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Macro-économie / Taux / Christophe Périllat / Valeo

Macro-économie / Taux
Christophe Périllat / Valeo

exclusif L'année 2023 vue par... Christophe Périllat / Directeur général de Valeo

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2023 après une année 2022 marquée par les chocs inflationniste, énergétique, géopolitique et monétaire. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Christophe Périllat, directeur général de Valeo
Christophe Périllat, directeur général de Valeo

 

Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale ? Avez-vous élaboré plusieurs scénarios selon l’évolution de la guerre en Ukraine ?

Il est encore difficile d’établir des perspectives pour l’économie mondiale, tant les incertitudes sont considérables. Nous sortons d’une année 2022 très difficile pour le marché automobile, surtout en Europe. Se sont conjuguées l’invasion russe en Ukraine, bien sûr, mais aussi l’inflation qui avait fait son retour dès 2021 et la tension des chaînes d'approvisionnement qui est restée forte, notamment pour les semi-conducteurs. L’Europe est confrontée à une grave crise énergétique. La Chine peine à relancer la croissance intérieure, même si la levée rapide de la politique Zéro-Covid devrait aider.

Face à ce contexte incertain, il est important de prendre les sujets les uns après les autres. Tout d’abord, les carnets de commandes des constructeurs restent supérieurs à la normale, les délais de livraison de véhicules neufs restent longs. Aussi l’impact de l’assombrissement des perspectives macroéconomiques sur la production automobile devrait être atténué. D’autant que nous voyons une amélioration trimestre après trimestre de l’approvisionnement en semi-conducteurs.

En revanche, ce qui va rester en haut de notre agenda pour 2023, c’est l’inflation, dont nous pensons qu’elle est structurelle, en particulier en raison du coût du développement durable : énergie, coûts salariaux, matières premières… Aussi nous maintiendrons en priorité nos efforts pour en éliminer les effets, en négociant avec nos clients des compensations à hauteur de 100 %, c’est impératif.

Et, nous allons poursuivre avec la même agilité que celle dont nous avons fait preuve pour traverser les dernières crises. Nous avons plus de deux milliards de composants qui entrent chaque jour dans nos usines, et en dépit de la pénurie de semi-conducteurs, nous avons toujours réussi à livrer nos clients, notre chaîne d’approvisionnement a résisté. Nous allons poursuivre notre feuille de route grâce à notre solidité et notre leadership technologique dans les domaines clés de la mobilité. Aussi nous abordons 2023 avec confiance.

 

La récession est-elle inéluctable en Europe d’ici les prochains mois ? Et en France ?

C’est très simple : il ne peut pas y avoir d’industrie sans énergie. Et il ne peut pas y avoir d’industrie compétitive sans énergie compétitive. Je suis donc très inquiet de la hausse des prix de l’énergie qui fragilise toute l’industrie européenne. Chez Valeo, nous avons couvert une partie importante de nos coûts énergétiques sur 2023, mais qu’en est-il de nos fournisseurs européens ? Du tissu de PME qui alimente l’emploi et donc la demande en Europe ? Il faut que l’Europe réagisse en assurant à chaque acteur économique une énergie compétitive ; elle en a les technologies, le savoir-faire et les moyens.

Mais ce sont des solutions de moyen terme, aussi dans ce contexte, la force de Valeo résidera dans sa présence sur tous les continents, et notamment en Asie qui devrait rester un marché relativement plus porteur.

 

La crise économique actuelle n’est-elle pas une opportunité pour accélérer la transition énergétique ?

La crise nous contraint à nous réinterroger sur le sens de ce que nous faisons. Très clairement, accélérer la transition énergétique pour lutter contre le réchauffement climatique est un impératif. Il est urgent que nous agissions maintenant si nous voulons maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 1,5 °C.

L'empreinte carbone du transport routier représentant 18 % des émissions mondiales, le secteur automobile a un rôle majeur à jouer et se voit donc confronté à la plus grande transformation de son histoire. Chez Valeo, nous nous préparons à ce bouleversement depuis plus de dix ans et nous accélérons pour relever ce défi. Nous avons pris l’engagement d’une neutralité carbone de nos activités en 2050, avec une réduction dès 2030 de nos émissions de 45 % sur l’ensemble de notre chaîne de valeur, y compris grâce à l’usage de nos produits. Nous avons beaucoup investi pour rendre la mobilité électrique plus efficace, que ce soit grâce à nos technologies d'électrification haute tension, nos technologies 48V ou nos systèmes de gestion thermique. Concernant ces derniers, nous avons développé des systèmes thermiques qui permettent d'offrir aux passagers de chauffer ou de climatiser leur voiture, sans avoir à faire de compromis sur l’autonomie.

Il faut donc remettre la crise que nous vivons en perspective. Elle est un avant-goût de ce qui nous attend. Il y aura davantage de crises et de turbulences qui exigent une forte capacité d'adaptation. Il y aura davantage de pénuries d'approvisionnement, car les matériaux utilisés dans un monde décarboné ne sont pas ceux que nous utilisions auparavant. Et il y aura plus d'inflation parce que la "production décarbonée" coûte plus cher. Seuls ceux qui seront préparés réussiront. Nous en ferons partie.

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