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L’Europe redoute une fragmentation du commerce international / Une fracture qui pourrait coûter cher
Pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, tensions autour de Taïwan, impératifs liés au changement climatique… les entraves à l’échange s’accumulent tant et si bien que la Commission européenne redoute plus que jamais "une fragmentation accrue" du commerce international. Symbole de cette fracture, pour la première fois depuis 25 ans, la croissance des échanges commerciaux devrait être plus faible que celle de l’économie mondiale lors des dix prochaines années, mettant en évidence le risque que "le commerce soit de plus en plus guidé par des considérations géopolitiques plutôt qu’économiques", soulignent les économistes de la Commission.
Signe qui ne trompe pas, si les droits de douane sont restés à des niveaux plutôt faibles, le nombre de restrictions commerciales non tarifaires a lui considérablement augmenté depuis 2020, affectant 9,3 % des importations mondiales en 2021. Ce chiffre devrait encore grimper en 2022 en raison des sanctions occidentales qui visent la Russie et ses alliés. Pire encore, les multiples remises en cause de l’ordre international "amoindrissent la capacité des institutions multilatérales à faciliter les flux commerciaux mondiaux", alerte la Commission européenne.
Course aux subventions
La réorganisation à marche forcée des chaînes de valeur mondiales se traduit notamment par la prolifération de subventions destinées à favoriser la relocalisation de secteurs stratégiques, comme les semi-conducteurs, et à réduire la dépendance aux technologies étrangères. Ce type d’aides "devrait augmenter considérablement" dans les prochaines années et tend de plus en plus à être lié "à des exigences de production locale", fait remarquer la Commission européenne.
L’Inflation Reduction Act (IRA), ce plan américain à 400 milliards de dollars pour l’industrie verte, constitue peut-être l’exemple le plus concret à ce jour. En déplacement à Washington il y a quelques jours, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, appelait justement les États-Unis à éviter à tout prix "une course aux subventions", préjudiciable pour les liens commerciaux transatlantiques.
Face à ces tensions croissantes, les entreprises sont susceptibles d’adapter leur stratégie en fonction. Une enquête menée par le US-China Business Council révèle ainsi que 87 % des multinationales américaines implantées en Chine déclarent que les frictions entre les deux pays avaient un impact sur leurs opérations et leurs décisions d’investissement, 29 % développant des chaînes de valeur distinctes pour les États-Unis et la Chine et presque un quart d’entre elles désinvestissant de Chine.
Quel coût économique ?
La modification de la structure des échanges "n’aurait pas nécessairement un impact négatif sur les indicateurs commerciaux globaux, mais pourrait entraîner des coûts économiques importants", explique la Commission européenne. L’augmentation des obstacles au commerce international, aux investissements directs à l’étranger ainsi qu’aux échanges de technologies pourrait rendre l’allocation des ressources "moins efficace", avec "des effets néfastes sur la croissance de la productivité".
Jusqu’à présent, les études les plus récentes à ce sujet estimaient le coût de la seule fragmentation des échanges entre 0,2 % de la production mondiale pour les plus optimistes et jusqu’à 7 % pour les plus pessimistes, voire 8 à 12 % en tenant compte du découplage technologique dans certains pays. "Dans l’ensemble, de multiples facteurs assombrissent les perspectives du commerce mondial, faisant peser un risque de ralentissement de la croissance économique", conclut tristement la Commission européenne.
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