Taux - Dette Souveraine / notation souveraine / S&P Global Ratings / France / taux d'intérêt
Taux - Dette Souveraine
notation souveraine / S&P Global Ratings / France / taux d'intérêt
S&P Global Ratings évite un camouflet à la France / Pourquoi cela pourrait changer d’ici un an et demi
Les “explications détaillées”, dixit la Première ministre Élisabeth Borne, auxquelles s’est livré Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, ces dernières semaines, auprès de S & P Global Ratings, n’auront guère été vaines. Hier soir, sur les coups de 22 heures 15, l’agence de notation américaine a fait savoir qu’elle maintenait la note de crédit de la France à AA. “C’est un signal positif”, s’est empressé de réagir Bruno Le Maire, dans la foulée de la publication de la décision.
Programme de stabilité salué
Pour justifier son arbitrage, S & P a notamment indiqué avoir revu à la baisse ses prévisions de déficit public pour 2023-2025 à 4,6 % du Produit intérieur brut (PIB), contre 4,9 % précédemment, et anticipe que le déficit en 2026 sera de 3,8 %. En quel honneur ? “La stratégie révisée d’assainissement budgétaire du gouvernement”, explique la firme américaine. L’agence de notation n’est ainsi pas restée insensible au programme de stabilité dévoilé par l’exécutif au début du printemps.
Au sein de ce document transmis une fois l’an à la Commission européenne contenant l’ensemble des prévisions macroéconomiques du gouvernement ainsi que la trajectoire des finances publiques sur les quatre prochains exercices, on peut lire la volonté de réduire de 2 points de pourcentage le déficit public rapporté au PIB en quatre ans (il s’établirait à 2,7 % en 2027) et de 3,3 points la dette publique en proportion de la richesse nationale (elle atteindrait 108,3 % en 2027).
D’une part, cette performance tiendrait aux disparitions des boucliers tarifaires sur le gaz cette année et de celui sur l’électricité début 2025, disparitions rendues possibles par l’effondrement des prix de l’énergie. D’autre part, elle trouverait, entre autres, son origine dans l’impact de la réforme des retraites et de celle de l’assurance chômage qui aideraient à ce que la puissance publique limite la croissance de ses dépenses en volume à 0,6 % par an entre 2023 et 2027 (hors mesures d’urgence et de relance).
Trois aléas
Pour autant, tout n’est pas rose dans le diagnostic de l’agence de notation.
Si à la différence de Fitch, l’institution financière n’a pas daigné dégrader la France, elle a décidé d’associer le AA à une perspective négative ; autrement dit, une dégradation est davantage probable qu’un relèvement ou un abaissement de la note au cours de ces prochains mois. “Cela reflète notre point de vue sur les risques de dégradation de nos prévisions pour les finances publiques de la France, compte tenu de la dette déjà élevée des administrations publiques”, fait valoir S & P, qui identifie trois risques.
Le premier est d’essence purement politique : fait inédit depuis trois décennies, aucune majorité absolue n’a émergé à l’Assemblée nationale ; une situation on ne peut plus rare depuis les débuts de la Ve République puisque ce n’est que la troisième fois qu’elle se produit. Voilà un état de fait qui n’a rien d’anecdotique au regard des "réformes difficiles, courageuses et nécessaires pour le pays", selon les mots de Bruno Le Maire, que souhaite faire adopter la majorité pour conduire le désendettement de la sphère publique.
Autre aléa pesant sur la trajectoire des finances publiques : "les incertitudes qui subsistent dans les économies mondiale et européenne", avance S & P, dans un contexte où le débat fait plus que jamais rage quant à la survenance prochaine d’une récession.
Enfin, l’agence de notation pointe le resserrement des conditions de financement. Là encore, il s’agit d’un phénomène loin d’être anodin pour une France très endettée. De fait, toutes choses égales par ailleurs, un choc permanent de 100 points de base affectant les taux d’intérêt auxquels se finance le pays des Lumières génère, au bout de dix ans, une augmentation d’environ 1 point de PIB de la charge d’intérêts annuelle que doit assumer la puissance publique.
Dégradation en vue ?
Cette problématique des coûts d’emprunt est prise très au sérieux par S & P au point d’en faire l’un des déterminants de ses notations futures.
En effet, elle avertit qu’elle pourrait dégrader la France durant les dix-huit prochains mois si "la dette des administrations publiques en pourcentage du PIB ne diminuait pas régulièrement au cours de la période 2023-2025" ou si "les dépenses d’intérêts des administrations publiques augmentaient au-delà de 5 % des recettes".
Rappelons qu’en 2022, les recettes publiques représentaient 28,5 fois la charge d’intérêts.
Attention, diffusion progressive de la remontée des taux d’intérêt oblige, les marges de manœuvre se réduisent peu à peu, car en 2026, ce nombre devrait diminuer à 24,4, escompte S & P.
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