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Après SVB, les craintes d’une contagion à l’économie réelle /
Les mauvais souvenirs de 2008 ressurgissent
De Santa Clara en Californie à Singapour en passant par Londres ou Tel Aviv, la faillite de la Silicon Valley Bank (SVB) n’en finit pas d’affoler les marchés financiers et l’écosystème mondial de la tech. Il aura suffi de quelques heures seulement pour que la seizième plus grande banque commerciale des États-Unis ne soit contrainte de fermer ses guichets, laissant craindre un risque de propagation à l’ensemble du secteur bancaire et à l’économie réelle.
La faillite de la banque spécialisée dans les services bancaires auprès des startups technologiques "semble plus idiosyncratique que systémique", rassure Ruben Nizard, économiste chez Coface, "mais elle met en évidence l’impact des hausses de taux sur la stabilité financière et des risques accrus pour l’industrie technologique américaine", poursuit-il.
Pas de comparaison hâtive
S’il est tentant d’établir un parallèle avec Lehman Brothers, la comparaison avec la grande crise financière de 2007-2008 trouve rapidement ses limites. "Même si les économistes ont souvent tendance à minimiser un risque quand il commence à se manifester, nous ne sommes pas du tout dans la même configuration qu’en 2008, il y a beaucoup de différences", confie à WanSquare Denis Ferrand, directeur général de Rexecode.
À l’époque, tout était parti de l’immense marché immobilier américain, infecté par des produits financiers complexes, avant de se propager à l’ensemble du monde financier puis à l’économie réelle. Aujourd’hui, les banques potentiellement fragilisées par des "bank runs", provoqués par des clients eux-mêmes affaiblis et asphyxiés, restent encore peu nombreuses. Les grandes banques américaines sont, elles, bien plus diversifiées que la SVB et possèdent des financements nettement plus solides qu’en 2008.
Les inquiétudes portent davantage sur des banques régionales, au profil proche de celui de la SVB. Plusieurs d’entre elles sont d’ailleurs déjà dans le viseur du régulateur bancaire américain comme Signature Bank, First Republic Bank et PacWest Bancorp. "La contagion devrait se cantonner à quelques banques régionales", estime Denis Ferrand.
Le risque de liquidations massives sur les marchés menant à une contagion généralisée reste donc marginal, même si "la hausse des taux d’intérêt et la disparition d’un acteur majeur du financement peuvent créer de nouvelles turbulences au sein de l’industrie technologique américaine", concède Ruben Nizard.
Un dilemme renforcé
Pour la suite, "tout dépend de la fonction de réaction de la Fed et des autorités américaines", auxquelles il incombe de prendre des mesures d’urgence afin de "rétablir la confiance et éviter les retraits massifs de dépôts", prévient Björn Jesch, directeur des placements chez DWS.
Plus généralement, les récents événements mettent en évidence la complexité de la tâche pour la Fed. Son président, Jerome Powell, doit maintenir la stabilité des prix, garantir le plein-emploi, mais également – et c’est toute la difficulté actuelle – assurer la stabilité financière.
"La faillite de SVB remet en question la politique monétaire de la Fed, qui risque d’aller moins loin que prévu", analyse Denis Ferrand. Les déboires de la SVB ont ainsi contribué à changer les anticipations des investisseurs qui sont désormais moins nombreux à parier sur une hausse de 50 points de base lors de la réunion des 21 et 22 mars.
En France et en Europe, la situation inquiète moins. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, assurait hier qu’il ne voyait "pas d’alerte spécifique", rappelant que la situation française était totalement différente. "Nous avons des banques solides avec des secteurs d’activité diversifiés et un ratio de liquidité élevé", assurait-il. Paolo Gentiloni, commissaire européen à l’Économie, confirme, estimant qu’il n’y avait "pas de risque significatif" de contagion en Europe.
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