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Macro-économie / Taux / Chômage / Emploi / technologie

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Chômage / Emploi / technologie

La robotisation va-t-elle mener l'État-providence à sa perte ?

L'émergence des robots a toujours nourri affabulations et fantasmes. Que peut-on dire de ses effets sur l'emploi ces dernières années ? Explications.
Chine industrie
Chine industrie

Nombreuses sont les craintes de l'espèce humaine. Son remplacement par la machine est de celles-là. John Maynard Keynes lui-même, un des économistes les plus influents du 20ème siècle, avait célèbrement formulé cette angoisse, "nous sommes atteints d'une nouvelle maladie dont certains lecteurs n'ont peut-être pas entendu le nom, mais dont ils entendront beaucoup parler dans les années à venir, à savoir le chômage technologique". Une préoccupation fondamentale, donc, qui a ressurgi très récemment depuis que Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, chercheurs à l’Université d’Oxford, ont publié une étude - parue en 2013 - mettant en évidence le fait que 47% des emplois américains étaient menacés du fait de la robotisation.

Depuis lors, les rapports se suivent et se ressemblent pour pointer du doigt le danger que représentent les robots pour l’emploi. Tant et si bien qu'ils finissent par trouver un certain écho chez les décideurs politiques. Lors de l’élection présidentielle française de 2017, le candidat du parti alors au pouvoir avait fait d’une taxe sur les robots, l’une de ses propositions les plus emblématiques. Dès lors que l'État-providence tire son existence et ses ressources, des impôts, ainsi que des cotisations, et que tous deux sont liés à l’emploi salarié, il apparaît légitime de s’interroger sur le sort que la robotisation lui réserve.

Patrick Artus, chef économiste de Natixis, s’y est intéressé dans une note récente qu’il a publiée. Il fait état, au regard des derniers travaux publiés dans la littérature académique, des effets de l’introduction des nouvelles technologies et de l’évolution du stock de robots industriels dans les différentes économies de l’OCDE sur le marché du travail. Il y examine - au sein des pays de l’OCDE et en moyenne sur la période 2002-2017 - le lien entre le taux de chômage et le stock de robots industriels en pourcentage de l’emploi manufacturier. Qu’apparaît-il ? Une relation faiblement négative. En d'autres termes, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les économies possédant le plus de robots sont celles qui affichent le taux de chômage le plus faible.

Reste que, s'il - compte tenu de la méthodologie employée - ne semble pas y avoir de lien entre robotisation et perte d'emplois, le taux de chômage, pourrait néanmoins, sous l'essor de la robotisation, recouvrir une réalité bien différente qu'auparavant quant à la nature des emplois occupés par les actifs. Patrick Artus expliquait déjà dans un rapport produit pour le think tank Génération libre - paru en décembre 2017 - qu'il semblerait que, "la robotisation ne conduise non pas à des destructions globales d’emplois mais à une modification importante de la structure des emplois". 

De fait, c’est l'une des répercussions de la robotisation que met en évidence la recherche en économie. Dans un premier temps, la robotisation détruit les emplois dans les entreprises qui y ont recours - souvent dans l'industrie. Dans un deuxième temps, ces entreprises voient leurs revenus croître sous l'effet de la hausse de la productivité et des parts de marché qu'elles engrangent. Enfin, puisque ces entreprises sont plus prospères, elles distribuent davantage de revenus, entraînant donc plus de consommation.

En conséquence de quoi, de nouveaux services et emplois émergent en réponse à cette hausse de la consommation. Au total, des emplois sont détruits dans l'industrie et se déversent dans les services. De fait, en comparant, depuis 1996, la dynamique de l’emploi manufacturier et celle de l’emploi dans les services domestiques – aux États-Unis, au Japon, en zone euro et au Royaume-Uni -, il est possible de s’apercevoir qu’elles évoluent en sens rigoureusement inverse. L’emploi manufacturier a perdu 20% et l’emploi dans les services domestiques a gagné 20%. Conscient que corrélation n'est pas causalité et que bien d'autres raisons expliquent le déclin de l'industrie et de ses emplois, Patrick Artus note tout de même que, "la déformation de la structure des emplois au détriment de l'industrie en faveur des services peut être partiellement attribuée à la robotisation".

Finalement, lorsque l'on tient compte de ses différents effets, la robotisation semble avoir un impact "légèrement positif" sur le volume d'emploi total selon le Chef économiste de Natixis. Concrètement, ce dernier résume cela ainsi, "quand on met un robot dans une entreprise industrielle, on détruit trois emplois dans cette entreprise et on en crée cinq liés aux services dans le bassin d'emploi de cette entreprise". S'il faut garder à l'esprit que l'effet net de la robotisation sur l'emploi reste une problématique encore vivement discutée parmi les économistes, elle ne doit toutefois pas éclipser d'autres sujets de première importance qui lui sont connexes. Car la robotisation pose bien d'autres défis à la politique économique. A-t-elle joué un rôle dans l'affaiblissement des gains de productivité que connaissent les économies avancées en ayant favorisé l'apparition de rentes de monopole ? Quelle est la qualité des nouveaux emplois qui voient le jour dans le secteur des services ? Ou encore, l'épineuse question des inégalités et de la bipolarisation du marché du travail.

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