Macro-économie / Taux / Plein emploi / Chômage
Macro-économie / Taux
Plein emploi / Chômage
La distance au plein-emploi plus grande que prévu / Il manquerait 3,6 millions de postes en France
Le chemin qui sépare la France du plein-emploi est encore long, peut-être même plus qu’on ne l’imagine. À l’heure où le gouvernement table sur un projet de loi Plein emploi, le taux de chômage s'établissait à 7,1 % de la population active au premier trimestre 2023, dépassant d’un peu plus de deux points seulement la norme de 5 % retenue par l’Organisation internationale du Travail (OIT) pour qualifier une situation de plein-emploi. Une mesure qui reste partielle et qui gagnerait à prendre en compte un indicateur d’insertion de la population dans l’emploi, explique Denis Ferrand, directeur général de Rexecode.
Le plein-emploi ne se réduit pas à un chômage à 5 %
À l’aune de la définition de l’OIT, le nombre de chômeurs en France dépasserait seulement de 700 000 personnes le seuil qui qualifierait la France d’économie au plein-emploi. Or, la seule référence au taux de chômage pour mesurer la distance d’une économie à la situation de plein-emploi apparaît insuffisante.
Une telle considération évacue tout d’abord le type d’insertion dans l’emploi, éludant la question du sous-emploi. Avec 4 % de la population active dans cette situation, la proportion reste toutefois au plus bas niveau jamais observé.
Plus encore, elle suppose implicitement une forme de stabilité du taux d’activité – la proportion du nombre d’actifs, qu’ils soient en emploi ou au chômage, au sein de la population. Une donnée susceptible de varier fortement à la fois dans le temps et en comparaison internationale. En France, ce taux s’inscrit à 73,6 % de la population âgée de 15 à 64 en 2022, un record depuis 1975. C’est pourtant 6 points de moins qu’en Allemagne, une économie qui remplit le canon de l’OIT d’un chômage à 5 %.
Cibler les seniors et les non-qualifiés
Avec un taux d’emploi de près de 10 points inférieur à l’Allemagne, il manquerait non pas 700 000 mais plutôt 3,6 millions d’emplois pour atteindre les mêmes standards de plein-emploi que notre voisin. La situation des seniors en France joue pour beaucoup. Un tiers de cet écart provient de la seule différence de taux d’emploi des personnes âgées de 60 à 64 ans alors que cette classe d’âge ne compte que pour 10 % des 15-64 ans.
La France se distingue également par une faible inclusion des personnes à bas niveau de formation initiale. Le taux d’emploi des personnes titulaires au maximum du brevet des collèges est, par exemple, de 39 % en France contre 54 % en Allemagne.
Au total, si ces deux catégories jouissaient du même taux d’emploi qu’en Allemagne, la France bénéficierait de près 2,5 millions d’emplois supplémentaires. "C’est en visant prioritairement les bataillons des seniors et des personnes les moins formées qu’une politique de retour ou de maintien dans l’emploi rapprochera la France du plein-emploi", conclut Denis Ferrand.
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