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L’ombre de Donald Trump plane sur l’emploi américain / L'immigration peine à irriguer un marché du travail sous tension
Peu avare de critiques envers son prédécesseur à la Maison Blanche, Joe Biden vient pourtant de se prononcer pour un durcissement du droit d’asile aux États-Unis. Une décision qui survient alors que les États-Unis voient leur marché du travail être sous tension depuis des mois, sous l’effet juxtaposé des choix de Donald Trump et de la fermeture des frontières durant la pandémie.
La Réserve fédérale de San Francisco se range derrière ce constat dans une publication récente, estimant que la "chute brutale de l’immigration entre 2017 et 2021 a contribué à alimenter un fort resserrement des conditions du marché du travail." Un constat étayé par des chiffres sans appel, là où "la population née à l’étranger a augmenté de 1,6 % par an en moyenne au cours de la décennie précédant 2017, la croissance a ralenti à 0,45 % par an en 2018 et 2019 avant de s’arrêter presque complètement en 2020. "
Pas à pas
Donald Trump et la pandémie sont certes désormais derrière nous, pour le moment, mais l’ampleur des efforts à faire pour diminuer les tensions sur le marché du travail restent conséquentes. La décomposition du déficit actuel de main-d’œuvre de 3,5 millions de personnes avancé par la Réserve fédérale américaine (par rapport à la trajectoire pré-pandémique), dans son rapport de politique monétaire de ce mois-ci, estime qu’actuellement près du tiers de ce déficit, soit près de 900.000 paires de bras, est dû à un ralentissement de "la migration nette depuis le Covid". Ce chiffre calculé sur la période allant de fin 2019 à fin 2022 représente l’effet net du Covid sur le marché du travail outre-Atlantique.
Malgré les réouvertures des frontières et le changement d’administration, la tendance est difficile à renverser notamment en raison de la structure de la société américaine. La Fed estime ainsi qu’en "raison du vieillissement de la population, il est peu probable que l’on assiste à un renversement significatif de l’augmentation de la part des retraités dans la population, et le taux de participation à la population active restera probablement bien en deçà de son niveau d’avant la pandémie." Même en tablant sur de "nouvelles augmentations de la participation des plus jeunes", il est vraisemblable qu’elles "ne réduiront probablement que progressivement le déficit global de main-d’œuvre."
D’une façon similaire, les restrictions à l’immigration liées à la pandémie ont été assouplies et ont permis à l’immigration d’amorcer son retour. Reste que, c’est davantage sur une migration nette qui continue d’augmenter que la Fed voit venir une lueur d’espoir ; il est avancé que le phénomène migratoire "pourrait contribuer à atténuer les pénuries de main-d’œuvre, car les travailleurs immigrés ont eu tendance à travailler dans des secteurs et des emplois où les pénuries de main-d’œuvre semblent particulièrement graves."
Longue haleine
Les problématiques pour Washington ne sont donc pas circonscrites aux effets de la pandémie ou aux choix de Donald Trump d’il y a quelques années ; la population américaine et ses caractéristiques représentent le plus grand défi à résoudre. Sans accorder une importance démesurée au phénomène de la "Grande démission", la Fed est bien obligée de reconnaître qu’il "est possible qu’une partie des personnes qui ont pris leur retraite pendant la pandémie réintègrent la population active, mais le niveau élevé et persistant de l’excédent de main-d’œuvre dans la population active ne permet pas d’envisager un retour à l’emploi. "
La problématique démographique est également préoccupante puisqu’au cours de la décennie précédant la pandémie "la population a augmenté d’environ 1 % par an" et depuis 3 ans on constate que "la croissance démographique annuelle s’est ralentie à environ 1/2 pour cent par an." Une tendance lourde qui va nécessiter des années pour être inversée.
D’autant plus que dans le même temps, les effets à long terme des politiques d’immigration promulguées après janvier 2017 continuent d’être présents. La Fed de San Francisco relève "qu’en l’espace de quatre ans, 472 mesures exécutives ont été prises pour transformer le système d’immigration américain ", ce qui a conduit entre 2016 et 2019 à ce que "le nombre de nouveaux résidents permanents chute de 13 % et le nombre de visas d’étudiants délivrés diminue de 23 %." Un déficit d’autant plus dommageable que l’antenne régionale de la Réserve fédérale avance que "l’évolution globale de la population active née à l’étranger par rapport à sa tendance est largement similaire à celle de la population en âge de travailler née à l’étranger ", ce qui s’avère précieux lorsque le marché du travail est sous tension.
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