Start-up / legaltech / Jimini AI / Raphaël Arroche / Stéphane Béreux / Gide Loyrette Nouel / CMA CGM
Start-up
legaltech / Jimini AI / Raphaël Arroche / Stéphane Béreux / Gide Loyrette Nouel / CMA CGM
Quand l’intelligence artificielle séduit les cabinets d’avocats et les directions juridiques / Jimini AI convainc grâce à un modèle sur-mesure, sécurité à la clé
Pas toujours évident, pour de jeunes sociétés technologiques, de se voir accorder du crédit par de grandes maisons. D’autant plus lorsque ces dernières traitent de données particulièrement sensibles et confidentielles, à l’instar des cabinets d’avocats et des directions juridiques des sociétés cotées. Pourtant, malgré moins d’une année d’existence, Jimini AI a réussi à convaincre (entre autres) Gide Loyrette Nouel ou encore la direction juridique de CMA CGM de collaborer avec eux.
En clair, cette start-up fondée par Raphaël Arroche et Stéphane Béreux, lancée en 2023, applique l’intelligence artificielle (IA) générative au droit. "L’univers du droit est le champ d’application parfait des LLMs [grands modèles de langage, ndlr] : tout est textuel et structuré", explique Raphaël Arroche, cofondateur de la "legaltech", à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
Le concept de la technologie de Jimini AI repose sur un constat simple. La problématique principale d’un professionnel du droit est celle du temps. Et une partie significative de celui-ci est consacrée à des tâches à plus faible valeur ajoutée (recherche, analyse de documents ou tâches rédactionnelles), réalisées grâce à des outils désormais obsolètes. "Nous proposons donc un copilote d’IA qui intervient sur ces trois types de tâches", relève Raphaël Arroche.
Entraîner une IA bien compartimentée
Pour autant, pour qu’une IA générative soit pertinente, encore faut-il qu’elle puisse s’entraîner sur de la matière juridique. À ce niveau, le modèle d’IA générative de la start-up possède deux volets de pratique. D’une part, toute la donnée juridique disponible en libre accès comme les textes de loi, la jurisprudence et la doctrine. D’autre part, les cabinets d’avocats et les entreprises qui utilisent la solution leur mettent également leurs données à disposition. De quoi créer une solution d’IA sur-mesure, plus utile pour leur permettre de réaliser des tâches de recherche, d’analyse et de rédaction. Mais aussi de posséder une véritable valeur ajoutée.
Si l’outil apparaît forcément utile, la problématique de la sécurisation de ces données questionne. Comment, dans des professions où transitent des données aussi sensibles, peut-on s’assurer de la fiabilité d’une IA qui les utilise ? "Ce qu’il est tout d’abord important de souligner, c’est qu’au-delà de l’aspect sécuritaire, l’IA générative peut encore effrayer. Notre approche est rassurante parce qu’il s’agit d’un outil de copilotage. C’est un outil de productivité et non de remplacement, sur lequel les avocats et les juristes gardent la main", observe Raphaël Arroche.
Sur l’aspect sécurité, Jimini AI a aussi pris les précautions nécessaires. "Nous avons passé plusieurs audits auprès des directeurs des systèmes d’information des cabinets d’avocats. Surtout, nous leur avons donné l’assurance que la donnée qui était utilisée était véritablement compartimentée par cabinet et par entreprise. L’entraînement de l’IA qui est fait pour un acteur ne servira jamais à alimenter celle qui serait déployée chez le concurrent", souligne le cofondateur de Jimini AI. "Nous hébergeons les données sur des serveurs basés en France, la réglementation européenne est respectée et nous sommes en cours de certification, notamment sur la norme ISO27001 [norme internationale de sécurité des systèmes d’information, ndlr]", poursuit-il.
Le modèle séduit
Autant de gages d’assurance qui auront donc achevé de convaincre les partenaires de la start-up, tout comme les investisseurs qui ont participé à sa levée de fonds seed, bouclée à 1,9 million d’euros à la mi-novembre. Le tour de table a été mené par Polytechniques Ventures - l’un des co-fondateurs, Stéphane Béreux, est d’ailleurs le secrétaire général de l’association d’alumni dédiée à l’IA de la grande école. Se sont aussi joints d’autres fonds français et européens, parmi lesquels J12 Ventures, Galion. exe, Evolem, Zebox Ventures et Better Angle. Au programme, également, des business angels tels que Thomas Wolf (Hugging Face), Pierre Aïdan et Thimothée Rambaud de Legalstart ou encore Didier Kuhn et Rémi Aubert. Une petite prouesse pour une start-up qui évolue dans le secteur de la "legaltech", moins connu pour réaliser des levées de fonds significatives, se félicite Raphaël Arroche : "Nous souhaitions réaliser un tour de table plus restreint, à l’origine, avec seulement des business angels. Mais de fil en aiguille, nous avons été approchés par des fonds d’investissement et des institutionnels".
Ce qui a joué en leur faveur ? Peut-être le fait qu’après huit mois d’existence, leur pilote soit déjà utilisé par des boutiques renommées dans le monde du droit. Un univers juridique "qui comprend bien que l’IA générative sera le point de bascule de l’industrie. Ce champ d’application opportun facilite sûrement, pour les fonds d’investissement, la compréhension de l’intérêt de notre projet", souligne Raphaël Arroche. Pour ce qui est des revenus, ils seront assurés par une commercialisation (visée pour le début de l’année 2024) de la solution sous forme d’abonnement.
Les fonds levés seront déployés selon trois priorités. Le développement de la R & D, le déploiement commercial, mais surtout le recrutement d’une équipe d’ingénieurs pour accélérer le développement du modèle d’IA de la start-up. Côté droit, Jimini AI s’appuiera toujours sur un board d’avocats et de juristes, qui utilisent leur solution et avec qui la start-up collabore, afin de continuer à construire leur solution en partenariat.
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