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Engie / Tihange 3 / Doel 4 / nucléaire / Belgique
Engie règle son problème nucléaire belge / Un accord à 15 milliards d’euros
Les délais impartis ont été tenus. Engie et les autorités belges négociaient intensément depuis plusieurs mois pour conclure avant fin juin la prolongation de la durée d’exploitation des réacteurs de Doel 4 et Tihange 3, les deux unités nucléaires les plus récentes du parc nucléaire du groupe énergétique, à la puissance cumulée de 2 gigawatts. Objectif : les redémarrer dès novembre 2026, voire dès novembre 2025, pour dix ans supplémentaires. Si la date précise sera fonction d’un assouplissement annoncé de la réglementation belge, la longueur des discussions tenait, elle, à la complexité de concilier les enjeux du pays avec ceux de l’entreprise.
Il paraît utile de rappeler que la Belgique comptait initialement sortir du nucléaire en 2025 avant de faire volte-face, la guerre en Ukraine ayant eu raison de sa volonté d’abandonner l’atome civil, le risque de pénurie d’électricité dès l’hiver 2025/2026 étant devenu trop important. Face à l’impératif de renforcer la sécurité d’approvisionnement en électricité du pays, Engie avait de son côté besoin de garanties et d’une forte visibilité sur le modèle économique pour poursuivre une activité qui ne fait plus partie de ses priorités, et dont il ne souhaite plus assumer seul les risques.
Contrat pour différence
Obtenu in extremis avant la date butoir, l’accord annoncé mercredi répond à ce cahier des charges. Il s’agissait de définir précisément les modalités d’un premier accord non contraignant signé en janvier. Il reprend ainsi le principe de la création d’une structure juridique dédiée aux deux unités nucléaires prolongées détenue à parité par l’État belge et Engie. Il ajoute une garantie sur le modèle économique de l’extension avec une répartition équilibrée des risques au travers notamment d'un mécanisme de contrat pour différence.
Ce type de contrat signé entre un producteur d’électricité et une entité publique prévoit un prix d’exercice. Le producteur vend l’électricité sur le marché, mais règle ensuite à l’entité publique la différence entre le prix du marché et le prix d’exercice quand cette différence est positive et la reçoit de l‘entité publique dans le cas contraire. Cela permettra à Engie de percevoir des revenus stables pour l’électricité que les deux réacteurs produiront. D’un côté en limitant ces revenus lorsque les prix du marché sont élevés et de l’autre, en les sécurisant quand les prix de marché sont bas. Ce à quoi l’accord conclu par Engie ajoute aussi "un intéressement de l’opérateur industriel à une bonne performance technique et économique des installations".
Pour assurer la viabilité économique de la poursuite de l’activité nucléaire, il était nécessaire également de définir le cadre du plafonnement des coûts futurs liés au traitement des déchets nucléaires. Sur ce point crucial, les deux parties sont tombées d’accord sur un montant de 15 milliards d’euros payable en deux fois par le groupe, dont une partie au premier semestre 2024 prévue pour les déchets B et C hautement radioactifs et destinés au stockage géologique.
Une charge de 4,5 milliards d’euros
En échange de cette somme destinée à couvrir les déchets des sept installations nucléaires d’Engie en Belgique, Engie se protège une fois pour toutes contre le risque lié à l’évolution des coûts futurs liés au traitement des déchets. La question ne reviendra plus hanter le groupe tous les trois ans, soit le rythme de révision de ces coûts par la Commission des Provisions Nucléaires (CPN) belge. Sous réserve bien sûr de la signature des accords définitifs prévue fin juillet 2023.
La facture est certes importante. Elle va engendrer pour le groupe une charge pour un montant de l’ordre de 4,5 milliards d’euros avant impôts dans ses résultats 2023. Pour autant, elle ne modifie pas les prévisions à moyen terme d’Engie présentées en février dernier 2023, "ni en termes de résultat net récurrent, ni en termes de crédit, d’investissements et de politique de dividende", a tenu à préciser l’entreprise. Les investisseurs ne s’y trompent d’ailleurs pas. L’action Engie progressait de près de 4 % mercredi après-midi, à 14,96 euros.
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