ESG / ESG / données / reporting extra-financier / BNP Paribas
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ESG / données / reporting extra-financier / BNP Paribas
Le brouillard autour des données ESG, un obstacle grandissant / Alors qu'elles deviennent toujours plus nécessaires
De pire en pire ? La quatrième édition de l’étude ESG (environnement, social et gouvernance) de BNP Paribas, menée tous les deux ans et publiée la semaine dernière, a mis en avant un constat flagrant : 71 % des répondants déplorent que l’incohérence et l’insuffisance de données ESG représentent le premier obstacle à l’adoption de ce type d’investissement. Ce qui constitue une hausse conséquente de 17 points par rapport à 2021.
Et la problématique ne date pas d’hier, puisqu'en 2017, plus de la moitié (55 %) des interrogés avait déjà avancé que le manque de sources solides concernant la notation extra-financière représentait un frein à l’investissement responsable. Il était alors anticipé que la proportion tomberait à 15 % pour la prochaine édition de l’étude. Mais malheureusement, celle-ci s’affichait toujours à 32 % en 2019. Avant, donc, de remonter à 54 % en 2021, puis 71 % en 2023.
Il est d’autant plus difficile, pour les 420 propriétaires et gestionnaires d’actifs, hedge funds et sociétés de capital-investissement ayant répondu à l’enquête entre avril et juillet 2023 de ne pas disposer de données fiables, que le besoin d’y recourir s’est accru depuis 2017. En cause, rappelle l’étude de BNP Paribas, les nouvelles exigences réglementaires (comme la directive européenne SFDR) qui appellent à une plus grande transparence sur la divulgation d’informations liées au développement durable. Mais, aussi, le fait que les investisseurs institutionnels accordent toujours plus d’importance à la décarbonation de leur portefeuille
En effet, 66 % des répondants ont affirmé que l’analyse climatique prenait de plus en plus de place dans leur approche de l’investissement. Bon nombre d’entre eux ont d’ailleurs pris l’engagement d’atteindre la neutralité carbone dans leur portefeuille, ce qui requiert donc des données fiables sur les émissions de CO2.
Certains sujets plus à la peine
Un expert en durabilité chez un gestionnaire néerlandais, interrogé par l’enquête, commente d’ailleurs : "Nous n’avons pu nous engager sur des objectifs en matière de climat et d’empreinte carbone qu’en 2020 parce qu’avant cela, il n’y avait pas de données fiables sur les empreintes carbone et des définitions alignées dans le monde entier".
"Sur d’autres sujets, tels que la biodiversité, il est encore très tôt pour définir des indicateurs clés de performance, des cibles et des objectifs clairs, car il est très difficile d’obtenir ces données", poursuit-il.
Plusieurs raisons ont été avancées par les répondants pour expliquer les fondements du flou de ces données. Ainsi, la mauvaise qualité de l’analyse pour les données ESG a recueilli 46 % des suffrages, leur coût a été voté à 40 % et l’incohérence entre les différents fournisseurs de données également. Ces arguments sont les principaux, mais d’autres problèmes ont aussi été relevés par l’enquête (le manque de transparence des données extra-financières et leur trop forte antériorité, ou encore l’agrégation au niveau du portefeuille).
La manière de faire face à l’incohérence ou l’incomplétude des données ESG varie d’un investisseur à l’autre, souligne néanmoins l’enquête. De fait, certains considèrent par exemple que le problème est inévitable, mais gérable. Un répondant spécialiste des investissements ESG d’un fonds de pension américain admet, par exemple, comprendre le fait que les données diffèrent d’un fournisseur à l'autre.
Démarcher et enquêter soi-même
Il souligne par ailleurs qu’en qualité de propriétaire d’actifs, il ne ferait "pas son travail" s’il n’appelait pas telle ou telle entreprise pour avoir davantage de clarté sur une question. Un autre gestionnaire d’actifs européen le rejoint, abondant que si les données ont un rôle majeur, "comprendre un investissement est encore plus important".
Pour autant, ces problèmes liés aux données ESG compliquent l’utilisation, pour une organisation, d’indices de référence sur mesure reflétant sa politique en la matière. Un membre du comité d’investissement d’un organisme de retraite européen explique en effet, à BNP Paribas, qu’il souhaiterait obtenir un indice personnalisé pour ses portefeuilles d’actions et de titres à revenu fixe.
Un indice qui devrait, de plus, tenir compte de l’adoption de trois objectifs de développement durable de l’Organisation des Nations Unies (ONU) spécifiques. Et cet interlocuteur de souligner que de ce point de vue, l’obstacle serait lié à un manque de connaissance et à la volonté des fournisseurs de faire adopter des indices de référence standardisés.
Ceci étant dit et au regard d’autres résultats de l’enquête, celle-ci assure "que les données ESG ne répondent pas encore totalement au besoin des investisseurs". En témoigne, notamment, la décision au cours de l’été par l’agence de notation américaine S & P Global Ratings de ne plus évaluer les performances ESG des entreprises dans ses notations de crédit et de ne plus mettre à jour celles existantes.
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