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Xavier Niel à l’assaut de la sixième chaîne devant l’Arcom / Quatre engagements pour "faire passer les gens avant l'argent"
"Nous sommes peut-être les derniers Gaulois, mais nous on y croit", a déclaré Xavier Niel devant l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), à propos de l’avenir de la télévision française. Dans sa conquête de la fréquence de la sixième chaîne, le patron de Free s’apparente pourtant davantage aux Romains cherchant à s’emparer d’un irréductible village, occupé depuis plus de trente ans par un concurrent de taille : la chaîne M6.
Le projet SIX, porté par Xavier Niel au travers de sa holding NJJ, n’est pas "là pour remplacer une chaîne par une autre, mais pour en créer une nouvelle", assure le milliardaire. Son mantra ? "Faire passer les gens avant l’argent", au travers de la récupération d’audience des réseaux sociaux, d’investissements dans la création patrimoniale, de remise à l’honneur du cinéma et de la musique et d’ambitions affichées dans l’information.
Le patron de presse est revenu, point par point, sur les détails de son dossier qu’il a soumis au régulateur le 23 janvier. Avec Maxime Lombardini à sa droite, ancien de chez TF1 et président de NJJ Projet 5523, et entouré de ses autres collaborateurs, Xavier Niel déroule le fil.
"Piller" l’audience des réseaux
"Nous avons besoin d’un signal linéaire en TNT parce qu’il nous faut créer une marque. Et une fois l’image créée, il faut la distribuer sur les réseaux. Il faut utiliser leur puissance : je suis toujours surpris de voir à quel point la télévision linéaire enrichit les réseaux sociaux, qui pillent nos contenus. Nous, nous voulons piller leurs audiences", a-t-il indiqué. De quoi amorcer son premier engagement : distribuer gratuitement le signal linéaire de la chaîne, afin de pouvoir ramener les utilisateurs des réseaux sociaux vers la télévision. Il donne l’exemple de la plateforme de stream Twitch, dont les streamers se font couper leurs chaînes s’ils commentent en direct les émissions diffusées sur la TNT. "Cela devrait amener de l’audience de Twitch vers la télévision. Et cela l’empêche.", insiste Xavier Niel. "En tant qu’éditeur de chaîne, on veut le faire en partenariat avec les distributeurs", ajoute-t-il. Ce qui permettrait ainsi d’enrichir la publicité et de la rendre plus attractive, explique le fondateur du groupe Iliad et de faire, ainsi, croître le marché de la publicité télévisuelle "qui stagne".
Deuxième engagement : celui d’investir dans les créations patrimoniales. "HBO n’est pas devenu ce qu’il est en se disant : sympathique votre histoire de dragons mais c’est trop cher", a ironisé Xavier Niel à propos de la série à succès planétaire Game of Thrones. "Si nous voulons des séries de qualité il faut y mettre le prix. Mais quand nous sommes ambitieux, cela marche. J’en veux pour preuve le succès de Dix pour cent ou du Bureau des Légendes", a-t-il déclaré, en s’engageant à organiser deux soirées par semaines en fiction originale sur la chaîne. Sur la première année, les créations patrimoniales se verront consacrer 70 premières parties de soirée. Ces dernières débuteront avant 21 heures, "à une heure compatible avec les modes de vie", a déclaré Maxime Lombardini.
Troisième promesse, celle de remettre à l’honneur la musique et le cinéma sur la chaîne. Le jeudi soir sera consacré au septième art avec un magazine cinéma. Concernant la musique, la télévision l’a délaissée, a estimé Xavier Niel : "Il n’y a pas d’amour, que des preuves d’amour. Et diffuser des clips à trois heures du matin n’en constitue pas une selon moi". Le canal n’attire plus les artistes, souligne-t-il, puisqu’ils ont trouvé, au travers des réseaux sociaux, un moyen direct de parler à leur public. "Mais quand on voit un Booba qui remplit un stade de France ou un Jul qui est l’artiste le plus streamé de France et qu’on ne les voit pas à la télévision, on se dit qu’il y a une forme de snobisme. Nous voulons renouer avec la jeunesse", a soutenu l’homme d’affaires.
Actionnaire pour dix années
Dernier point sur lequel le patron de Free a souhaité insister : celui "d’une grande ambition pour l’information". Concrètement, Xavier Niel souhaite installer deux tranches d’information de 90 minutes, à 12 heures et à 19 heures "avec une grande partie consacrée au débat et des participants variés", pour pouvoir "faire disparaitre la polarisation". La rédaction comptera à terme quelques centaines de journalistes, dont l’indépendance sera structurellement garantie au travers d’un droit de véto sur le directeur de rédaction. "L’objectif est de protéger la rédaction de toute intervention extérieure", soutient-t-il.
Xavier Niel s’est aussi engagé, devant le régulateur, à conserver le contrôle de la chaîne pendant 10 ans s’il en obtenait la fréquence. "C’est un engagement qui doit être pris, il est important de ne pas utiliser le domaine public pour réaliser des plus-values à court terme", se défend le milliardaire. Qui a par ailleurs précisé, lors de la séance de questions-réponses, qu'il n'y aurait pas de synergies réalisées avec les autres médias dont il est actionnaire, "ni de journalistes partagés". Les autorisations d’exploitation arriveront à échéance le 5 mai prochain, et l’Arcom devrait rendre son verdict dans les semaines à venir.
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