Politique monétaire / Fed / Federal Reserve / Taux directeurs / Inflation / Chômage
Politique monétaire
Fed / Federal Reserve / Taux directeurs / Inflation / Chômage
La Fed teste la théorie économique
C’est une première depuis onze ans. Le Conseil des gouverneurs a baissé de 25 points de base le taux directeur. Il s’établit donc désormais dans une fourchette de 2 – 2,25 % contre 2,25 – 2,5 % précédemment. Mais ce n'est une surprise pour personne car la baisse du coût de refinancement pour les banques était dans les tuyaux depuis le début de l’année, poussée par Donald Trump et soutenue par les marchés financiers.
Et c'était encore à Jerome Powell, le gouverneur de la Fed, d'expliquer les raisons de ce virage accommodant lors de la conférence de presse hier soir. Historiquement, la banque centrale américaine a pour coutume d’intervenir lorsque le paysage économique est plutôt morose. Or, la dynamique des États-Unis reste solide. En témoigne le Produit intérieur brut du pays qui continue de croître à 2,1 % sur un an, légèrement en dessous, il faut le dire, de son potentiel de croissance. Quant au taux de chômage, il s’établit à 3,7 %, proche de son plus bas niveau en presque 50 ans. C'est donc plutôt au travers de la cible d'inflation que Jerome Powell a trouvé ses arguments pour rendre crédible la décision prise hier par le Conseil des gouverneurs. Il s'est appuyé sur l'indice des prix à la consommation qui perd sévèrement du terrain en s'affaissant de 0,6 point entre avril et juin 2019. L'inflation pointe désormais à 1,4 % en glissement annuel. Une valeur éloignée de la cible des 2 %.
La décision prise par la Fed est tout sauf hasardeuse et son plan est très clair. Pour autant, elle est inédite puisque le Conseil des gouverneurs va tester la théorie économique. Le raisonnement est le suivant : abaisser le taux directeur stimulera l’activité économique. Ainsi le taux de chômage va baisser jusqu'à atteindre un niveau suffisamment bas pour relancer la hausse des prix. Car, toujours selon la théorie, lorsque le plein-emploi est atteint, la pénurie de main-d’œuvre offre la possibilité aux employés de renégocier leur salaire et c’est cette hausse du coût du travail que les entreprises répercutent dans les prix.
Cette relation, dite de Phillips, du nom de son inventeur, subsiste dans les pays développés. Pilotée par François Villeroy de Galhau, la Banque de France elle-même a estimé qu’en zone euro, la courbe de Phillips restait significative. Elle conclut qu’un taux de chômage plus faible est nécessaire pour retrouver des pressions inflationnistes. Une thèse également soutenue par le Français Olivier Blanchard, ex-économiste en chef du Fonds monétaire international. Si le pari de la Fed est ambitieux, Jerome Powell montre une nouvelle fois l’étendue de sa maîtrise de l’instrument monétaire, tant son argumentaire a le mérite d'être développé.
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