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Politique économique / PME / crise énergétique / PME industrielles / cessation d'activité / recrutement / factures énergétiques / Inflation / Carburant / Investissements / CPME / médiation nationale de l'énergie

Politique économique
PME / crise énergétique / PME industrielles / cessation d'activité / recrutement / factures énergétiques / Inflation / Carburant / Investissements / CPME / médiation nationale de l'énergie

Crise énergétique : la réalité derrière les statistiques / La compétitivité des PME industrielles mise en danger

Si Bercy semble encore refuser de considérer l'impact de la crise énergétique sur l'économie française, force est de constater que la réalité est tout autre pour les PME industrielles. Elles voient leurs perspectives d'investissement et de production s'amoindrir en raison des différentes difficultés conjoncturelles auxquelles elles doivent faire face. 
Usine Duralex (©Patrick ALLARD/REA)
Usine Duralex (©Patrick ALLARD/REA)

Jusqu’ici tout va bien. Malgré la flambée des prix de l’énergie, le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, se refuse toujours à envisager un potentiel " mur de faillites à venir ". Et les statistiques semblent pour le moment lui donner raison. Si l’on constate l’an dernier une nette remontée du nombre de défaillances d’entreprises avec 41 000 entreprises concernées, soit une hausse de 48% sur un an, le phénomène est encore inférieur de 20% de son niveau de 2019, selon les derniers chiffres de la Banque de France.

 

Des PGE qui continuent à être remboursés

 

Côté remboursement par les entreprises de leurs prêts garanti par l’Etat (PGE), pas d’inquiétude en vue non plus à avoir. La Fédération bancaire française n’a constaté, pour le moment, "des difficultés que sur uniquement 4% des PGE", selon son président, Philippe Brassac et ce, principalement de la part des petites entreprises. A moyen terme, cette problématique ne semble pas non plus stresser outre mesure la CPME. "Nous avions des craintes sur les effets déformants de cette dette qui a financé des pertes durant la crise sanitaire et nous étions un peu inquiets sur la capacité des entreprises à honorer leurs échéances mais nous constatons pour l’instant qu’il n’existe pas de problème de masse. Pas de panique donc à court terme sur les 100 milliards d’euros qu’il reste à rembourser ", confie à WanSquare, Germain Simoneau, associé chez Carmine Capital et président de la Commission financement des entreprises de la CPME. Pour rappel, entre mars 2020 et juin 2022, près de 700 000 PGE ont été accordés par les banques pour un montant total de plus de 143 milliards d’euros. A ce jour, 25% des montants, en capital, ont été remboursés.

 

Des capacités d’investissement amoindries

 

Et pourtant, le sentiment que l’économie française ne se porte pas au mieux est bien une réalité pour les PME. "Le sujet n’est pas à corréler avec le remboursement des PGE", prévient Germain Simoneau. Le sujet serait au contraire bien plus large que cela. "Les entreprises qui connaissent des difficultés du fait de l’augmentation de leurs factures énergétiques auront des difficultés à rembourser l’intégralité de leurs charges et de leurs emprunts. Le sujet n’est pas spécifique au PGE", insiste-t-il. Un surendettement qui aura de facto un effet sur leurs capacités d’investissement. " Les 100 milliards d’euros restants de remboursement de PGE sont autant d’investissements qui ne se réaliseront pas par les entreprises ", souligne le président de la Commission financement des entreprises de la CPME.

 

Des mises à l’arrêt de l’activité de plus en plus envisagées

 

Mais au-delà de l’investissement, certaines entreprises ont bien du mal aujourd’hui à "faire tourner" leurs activités. Les sociétés Duralex, William Saurin ont fait récemment l’actualité après avoir été contraintes de mettre à l’arrêt leurs usines en raison de l’explosion de leurs factures énergétiques. Dans sa dernière enquête publiée fin octobre, la CPME avançait que 9% des dirigeants de TPE-PME envisageaient de stopper leur production pour cette même raison.

Un chiffre lui aussi réfuté par Bruno Le Maire. "Aujourd’hui, moins de 1% des entrepreneurs envisagent de fermer ou de ralentir leur production", affirmait-t-il encore la semaine dernière, se basant sur une enquête de conjoncture de l’Institut national de la statistique (Insee) réalisée auprès des entreprises industrielles sur la baisse totale de leur production en lien direct avec la hausse des prix de l’énergie. "Les chiffres de l’Insee sont statiques alors que nos enquêtes d’opinion sont des remontées de terrain, nous observons de plus en plus de dirigeants crier au secours", prévient Germain Simoneau.

 

Un phénomène nouveau à la médiation nationale de l’énergie

 

Et la Médiation nationale de l’énergie d’aller dans le sens de la CPME. Elle constate elle aussi de son côté une recrudescence du nombre de sollicitations de la part des professionnels. "Depuis sa création en 2006, c’est la première fois que la Médiation est autant sollicitée par les entreprises. Normalement, les professionnels ne représentent que 5% des demandes, aujourd’hui, ce chiffre a plus que doublé. En effet, depuis quelques mois, les entreprises, en raison des hausses observées dans leurs factures d’énergie ou des nouveaux prix de leur contrat, nous demandent d’intervenir afin de savoir si ces tarifs sont acceptables ", explique-t-on à WanSquare à la Médiation nationale de l’énergie.

Une situation pour laquelle elle est malheureusement bien souvent impuissante. "La Médiation a un rôle d’information, comme par exemple sur les aides existantes, c’est-à-dire le bouclier tarifaire, l’amortisseur électricité, et de médiation mais uniquement pour les très petites entreprises (comptant moins de 10 salariés et moins de 2 millions de chiffres d’affaires) et sur l’exécution de leurs contrats. Nous n’avons aucun pouvoir de renégociation, ni d’intervention en cas de difficultés à honorer les factures ", précise le Médiateur. "Le conflit en Ukraine a été déclaré comme la cause originelle de cette explosion des prix de l’énergie mais aucune entreprise ne peut assumer une augmentation de ses factures dans des proportions aussi radicales. Certaines se disent donc qu’il vaut mieux mettre à l’arrêt leur activité le temps que la situation économique s’améliore", explique le président de la Commission financement des entreprises de la CPME.

Une situation rencontrée notamment chez les PME industrielles particulièrement énergivores. "C’est pourquoi nous avons demandé au gouvernement d’élargir la possibilité de renégociation des contrats d’électricité et de gaz accordée aux TPE à toutes les PME. Nous ne comprenons pas en quoi les problématiques d’une société de douze salariés serait différente d’une petite entreprise de 9 collaborateurs", soutient l’associé de Carmine Capital.

 

Perte de compétitivité

 

Mais ce n’est pas tout. Certains secteurs industriels subissent également, dans le même temps que la flambée des prix de l’énergie, les effets de l’inflation. "Beaucoup d’entreprises sont très exposées au pouvoir d’achat des Français et certains secteurs commencent à avoir des difficultés. La filière bio, par exemple, se tasse", observe Germain Simoneau.

Sans compter les difficultés de recrutement que rencontrent actuellement les entreprises. "Trouver du personnel est devenu un casse-tête dans la plupart des secteurs, ce qui engendre des tensions sur les salaires (le prix de la compétence augmente, ndlr)", ajoute l’associé de Carmine Capital. Ou encore le coût du carburant, "qui fait désormais moins l’actualité mais qui percute de plein fouet toutes les PME dont l’activité nécessite un recours aux transports ", rappelle-t-il.

Mieux vaudrait donc, selon la CPME, que la crise énergétique ne dure pas trop longtemps. " Nous sommes subjugués par la grande résilience du tissu de PME et ETI françaises, mais certains secteurs industriels vont vraiment finir par perdre en compétitivité ", craint Germain Simoneau.

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