Banques / banques françaises / Scope Ratings / BNP Paribas / Crédit Agricole SA / Société Générale / Crédit Mutuel Alliance Fédérale
Banques
banques françaises / Scope Ratings / BNP Paribas / Crédit Agricole SA / Société Générale / Crédit Mutuel Alliance Fédérale
Les banques françaises ne doivent pas beaucoup attendre de la hausse des taux en 2023 / Elles devront aussi maîtriser leurs coûts malgré l’inflation
Qu’attendre des banques françaises en 2023 après les solides résultats qu’elles sont parvenues à engranger l’an dernier malgré un environnement macroéconomique difficile ? "Nous pensons que les banques françaises obtiendront des résultats convenables cette année, même s’ils seront probablement inférieurs à ceux de 2022", répond l’agence européenne de notation indépendante Scope Ratings dans une étude. Le bénéfice historique de 10,2 milliards d’euros de BNP Paribas, les 8,1 milliards d’euros du groupe Crédit Agricole - dont 5,4 milliards d’euros pour l’entité cotée Crédit Agricole SA -, ou encore les 3,5 milliards d’euros de Crédit Mutuel Alliance Fédérale auront ainsi du mal à être dépassés.
"Cette année sera une année de transition pour les banques françaises en raison d’une combinaison de vents contraires", prévient Scope Ratings. Et le premier de ces facteurs adverses sera la poursuite attendue de la politique de hausse des taux de la Banque centrale européenne (BCE). On le sait, la remontée des taux d’intérêt profite beaucoup moins aux établissements français qu’à leurs homologues européens, au point de constituer un handicap.
Le frein de l’usure
La raison ? La remontée rapide des taux ne se répercute que très progressivement dans les résultats de nos banques du fait de la très large prépondérance des prêts à taux fixe qu’elles pratiquent, contrairement à ce qui se passe chez nos voisins où les taux variables sont ultra-majoritaires. Et non seulement les taux des prêts existants sont figés, mais les taux des nouveaux prêts ne peuvent remonter plus vite que la réglementation le permet au travers du taux d’usure défini par la Banque de France, qui correspond au taux d’intérêt maximum légal que les établissements de crédit sont autorisés à pratiquer.
La Banque de France a certes procédé en janvier à sa mensualisation jusqu’à juillet prochain afin de prendre en compte la vitesse du resserrement monétaire en cours. Celle-ci a ainsi relevé le 1er mars le taux d’usure à 4 %. Mais cela ne change pas radicalement l’équation, d’autant que, parallèlement, "le rendement de l’épargne réglementée (que les banques servent à leurs clients au travers notamment du Livret A) est lié à l’inflation et s’ajuste beaucoup plus rapidement que les taux d’usure" auxquels elles leurs prêtent, souligne Scope Ratings.
Ces caractéristiques protègent les emprunteurs et les déposants, mais elles retardent de manière significative les bénéfices du relèvement des taux d’intérêt pour les banques. Ce qui pourrait s’avérer d’autant plus pénalisant si la lenteur de l’ajustement des taux venait à se combiner avec une baisse des volumes de nouveaux prêts, ce qui n’est toutefois pas le cas à ce stade.
Des coefficients d’exploitation plus difficile à réduire
Le deuxième défi auquel font face cette année les banques françaises sera de " maintenir la discipline des coûts dans un environnement inflationniste", prévient Scope Ratings. Dans l’ensemble, les banques françaises, qui ont des coefficients d’exploitation - ratios rapportant les coûts aux revenus - supérieurs à ceux de leurs concurrentes européennes, ont fait des progrès modestes dans ce domaine l’an dernier. Et en 2023, "dans le contexte d’une pression inflationniste persistante et d’une baisse potentielle des recettes, il sera difficile de faire croître les recettes d’exploitation plus rapidement que les dépenses d’exploitation", estime l’agence. De plus, les banques françaises paient cher leur contribution au Fonds de résolution unique, ce pot commun alimenté par les contributions des banques de l’Union européenne destiné à prendre en charge les éventuelles défaillances sur le continent.
Troisième aspect à surveiller : la qualité des actifs au bilan. Une source d’inquiétude à relativiser cependant compte tenu des efforts importants menés par l’ensemble des banques françaises sur ce plan. Les crédits douteux (correspondant au "Stage 3" de la norme comptable IFRS 9 en vigueur depuis 2018) représentent désormais moins de 3 % du total pour tous les établissements. Et la part des prêts au Stade 2 (dégradés) "s’est généralement réduite à la fin de 2022, ne représentant qu’environ 10 % des prêts à la clientèle, ce qui est conforme à la moyenne européenne", note Scope Ratings. Et, après avoir continué en 2022 à constituer des provisions en prévision de conditions plus difficiles, "les banques françaises disposent d’une première et d’une deuxième ligne de défense adéquates, voire confortables", estime l’agence.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

