un bon signal mais cette détente mettra du temps à atteindre les biens et services. Il faudra attendre probablement le printemps pour confirmer que le pic d’inflation a été observé.

 

Dans un contexte où les entreprises ont besoin de liquidités pour maintenir leur croissance, craignez-vous des tensions sur les financements bancaires ?

Aujourd’hui, le marché ne connaît pas de problème de financement, ni du fait de taux élevés, ni du fait de manque de liquidité. Cependant, il peut y avoir un rétrécissement de l’accès au financement bancaire.

Dans ces périodes tendues, le groupe Caisse des Dépôts peut mobiliser l’ensemble de son pôle financier, avec ses gestions d’actifs, Bpifrance et La Banque Postale pour jouer pleinement son rôle contracyclique. Nous pouvons agir fortement et rapidement.

 

Quels changements structurels sont devant nous ?

Nous n’en avons pas forcément encore tous conscience, mais les signes d’un changement de régime structurel sont là : ceux-ci vont déboucher sur de nouveaux équilibres macroéconomiques (croissance, inflation) et financiers (taux d’intérêt, valorisation des actifs dont immobilier).

Ainsi, le régime d’inflation basse des années 2010 (environ 1 % par an) a tout lieu de se transformer en un régime d’inflation plus élevée dans la décennie future, avec une inflation 1 point ou plus de 1,5 point plus élevée.

Nous passons également d’une période d’abondance de facteurs d’offre (initiée après la chute du mur de Berlin, l’entrée de la Chine dans l’OMC) à une période de chocs d’offre négatifs : Covid19, crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, recherche tous azimuts de souveraineté avec développement de stratégies non coopératives entre États et blocs, changement des chaînes de production des entreprises, orientation du marché du travail, mais aussi accélération de la transformation écologique… La transformation de nos économies, et plus largement de nos sociétés, est engagée.

 

La crise économique actuelle n’est-elle pas une opportunité pour accélérer la transition énergétique ?

Nos choix collectifs vont être déterminants face aux tensions géopolitiques, aux enjeux environnementaux et sanitaires, aux défis sociétaux et démocratiques, au vieillissement et à la transition numérique.

L’urgence absolue est de transformer notre économie en faisant l’hypothèse qu’elle peut être liée à nouveau à la création de richesses. Cette création de richesse viendra de la transformation écologique. Pour renouer avec ce principe, il faut nécessairement en passer par un ajustement de notre système économique qui nécessite une redistribution plus grande au profit des entreprises et de leurs salariés.

Selon I4CE (Institut de l’économie pour le climat), il faudrait investir 15 milliards d’euros supplémentaires chaque année jusqu’en 2023, puis plus de 30 milliards en plus par an entre 2024 et 2028, dans les secteurs du bâtiment et de la rénovation, des transports et des énergies renouvelables, pour rattraper notre retard sur l’atteinte des objectifs climatiques nationaux, tels que définis par la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC).

Pour pouvoir effectuer ces investissements, nous avons besoin d’augmenter le volume des investissements tout en acceptant une moindre rentabilité de nos activités. À la Caisse des Dépôts, nous privilégions l’affectation de financements dans les projets de transformation écologique et nous acceptons une moindre rentabilité sur les projets d’intérêt général que nous finançons, autour de 4 % … ce qui reste une rentabilité qui protège nos fonds propres en termes réels.

En matière de préservation des écosystèmes et notamment des ressources naturelles, nous proposons des solutions aux entreprises, collectivités, acteurs financiers, que nous nous appliquons également à nous-mêmes pour à la fois prendre conscience de leur empreinte sur la nature, éviter cet impact, le réduire et en dernier recours compenser les atteintes aux écosystèmes.

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