Entreprises / Actions / rémunération / CAC 40 / dirigeants / conseils d'administration / comités de rémunération / Sanofi / TotalEnergies / grèves
Entreprises / Actions
rémunération / CAC 40 / dirigeants / conseils d'administration / comités de rémunération / Sanofi / TotalEnergies / grèves
En matière de rémunération, les patrons auront toujours tort / La double peine assurée
"Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit". La pensée de l’évêque Saint François de Sales se vérifie plus que jamais ces jours-ci. Après la grève organisée, en octobre dernier, par les salariés de plusieurs raffineries de TotalEnergies réclamant une hausse de leur salaire, en plein contexte inflationniste, - et entraînant au passage des files d’attente monstres dans les stations-services-, c’est au tour des employés de Sanofi de réclamer, depuis le 14 novembre dernier, une revalorisation salariale de 10% en 2023 accompagnée d’une prime de 10 000 euros. Résultat : des pénuries de médicaments et notamment de paracétamol et d’amoxicilline alors que la France est touchée de plein fouet par une triple épidémie de Covid-19, de bronchiolite, et de grippe.
Des rémunérations qui paraissent hors-sol
Objet commun de leur courroux : la rémunération jugée démesurée de leur dirigeant respectif. Elle aurait pour Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies ainsi que pour Paul Hudson, directeur général de Sanofi (estimée à 8,96 millions d’euros, selon Proxinvest), augmenté de 52% en un an. Un chiffre repris depuis très souvent par une partie de la classe politique mais aussi des commentateurs qui crient au scandale.
A l’origine, la dernière édition du rapport annuel de Proxinvest, publiée il y a quelques semaines, sur les rémunérations des dirigeants au titre l’année 2021 faisait état d’une rémunération totale moyenne des présidents exécutifs du CAC 40 en augmentation de 52% par rapport, non pas à 2020 mais à 2019 (période pré-crise sanitaire) (53% à échantillon constant), pour atteindre les 7,9 millions d’euros, soit plus de 100 fois la rémunération moyenne des salariés, du jamais vu depuis 15 ans selon le cabinet de conseil.
Qu’importe, il n’en fallait pas moins pour lancer la polémique. Le député LFI Alexis Corbière clamait, en octobre, que "les grévistes des raffineries (avaient) raison, (créant) un rapport de force qui doit leur permettre d’obtenir satisfaction sur quelque chose de minimum : une augmentation de 10% des salaires, à l’heure où le grand patron a cru bon de s’augmenter de 52%". Son collègue, Léo Walter, député lui aussi LFI, twittait quant à lui le 5 décembre dernier, "avec les camarades de la CGT Sanofi pendant que les actionnaires se gavent et que le patron s’augmente de 52%, les salaires stagnent".
Des justifications vaines
Des accusations qui avaient poussé Patrick Pouyanné à publier, le 18 octobre dernier, sur les réseaux sociaux l’évolution de sa rémunération depuis 2017. Une tentative de justification publique qui s’est finalement retournée dans l’opinion publique contre son auteur. "Elle est constante sauf en 2020 car j’ai volontairement amputé mon salaire et ma part variable a normalement baissé avec les résultats de TotalEnergies", écrivait-il sur Twitter. En effet, si en 2021, le dirigeant a perçu 5,9 millions d’euros (soit une progression de 51,7% sur un an), sa rémunération "n’était que" de 3,9 millions d’euros en 2020 (-36,4% sur un an) contre 6,2 millions d’euros en 2019.
Rappelons que durant la pandémie et en solidarité avec leurs salariés, qui ne percevaient en raison des règles du chômage partiel que 84% de leur salaire net du fait de la fermeture des usines pour respecter les restrictions sanitaires, plusieurs grands patrons avaient en effet décidé, à grand renfort de communication, de céder temporairement une partie de leur rémunération. Selon une étude de Ethics & Boards, 17 d’entre eux avaient réduit leur part fixe, dix avaient abaissé leur part variable et six avaient diminué les deux. En moyenne, un quart de leur rémunération a été donnée à des "actions de lutte contre le Covid-19". D’autres entreprises, alors qu’elles n'y étaient pas forcées par le gouvernement car n’ayant pas eu recours à des aides publiques, avaient également décidé de renoncer à la distribution des dividendes.
Le mal est fait
Un coup d’épée dans l’eau puisqu’aujourd’hui, les salaires des grands patrons sont simplement revenus à un niveau normal et que la classe politique et les syndicats ne retiennent que l’augmentation faciale de leur rémunération de 52%. A-t-elle réellement augmenté pour autant ? Les commentateurs peu avisés oublieront de préciser que la rémunération variable fluctue en fonction des performances de l’entreprise et du contexte économique dans laquelle elle évolue. Ainsi, dans la synthèse de rémunération de l’énergéticien français, l’on peut lire que la valorisation des actions de performance attribuées à Patrick Pouyanné valait 714 240 euros en 2020 contre 1,97 million d’euros pour l’exercice 2021, pour 20 000 actions accordées en plus.
De même, il semble utile de le rappeler : la rémunération du dirigeant d'une entreprises cotée n’est pas décidée par le patron lui-même. Sa détermination respecte les règles du code Afep-Medef. Il revient, en effet, au comité des rémunérations du conseil d’administration de proposer les parts fixe et variable octroyées au dirigeant. Celles-ci doivent ensuite être approuvées par les actionnaires en assemblée générale (régle du Say on Pay). Et preuve que ces derniers sont capables de s’opposer à une résolution de rémunération : en 2020, les actionnaires de Sanofi, justement, n’avaient pas hésité à s’opposer, à près de 58,1%, au package de départ en retraite du précédent directeur général, Olivier Brandicourt. L’ancien patron devait recevoir au titre de 2019 un salaire fixe de 800.000 euros (calculé prorata temporis), un bonus de 1,16 million (soit 144% du fixe pour une cible à 150%), 220.000 stock-options à un prix d'exercice unitaire de 76,7 euros, et 50.000 actions de performance. Des gratifications que le conseil d’administration s’était vu obligé d’annuler en partie.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

