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Entreprises / Actions / Orpea / scandale Orpea / restructuration financière / Caisse des dépots / Ehpad / maisons de retraite / tribunal de commerce de Nanterre

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Orpea / scandale Orpea / restructuration financière / Caisse des dépots / Ehpad / maisons de retraite / tribunal de commerce de Nanterre

Laurent Guillot veut refaire d’Orpea une référence du secteur / Pas d’amélioration du cours de Bourse sans une qualité de soin reconnue

Alors que le tribunal de commerce de Nanterre vient de valider le plan de sauvegarde accélérée d’Orpea et qu’une autre décision capitale de la Cour d’appel de Paris est attendue à l’automne, Laurent Guillot, directeur général depuis un an du gestionnaire d’Ehpad et de cliniques, se veut résolument tourné vers l’avenir. Conscient du long chemin qu’il reste à parcourir pour retrouver la confiance des salariés, des patients et des investisseurs, il fait un point d’étape pour WanSquare.
Laurent Guillot, directeur général d'Orpea (Photo by JULIEN DE ROSA / AFP)
Laurent Guillot, directeur général d'Orpea (Photo by JULIEN DE ROSA / AFP)

Les juges auront donc attendu le dernier jour pour faire connaître leur décision. Ce lundi, le tribunal de commerce de Nanterre a, sans grande surprise, approuvé le plan de sauvegarde accélérée présenté par la direction d’Orpea, "Il s’agit de la plus importante restructuration financière conduite en France et la première application de la nouvelle procédure instaurée par l’ordonnance du 15 septembre 2021. Il est donc tout à fait normal que les juges aient pris le temps d’écrire la décision, l’audience ayant eu lieu la semaine dernière ", fait observer Laurent Guillot, le directeur général d’Orpea dans un entretien accordé à WanSquare.

 

Améliorer le taux d’encadrement

 

Toujours est-il que cette décision est une étape majeure dans la refondation du gestionnaire d’Ehpad. "Ce jugement va nous permettre de poursuivre tous les efforts engagés depuis un an et de nous concentrer sur la réelle mission de l’entreprise à savoir le soin et l’accompagnement au quotidien des plus fragiles que sont les personnes âgées dans les maisons de retraite mais aussi les patients que nous accueillons de nos cliniques ", explique l’ex-directeur général adjoint de Saint-Gobain.

Dans le cadre de cette refondation, des négociations avec les syndicats ont en effet déjà eu lieu. Elles ont notamment conduit à une revalorisation des salaires de 4 %, à la mise en place d’un treizième mois et de tickets-restaurants, etc. Autant de mesures destinées à rendre les conditions de travail des collaborateurs plus attractives. Des recrutements ont aussi été entrepris. "Nous avons augmenté nos effectifs de 50 à 100 salariés par mois au cours des sept derniers mois, et notamment en CDI. En effet, si notre objectif est de recruter plus pour augmenter notre taux d’encadrement, nous souhaitons le faire massivement sur des contrats à durée indéterminée. Depuis septembre dernier, nous avons ainsi augmenté notre nombre de CDI de 10 %. Nos effectifs sont donc plus stables aujourd’hui", se félicite Laurent Guillot.

 

Redevenir une entreprise de soin

 

Un investissement conséquent qui a logiquement conduit le groupe, il y a quelques jours, à revoir à la baisse ses prévisions financières pour 2023, s’attendant désormais "à une moindre croissance du chiffre d’affaires", principalement en raison du taux d’occupation de ses Ehpad en France. "Nous avons investi dans le taux d’encadrement (+10 %) pour améliorer notre qualité de soin et dans le même temps notre taux d’occupation n’a pas encore suffisamment progressé (83,4 % au premier semestre contre 87 % en 2021) pour compenser cette amélioration des conditions de travail ", confirme le directeur général qui sait que "la confiance des résidents et des familles ne viendront pas du marketing mais de la reconnaissance de l’amélioration du travail et de la qualité de soin et d’accompagnement effectués sur le terrain dans chaque établissement".

Et sur le plan médical aussi des efforts ont été faits. "Nous avons remis le médical au cœur de l’entreprise en faisant du médecin coordinateur, du directeur de l’établissement, de l’infirmière, des personnalités clés de notre organisation. C’est dans cette optique que nous avons d’ores et déjà mis en place une commission médicale et des projets pilotes dans certains de nos établissements. Notre nouveau directeur éthique, Emmanuel Hirsch va sur le terrain avec pour mission de former des ambassadeurs éthiques et impulser le changement dans nos 350 établissements. Enfin, nous avons réorganisé notre dispositif de médiation pilotée désormais par l’ancien ministre Claude Evin. Tout cela doit nous permettre de passer d’une entreprise qui ressemblait davantage à une foncière immobilière à une entreprise de soin ", détaille Laurent Guillot.

A ce sujet, rappelons que le groupe prévoit également de céder d’ici 2025 1,25 milliard d’euros d’actifs immobiliers détenus dans le monde – le groupe est présent dans 22 pays – pour un recentrage sur l’Europe de l’Ouest. " Cette stratégie nous permettra aussi de financer les soins ", ajoute le directeur général.

 

Une décision de la Cour d’appel cruciale

 

Pour l’heure, la restructuration financière du groupe n’est pas encore totalement sur les rails. Encore faut-il que la Cour d’appel de Paris valide la décision de l’Autorité des marchés financiers d’autoriser le groupement mené par la Caisse des Dépôts et ses alliés à devenir, à l’issue du plan de sauvetage, l’actionnaire principal d’Orpea sans avoir à passer par une offre publique d’achat (OPA). Une décision attendue pour la fin du mois d’octobre, voire début novembre.

Mais le directeur général de l’entreprise depuis le 1er juillet 2021 a bon espoir d’une issue juridique favorable. "Il s’agira d’une étape capitale car le groupement (Caisse des Dépôts, CNP Assurances, MAIF et MACSF) en a fait une condition de son entrée au capital. Il en va de l’intérêt social de trouver une solution de continuité à long terme pour l’entreprise. D’autant que nos créanciers qui ne se seraient pas engagés à un tel niveau d’effort sans avoir en contrepartie un groupement solide et garant du long terme", constate-t-il.

Pour mémoire, le groupement s’est engagé à apporter 1,35 milliard d’euros, dont 605 millions d’euros par la "Caisse" et 150 millions via La Banque Postale, filiale de CNP. MAIF, de son côté, contribuera à hauteur de 400 millions d’euros tandis que la MACSF engagerait 200 millions d’euros. Les créanciers non sécurisés apporteraient 195 millions d’euros par le biais d’une augmentation de capital, si bien que la situation financière d’Orpea serait assainie avec 1,55 milliard d’euros d’argent frais, et une créance bancaire de 3,8 milliards d’euros (pour 9,7 milliards d’euros de dette totale aujourd’hui). La mise en œuvre de ce plan devrait se traduire par une dilution massive pour les actionnaires existants.

Or, en juin dernier, ce plan a en effet été approuvé par la majorité des classes de parties affectées, créanciers et actionnaires. Sur les dix appelées au vote, six l’ont approuvé, soit à la majorité requise (plus des deux tiers) tandis que trois autres, dont celles des actionnaires, ont soutenu le projet à plus de 50 %.

 

Un changement de nom à venir

 

Et tous les recours intentés par les petits actionnaires d’Orpea menés par l’association Adamo et le concert d’actionnaires (Concert’O, créé par le groupe familial Mat Immo Beaune et le groupe Nexstone) ne l’inquiètent pas outre mesure. "Il est normal qu’il y ait des recours compte tenu de la procédure utilisée, qui est nouvelle et qui ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre pour redonner de la valeur aux actionnaires. Mais sur la quinzaine de recours engagés, nous en avons déjà gagné une dizaine ", commente-t-il. A noter d’ailleurs, que le "Support Club", représentant des investisseurs internationaux, a fait savoir, ce lundi soir, son intention d’attaquer la décision du tribunal de commerce de Nanterre.

Le cours de Bourse, qui a perdu plus de 90 % de sa valeur depuis janvier 2022, ne le préoccupe pas non plus pour le moment. "Ce n’est pas la priorité. La priorité est de refonder l’entreprise et de lui redonner les conditions de faire son travail le mieux possible. Nous ne pouvons pas viser une amélioration du cours de Bourse de façon durable sans que nos activités de soins et d’accompagnement ne soient efficaces et accomplies avec les meilleures normes du secteur", assure-t-il.

Laurent Guillot préfère au contraire se projeter et penser aux prochaines grandes étapes de la transformation d’Orpea. "Une fois la restructuration financière menée à bien, nous partagerons notre raison d’être, avant de devenir d’ici quelque temps entreprise à mission. Et un jour, lorsque nous estimerons avoir suffisamment transformé l’entreprise, il nous faudra changer de nom, une dernière étape qui symbolisera tout le chemin parcouru jusqu’ici", confie-t-il.

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