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Forum de Davos / taux d'intérêt / Coût du capital / endettement / M&A
Forum de Davos : la nouvelle donne sur les taux d’intérêt en débat / La mentalité des entreprises et des Etats est bouleversée
La vive hausse des taux d’intérêt est l’évènement économique majeur de ces deux dernières années, aux côtés des chocs inflationniste et énergétique, aussi le Forum de Davos ne pouvait passer à côté. Ce matin, une table-ronde y était organisée pour évoquer ce nouveau régime de conditions de financement relativement restrictives lié à la lutte contre l’inflation. Sans surprise, l’ensemble des agents économiques ressent que cette nouvelle contrainte mord.
"Cela n’a pas été sans effet sur les fusions-acquisitions, il faut dire que des années durant nous ne nous étions jamais attardés sur les dépenses d’intérêts", a déclaré Chuck Robbins, président-directeur général de Cisco Systems, qui a expliqué qu’elles faisaient désormais partie de l’équation, au même titre que les dépenses d’exploitation, lorsqu’une acquisition était en ligne de mire. Celui dont l’entreprise vient de racheter la société de cybersécurité Splunk pour 28 milliards de dollars a d’ailleurs reconnu qu’il avait récemment renoncé à une acquisition à cause des charges d’intérêts associées. "Les entreprises se comportent de manière plus responsable que lorsque les taux d’intérêt étaient nuls ", a estimé l’Américain.
Un propos auquel n’a pas manqué d’adhérer Adena Friedman, présidente-directrice générale du Nasdaq. "L’un des points positifs qui accompagne un 'vrai’ coût du capital est que cela force à prioriser […], c’est une bonne discipline", a-t-elle indiqué. "Auparavant, l’état d’esprit était ‘que toutes les fleurs fleurissent’. Or, peut-être que le plus important est de savoir laquelle d’entre elles deviendra un arbre dont la croissance sera la plus bénéfique à l’objectif visé", a jugé Adena Friedman. Au plan macroéconomique, cette période n’a également pas eu que des retombées favorables ; des études montrent qu’un coût du capital plus faible a eu des effets néfastes sur la croissance de la productivité au sein des économies avancées en maintenant en vie des entreprises dites "zombies".
La remontée des taux d’intérêt n’est également pas sans contrarier les marges de manœuvre budgétaires des États. "Quand le coût de la dette publique était nul en termes nominaux et négatif en termes réels, la conduite de la politique budgétaire à court terme ne posait aucun problème", a fait valoir François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France.
Or, "si vous regardez aujourd’hui le montant annuel de la charge d’intérêts dans le budget des États, vous constatez qu’il a augmenté significativement", a fait remarquer le patron de la Banque de France. De sorte qu'"en plus de devoir se projeter sur le long terme, compte tenu de la solidarité nécessaire envers les générations futures, ce à quoi nous avons failli ces dernières décennies, la politique budgétaire doit faire face à une contrainte de court terme", a déclaré le grand argentier.
"Si vous êtes un gouvernement et que vous devez boucler votre budget pour l’année suivante, vous ressentez la pression que fait peser votre niveau d’endettement sur vos dépenses d’intérêts", a souligné l’ex-directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn lorsque ce dernier était le ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie de la France. Dans le cas des finances publiques hexagonales, un récent rapport de la Cour des comptes alertait sur le carcan qu’allait représenter, pour le gouvernement, la progression des charges d’intérêts d’ici à 2027, dans un contexte où il souhaite désendetter la sphère publique : cette entrave contribuera à ce qu’il faille réaliser 12 milliards d’euros d’économies chaque année.
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