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Levées de fonds
Verkor / French Tech / industrie / Benoit Lemaignan / Batteries bas carbone
Verkor et ses deux milliards d’euros de financement en tête d’affiche de la French Tech / Les investisseurs se pressent au capital de la start-up industrielle
Plus de deux milliards d’euros. Alors que la French Tech peine de plus en plus à lever des fonds, l’annonce ce jeudi matin faite par la start-up Verkor d’avoir sécurisé plus de deux milliards d’euros de financement a de quoi être remarquée. Deux milliards d’euros, qui auront trois desseins. Il s’agira tout d’abord d’accélérer la construction de la première "gigafactory" Verkor à Dunkerque et la production de cellules de batteries bas-carbone et haute performance.
Située dans le port de la ville du Nord, l’usine devrait être opérationnelle d’ici l’année 2025. Elle aura une capacité de production initiale de 16 gigawatts par année et créera environ 1 200 emplois directs et 3 000 emplois indirects. Deuxième objectif : pousser la recherche de nouvelles technologies au sein du Verkor Innovation Centre (VIC). Et, enfin, poursuivre des investissements stratégiques tout au long de la chaîne de valeur de la batterie.
Dans le détail, cette jeune pousse grenobloise spécialisée dans la production de batteries bas carbone, est parvenue à récolter ces financements au travers de plusieurs leviers. Avec dans un premier temps un tour de table de Série C, de 850 millions d’euros. Un record pour une start-up française.
La liste est longue
C’est Macquarie Asset Management, via son fonds dédié aux solutions en faveur de la transition énergétique, qui aura été le principal investisseur. Avec l’appui de Meridiam, en qualité d’investisseur de référence, ils ont ensemble contribué à ce qu’il convient de qualifier de "méga levée de fonds". Mais la liste est encore longue.
Du côté industriel, Verkor a notamment pu compter sur le groupe Renault, qui sera son premier client. "Verkor fournira à Renault Group chaque année, l’équivalent de 12 GWh de batteries", indiquait en effet déjà en avril Verkor, à l’occasion de l’annonce d’un partenariat commercial avec le constructeur français. Il y a aussi CMA CGM, qui au travers de son fonds énergie PULSE a quant à lui contribué à ce tour de table via un partenariat plus large avec la start-up (sur la chaîne de valeur et la décarbonation de l’industrie et de la logistique).
Côté financier, le fonds d’investissement Société de projets industriels (SPI) de Bpifrance a lui aussi renforcé son investissement à l’occasion de cette levée de fonds, qui s’inscrit par ailleurs dans son programme d’investissement d’avenir. Le Fonds Stratégique de Participation (FSP), soutenu par sept grands assureurs français et opéré par la société de gestion ISALT - dont la Caisse des Dépôts détient 39 % du capital - s’est également illustré sur cette opération. Tout comme Crédit Agricole Assurances. À noter que le néerlandais Airbridge Investissement a lui aussi participé à l’opération. Cette dernière valorise en tout cas la start-up à plus d’un milliard d’euros, a indiqué à l’Agence France Presse Benoit Lemaignan, co-fondateur et président de l’entreprise.
L’Europe et l’Etat en soutien
Pour atteindre les deux milliards d’euros, la greentech industrielle a ensuite reçu un soutien de 600 millions d’euros (en financement bancaire) de la part de la Banque Européenne d’Investissement. Enfin, 650 millions d’euros de subventions françaises - notamment dans le cadre de France 2030 - ont été perçus par cette start-up née en 2020.
Voilà donc une opération qui détonne dans l’ambiance atone qui règne sur les levées de fonds depuis le début de l’année. Pourtant, à y regarder de plus près, elle semble finalement concorder avec les nouvelles attentes des investisseurs et les tendances qui planent sur la French Tech.
Comme France Digitale et EY le soulignaient dans leur Baromètre sur la performance économique et sociale des start-ups publié en début de semaine, les difficultés des start-ups à lever des fonds depuis le début de l’année restent à mettre en perspective avec la maturité des start-ups qui les réalisent.
Série C et d’autres financements
Le rapport soulignait ainsi que 50 % des séries C et D ayant cherché à lever des fonds sur les douze derniers mois y étaient parvenues sans difficulté lorsqu’elles cherchaient à le faire. De même, les start-ups les plus matures recourent de plus en plus à des alternatives aux levées de fonds pour se financer. Pour Verkor, il convient ainsi de rappeler que son tour de table de série C aura de plus été abondé d’un financement bancaire de la part de la BEI.
Mais aussi, donc, de subventions de l’Etat français. Si celles-ci restent conditionnées à la validation définitive de la Commission européenne, l’activité de Verkor semble de fait bien s’inscrire dans l’objectif du plan France 2030, doté de 54 milliards d’euros et à destination de l’industrie.
Renforcement de l’indépendance stratégique française et européenne avec la participation à l’émergence d’une filière française de production de batterie, participation à la décarbonation du secteur des transports, réindustrialisation du pays, création d’emplois… "La plus grande levée de fonds jamais enregistrée de la French Tech. […] C’est une grande nouvelle pour l’industrie française, l’emploi et la décarbonation de l’économie. Une vraie fierté", s’est d’ailleurs enthousiasmé le ministre de l’Économie, des Finances, de la Souveraineté industrielle et numérique Bruno Le Maire, sur ses réseaux sociaux à la mi-journée.
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