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Macro-économie / Taux / Thierry Le Hénaff / Arkema

Macro-économie / Taux
Thierry Le Hénaff / Arkema

exclusif L'année 2023 vue par… Thierry Le Hénaff / Président-Directeur Général d'Arkema

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2023 après une année 2022 marquée par les chocs inflationniste, énergétique, géopolitique et monétaire. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Thierry Le Hénaff - Président-Directeur Général d'Arkema - DR
Thierry Le Hénaff - Président-Directeur Général d'Arkema - DR

 

Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale ?

Nous observons un ralentissement sur cette fin d’année, amplifié par des déstockages des chaînes d’approvisionnement, particulièrement sur les marchés liés à la construction.

Il faut néanmoins se garder d’extrapoler le moment présent. La visibilité est faible et le passé récent a montré qu’aucun semestre ne se ressemble et que de nombreux paramètres géopolitiques ou macroéconomiques peuvent changer la donne assez rapidement.

Pour l’an prochain, nous nous attendons à des différences sensibles entre les trois grandes régions du monde. Nous supposons à ce stade une demande globale en retrait au premier semestre par rapport à la base élevée de 2022 et un rebond à partir du milieu d’année.

De manière plus spécifique, une amélioration en Europe à court terme semble peu probable compte tenu des différents facteurs connus (coût de l’énergie, inflation, guerre en Ukraine…).

L’évolution de l’activité en Chine est difficile à prédire à ce stade mais nous pouvons espérer une reprise progressive après le nouvel an chinois si les mesures anti-Covid continuent à être levées progressivement et si des mesures sont mises en place pour soutenir l’économie chinoise.

Nous pensons que c’est l’Amérique du Nord qui devrait s’en sortir le mieux et observer une croissance de son activité économique l’an prochain.

Le déstockage de fin 2022 pourrait enfin créer un effet ponctuel de rebond des volumes ici ou là au cours du premier trimestre.

 

Avez-vous élaboré plusieurs scénarios selon l’évolution de la guerre en Ukraine ?

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février dernier a percuté de plein fouet un monde en convalescence, déjà fragilisé par la pandémie de Covid-19. Plus cette guerre dure, plus l’économie mondiale et notamment européenne souffre et doit s’adapter.

Le Groupe Arkema a été le témoin depuis son introduction en Bourse en 2006 de plusieurs crises de l’économie mondiale et a su à chaque fois s’adapter rapidement à la nouvelle donne.

Notre culture interne est de travailler sur un scenario de base dans lequel nous croyons et d’être agile en cas de variation autour de ce scénario.

Nous évitons ainsi de disperser l’énergie des équipes à se préparer à différents cas de figure.

Dans cet environnement exigeant et incertain, nous restons concentrés sur la gestion de nos coûts et de nos chaînes d'approvisionnement, ainsi que la maîtrise de l’inflation par nos prix de vente, tout en poursuivant la mise en place de notre stratégie long terme centrée sur les matériaux innovants et de haute performance qui contribuent aux solutions pour le développement durable et la transition énergétique.

 

La récession est-elle inéluctable en Europe d’ici les prochains mois ? Et en France ?

L’Europe ne pourra probablement pas éviter la récession au cours de l'année prochaine compte tenu des éléments de contexte (coût de l’énergie, inflation, guerre en Ukraine…).

Il est difficile de ne pas l’intégrer dans nos prévisions, mais la vraie question est celle de sa durée. Paradoxalement, elle dépendra sans doute en partie du comportement des économies américaine et chinoise. Si les USA évitent la récession, ce qui est plausible, et si la Chine réouvre le pays et infléchit sa politique Covid, notre sentiment est que la récession Européenne pourrait ne pas trop durer.

Cela implique néanmoins des réponses à la crise de l’énergie qui indirectement pèse sur la demande européenne et directement sur la compétitivité relative de nombreuses entreprises et de sites industriels du vieux continent.   

 

Faut-il s’inquiéter d’un découplage entre les États-Unis et la zone euro ?

Le grand défi de la zone euro à court terme mais aussi à plus long terme est le décalage de compétitivité actuel par rapport à la Chine et aux USA. Il est lié au coût d’accès à l’énergie mais aussi à l’accès aux matières premières de bases. Il crée un double handicap sur la difficulté à exporter et la vulnérabilité aux imports des autres régions.

L’Amérique du Nord apparaît mieux placée que l'Europe pour croître dans les années à venir par leur compétitivité, par le programme massif de soutien à l’économie qui se met en place avec l’IRA et par leur évolution démographique favorable.

La réponse pour un acteur industriel s’il est global, est d’allouer le déploiement de ses capitaux sur les zones à plus fortes croissance et compétitivité, même si fournir majoritairement chacune des régions à partir d’une base locale nous semble nécessaire.

Pour les gouvernements des pays européens, il est ainsi indispensable d’apporter rapidement des réponses à ces mêmes industriels sur le plan de l’énergie, et des subventions pour les projets essentiels que sont ceux liés à la transition énergétique.

Aujourd’hui, l’Europe est en risque de désindustrialisation. Il est impératif et urgent qu’elle mette en place, comme le propose la Commission Européenne, une réponse globale et massive pour stimuler la compétitivité industrielle face à ces menaces.

 

Le ralentissement économique chinois vous préoccupe-t-il ?

Il existe en fait depuis le printemps et le confinement lié au Covid. La situation n’a pas montré depuis de réels signes d’amélioration et la fin d’année confirme le ralentissement de la demande.

C’est d’évidence un sujet d’attention mais il faut croire à l’agilité et la capacité de rebond du pays. Un point clé sera une politique plus souple vis-à-vis du Covid et la reprise des visites des étrangers dans le pays. Notons que le ralentissement actuel est amplifié par les déstockages des chaînes d’approvisionnement et ne reflète pas totalement la demande sous-jacente.

  

L’inflation actuelle, d’où qu’elle vienne (matières premières, pénuries multiples, hausses de salaires), a-t-elle franchi son pic ?

L’inflation est actuellement une des préoccupations principales dans le monde et notamment en Europe où l’inflation des matières premières et de l’énergie est la plus forte.

Fondé sur nos propres achats, notre sentiment est que les matières premières ont atteint une asymptote pour beaucoup d’entre elles à la fin de l’automne et qu’elles commencent à fléchir. Ce fléchissement est conforté par la relative faiblesse de l’économie. De manière corrélée, les pénuries se résorbent pour la plupart d’entre elles confirmant l’effet de sur réaction de l’économie post Covid selon un phénomène bien connu : baisse forte de la demande (au moment du Covid), ajustement des capacités industrielles et stock bas, rebond de la demande, difficultés techniques de l’industrie, pénurie et inflation, normalisation, …

Il est également intéressant de constater que la hausse des prix de consommation de la zone euro s’est affichée en léger recul en novembre pour la première fois depuis l’été 2021.

 

La crise économique actuelle n’est-elle pas une opportunité pour accélérer la transition énergétique ?

La transition énergétique peut être une partie de la réponse à la crise actuelle si son impact sur la compétitivité des pays les plus en avance sur le sujet et des entreprises y opérant est maîtrisé, comme son rythme de mise en place. Notons que tout en offrant des opportunités très intéressantes de croissance nouvelle, la transition énergétique a un coût et contribue dans une certaine mesure à l’inflation.

En ce qui concerne notre activité, la transition énergétique irrigue nos décisions et initiatives stratégiques. Nous avons développé une expertise unique autour de la science des matériaux qui nous permet de proposer des solutions durables : des matériaux plus performants, plus légers, plus économes en carbone, bio ou recyclables sur des marchés comme les peintures, l’électronique, les énergies propres, les véhicules électriques, le sport, ou l’habitat.

Les nouvelles exigences économiques et sociétales influencent ainsi profondément notre culture, nos choix de R & D et nos investissements. Nos priorités répondent à une même volonté de concilier progrès social, transition environnementale, croissance long terme et performance financière.

À titre d’exemple, nous avons renforcé récemment notre ambition en matière de sobriété énergétique et de décarbonation, Nous nous sommes fixés notamment pour objectif la réduction de 46 % de nos émissions de gaz à effet de serre (GES), scope 1, 2 et 3 par rapport à 2019, conformément à l’accord de Paris.

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