Fusions, Acquisitions / Casino / Jean-Charles Naouri / Daniel Kretinsky / White & Case
Fusions, Acquisitions
Casino / Jean-Charles Naouri / Daniel Kretinsky / White & Case
Pourquoi Daniel Kretinsky cherche à aller plus vite que la musique sur Casino / Le milliardaire tchèque voudrait voir son plan entériné avant la mi-juillet
Il règne depuis quelques jours une agitation strictement médiatique autour de Casino. Alors qu’au siège du groupe de distribution, et chez ses conseils c’est le calme absolu. Et pour cause. Puisque jeudi dernier, le 25 mai, le Président du Tribunal de Commerce de Paris a décidé d’ouvrir une procédure de conciliation pour une durée initiale de quatre mois, éventuellement prorogeable d’un mois. Il a de surcroît désigné Aurélia Perdereau et Marc Sénéchal en qualité de conciliateurs. Cette procédure qui nécessite une certaine patience doit permettre au distributeur stéphanois d’engager des discussions avec ses créanciers dans un cadre juridiquement sécurisé.
Tout laisse ainsi croire que certains acteurs du dossier reprennent à leur compte la jolie formule de Jean Cocteau : "Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs". Dans l’équipe de Daniel Kretinsky certains se prévalent ainsi d’avoir déjà réuni l’accord de deux tiers des actionnaires sur leur plan, en attendant de faire de même avec les créanciers non sécurisés. Chez Casino et ses conseils le regard est différent. On fait remarquer qu’il n’y a eu jusqu’à présent que trois réunions entre la société, ses avocats et ses banquiers d’une part, et le groupe E.P. Global Commerce assisté par White & Case (Saam Golshani). Daniel Kretinsky, qui a l’habitude de faire des deals sans l’aide de conseils financiers, s’apprêterait, selon nos informations, à mandater une banque d’affaires.
D’un côté, à force d’éléments de langage distillés dans les médias on cherche à imposer un plan de restructuration financière passant par l’apport de 900 millions d’euros de new money (si un accord est trouvé avec le groupe de Marc de Lacharrière ; ce qui n’est pas encore le cas). De l’autre on rappelle que dans le cadre de la conciliation, le seul plan qui peut être présenté aux créanciers c’est celui de la société. Un plan qui aura la signature de Jean-Charles Naouri et qui aura été au préalable validé par les administrateurs indépendants, avant sa présentation à l’ensemble du board. Rappelons que les administrateurs indépendants de Casino sont Nathalie Andrieux, Maud Bailly, l’une des top dirigeantes d’Accor, Thierry Billot, ancien dirigeant de Pernod-Ricard, Béatrice Dumurgier, Directrice générale adjointe de Believe, Christiane Féral-Schuhl, ancienne bâtonnière de Paris auxquels s’ajoute Frédéric Saint-Geours, ex-directeur financier de Peugeot SA, en qualité de membre du comité d’audit.
Le temps n’est pas l’allié de Daniel Kretinsky
Le tribunal de commerce a donné du temps à Casino (quatre mois plus un) pour établir son plan de restructuration. Celui-ci sera élaboré de surcroît avec l’aide de deux experts indépendants. L’un pour donner son visa sur le business plan établi par Casino. L’autre pour certifier la situation de trésorerie et le plan de trésorerie prévisionnelle. Ce temps n’est pas l’allié de Daniel Kretinsky qui aime réaliser des opérations "coup de poing". C’est pourquoi ses conseils expliquent qu’il souhaite que son propre plan soit validé par Casino et les créanciers d’ici la mi-juillet ou la fin du mois de juillet afin de permettre une mise en œuvre à la fin de cette année, compte tenu des délais réglementaires. Ils font valoir que le temps joue contre le groupe de distribution et expliquent que ses fournisseurs vont un peu moins se précipiter pour l’approvisionner, en raison "du défaut d’assurance-crédit". Ce qui constitue une lecture étonnante de la procédure de conciliation qui n’a justement aucune incidence sur les relations du groupe avec ses partenaires opérationnels (en particulier ses fournisseurs) et les salariés.
L’autre motif de fébrilité qui pousse certains acteurs de ce dossier à s’agiter inutilement, c’est la manière dont les hedge funds regardent le dossier. Ce sont eux qui détiennent l’essentiel de la dette non sécurisée (2,2 milliards d’euros hors les 1,35 milliard d'euros de titres subordonnés) et une partie des 1,425 milliard d’euros de Term Loan B. Ils savent qu’une partie de leurs créances ont de bonnes chances d’être converties en actions. Et qu’il s’agisse du plan élaboré par E.P. Global Commerce comme de celui bientôt communiqué par Teract avec In Vivo, voire des deux ensemble, s’ils convergent un jour, ou surtout du plan que présentera Casino, tous semblent intéresser vivement les principaux hedge funds qui sont d'importants porteurs de dette. Si bien qu’aujourd’hui certains sont prêts à investir des tickets de 500 millions d’euros de "new money".
Dans ces conditions l’argent frais dont a besoin Casino pour redémarrer d’un nouveau pied n’est plus vraiment un sujet. Or cette question de la "new money" est aujourd’hui le principal argument de l’équipe de Daniel Kretinsky qui en fait un élément clé de son rapport de force. Surtout dans la mesure où le milliardaire tchèque n'a toujours pas de plan industriel. Autant dire que dans ce dossier, si tout le monde à intérêt à ce que cela ne dure pas trop longtemps, il est important d’éviter les dérapages verbaux et les dérives de communication. C’est ce que l’Autorité des Marchés Financiers aurait récemment rappelé à certains acteurs de cette curieuse pièce de théâtre.
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