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Evenements / Getlink / Rencontres du Climat / transition énergétique / Coût du capital / investissements verts

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Getlink / Rencontres du Climat / transition énergétique / Coût du capital / investissements verts

Transition énergétique : Getlink appelle à un MEDAF nouvelle génération / De la difficulté de mesurer le coût du capital pour les entreprises

Pour ses deuxièmes "Rencontres du Climat", le groupe Getlink a souhaité s’intéresser à l’impact des actions climatiques des entreprises sur leur coût du capital. Et force est de constater que la réponse reste difficile à établir tant les méthodes pour évaluer le ratio bénéfice-risque, utilisées par les investisseurs et indispensables pour investir dans des projets dits "verts", semblent dépassées selon le directeur général de Getlink, Yann Leriche.
Rencontres Climat avec Yann Leriche, directeur général de Getlink (DR)
Rencontres Climat avec Yann Leriche, directeur général de Getlink (DR)

Le coût du capital est un facteur déterminant pour la transformation écologique des entreprises. "Il s’agit d’une question concrète, quotidienne. Quel est le coût des ressources financières à mobiliser pour un projet d’investissement vert ? La réponse est essentielle car plus le coût du capital baisse et plus de projets voient le jour avec une rentabilité plus forte", a expliqué, ce mercredi matin, le directeur général de Getlink, Yann Leriche, à l’occasion de la deuxième édition des "Rencontres du Climat" organisée par le groupe sur le thème : "Action climatique des entreprises : quels impacts sur leur coût du capital".

Une question d’autant plus légitime que les projets dits verts coûtent plus chers que ceux dits bruns. "Investir dans le vert apporte-t-il un avantage sur le coût du capital ? Est-ce que les prêteurs font des efforts sur ce type de projets, ce qui pourrait apporter un avantage compétitif par rapport à nos concurrents ?", s’est-il interrogé.

 

A priori plus rentable

 

Il semblerait que la réponse soit positive pour Sébastien Pouget, directeur scientifique de l’initiative de recherche "Effective Corporate Climate Action", à la Toulouse School of Economics. "Selon une étude, sur un échantillon de près de 14 400 entreprises dans 77 pays de 2005 à 2018, une augmentation d’un écart-type des émissions de carbone est associée à une augmentation des rentabilités réalisées de 2,34 % par an ". Mais Sébastien Pouget de prévenir. "Ce résultat est à prendre avec prudence car il est en réalité compliqué à établir. En effet, lors de certaines phases de marchés, les entreprises vertes peuvent enregistrer des rendements élevés : sur la période allant de 2013 à 2020, aux États-Unis, une surperformance de près de 10 % par an a, par exemple, été observée. Par ailleurs, souvent les études sont réalisées sur le marché secondaire. Or, c’est sur le marché primaire que les entreprises cherchent à se financer et il semblerait que la prime carbone y soit un peu plus faible ", a-t-il prévenu.

 

La préférence des investisseurs

 

Un engouement cependant confirmé par Estelle Castres, directrice générale France-Belgique et Luxembourg chez BlackRock : "Nous entrons dans un régime de taux d’intérêt élevés, d’inflation, de volatilité accrue sur les marchés qui est appelé à durer. De cela, nous avons dégagé cinq grands chocs qui seront sources de risques mais aussi d’opportunités. Parmi ceux-ci figure la transition énergétique qui est l’une des plus belles opportunités d’investissement pour nos clients", a-t-elle déclaré, ajoutant que "selon une enquête que nous avons réalisée auprès de 200 investisseurs institutionnels dans le monde, 56 % d’entre eux, et notamment les Américains et les Canadiens, veulent du bas carbone. Et pour les aider, nous avons donc mis en place une plateforme s’appuyant sur trois facteurs : l’innovation technologique, la préférence des consommateurs et des clients investisseurs, la réglementation en vigueur (comme l’Inflation Reduction Act américain à 470 milliards de dollars ou les 635 milliards d’euros engagés en Europe en faveur du climat). En regardant secteur par secteur et par région, nous nous sommes rendu compte si certains secteurs étaient très bien positionnés comme celui de la voiture électrique, d’autres, comme les pays émergents, étaient en retard. L’idée est donc de flécher l’argent des investisseurs vers des projets verts dans ces pays ", a-t-elle expliqué.

 

Des méthodes de calcul à renouveler

 

Toujours est-il que côté entreprises, aiguiller les investisseurs n’est pas une chose aisée. "Le MEDAF, modèle d’évaluation des actifs financiers qui permet de déterminer le taux de rendement attendu en fonction de son niveau de risque, date des années 1960 et ne sait pas intégrer le climat. Cette méthode n’est donc plus satisfaisante alors qu’elle est toujours utilisée par les investisseurs. La boîte à outils a donc besoin d’être renouvelée ", a fait observer Yann Leriche qui appelle ainsi de ses vœux à combler le gap entre les pratiques du passé, "qui ne fonctionnent plus" par notamment l’émergence d’un "MEDAF 2.0".

Un constat que Sébastien Pouget a néanmoins cherché à nuancer. "D’un point de vue académique, la boîte à outils a beaucoup évolué depuis les années 1980 ", a-t-il expliqué, reconnaissant toutefois qu’une évolution était sans doute nécessaire sur la qualité des données et évoquant également le règlement "Taxonomie verte" qui offre, selon lui, "un pas dans la bonne direction". "Les entreprises pourraient améliorer leur transparence et leur communication sur leur performance environnementale, afin de signaler de manière crédible leur engagement dans l’action climatique et de réduire l’asymétrie d’information avec les investisseurs. Ceci pourrait passer par la mise en place d’une comptabilité environnementale (ce que Getlink a été le premier à faire en publiant sa facture carbone, ndlr) ou de ratios de performance économique teintée de performance environnementale. Par ailleurs, le recours à des organismes certificateurs devrait être développé, tandis que les régulateurs pourraient encourager la conception et l’utilisation de normes et de labels climatiques, afin de faciliter la comparaison et la vérification des informations fournies par les entreprises", a-t-il préconisé.

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