Macro-économie / Taux / grèves / Mouvements sociaux / croissance / économie française
Macro-économie / Taux
grèves / Mouvements sociaux / croissance / économie française
Grèves : un impact très limité sur l’économie française / Retour sur 30 ans de mouvements sociaux
Quel est l’impact des grèves sur l’économie française ? N’en déplaise à ceux qui voudraient "mettre à genoux l’économie française", l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) explique qu’au-delà des perturbations momentanées et localisées, l’impact durable sur l’économie de notre pays demeure faible.
Alors qu’encore plus d’un million de manifestants sont appelés à descendre dans la rue un peu partout en France lors de la journée de mobilisation du 7 mars contre le projet de réforme des retraites, le mouvement social entamé en janvier ne devrait pas être suffisamment important pour avoir un "impact macroéconomique significatif", estime Charlotte de Montpellier, économiste senior chez ING. L’impact microéconomique sur certains secteurs serait également "très limité", poursuit-elle.
Même pas mal
L’impact économique d’une grève peut être défini comme la somme d’effets directs, sur les entreprises concernées, et indirects, sur les entreprises pénalisées dans leur activité par les problèmes de transport et d’approvisionnement. Ainsi, en observant la croissance économique sur la période de grèves et en comparant ces données à une situation contrefactuelle estimée où il n’y aurait pas eu de perturbations, il est possible d’estimer a posteriori l’impact d’une grève sur la croissance.
Demain ne sera que la sixième journée de mobilisation depuis le début de l’année et les perturbations ont été, pour l’instant, limitées à quelques secteurs très spécifiques, comme les transports ou les raffineries. À ce stade, l’impact du mouvement social serait presque "imperceptible", explique l’économiste. Par ailleurs, compte tenu du développement du télétravail depuis la pandémie, il est probable que les "coûts indirects" des perturbations dans les transports sur les autres secteurs d’activité soient "beaucoup plus limités" qu’auparavant.
Toutefois, si la mobilisation devait s’intensifier "de manière drastique" et que certains secteurs étaient bloqués pendant plusieurs semaines, l’impact sur la croissance pourrait devenir quantifiable, de l’ordre de 0,1 à 0,2 point de pourcentage du PIB. Pour autant, ce scénario semble encore aujourd’hui "très peu probable", rappelle Charlotte de Montpellier.
Les leçons de 1995, 2010 et 2018
Pour mieux apprécier les conséquences d’une grève sur notre économie, le mieux reste encore de se plonger dans le passé. Par chance, l’Hexagone ne manque pas de précédents. Globalement, les estimations de l’Insee sur les principaux mouvements sociaux des trois dernières décennies montrent que, si l’activité peut être affectée dans certains secteurs, les grèves n’ont guère d’effet durable sur la croissance économique. L’impact est le plus souvent limité à la période de mobilisation et les pertes enregistrées sont généralement rapidement compensées dans les mois qui suivent.
Par exemple, les grèves de 1995 contre le plan Juppé et sa réforme des retraites, souvent prises en exemple par les syndicalistes, auraient eu un impact inférieur à 0,2 point du PIB au quatrième trimestre de cette même année, alors que les tensions sociales avaient duré trois semaines, avec un blocage important des transports publics. Cette baisse avait été ensuite très largement compensée par une hausse de l’activité au trimestre suivant. Les constats de l’institut statistique sont similaires pour les mouvements sociaux de 2010 ou encore de 2018, au plus fort du mouvement des gilets jaunes.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

