Professions financières / AMF / gamification / risques / Investissements
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AMF / gamification / risques / Investissements
Les investisseurs sont sensibles aux stimulations tirées des jeux vidéo / Des investissements plus risqués pour recevoir un (faux) trophée
"L’investissement n’est pas un jeu et la "gamification" ne doit pas faire oublier les risques" : la présidente de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Marie-Anne Barbat-Layani, a tenu à rappeler aux épargnants français que des phénomènes de stimulation issus de l’univers du jeu vidéo et appliqués à l’investissement devaient être reçus avec recul lorsqu’ils entraînaient des placements périlleux.
De fait, une expérience en laboratoire menée sur 366 étudiants sous la direction de Marie-Hélène Broihanne, professeure à l’Université de Strasbourg et membre du conseil scientifique de l’AMF, a mis en évidence un constat clair : les techniques de "gamification" (trophées ou confettis virtuels) utilisées dans certains jeux standards d’investissement ont bel et bien une influence sur les prises de décision des épargnants.
Toutes ne se valent pas
Installés dans des box individuels et face à un ordinateur, les jeunes participants à l’expérience se sont vus remettre la somme de 22 euros afin de participer à 16 périodes d’investissement. Une période pendant laquelle ils auront dû choisir la proportion de leur dotation qu’ils souhaitaient réinvestir dans un actif risqué, le reste ayant été conservé sans risque. La rentabilité des actifs risqués était, logiquement, bien plus élevée.
Et si la stimulation par affichage de confettis, assortie d’un message d’encouragement ou de félicitations, ne produit pas d’effet significatif, les incitations par voie de trophées symboliques ont quant à elles leur pouvoir. Dans le bon, comme dans le mauvais sens. "Les résultats de cette expérience concluent à une augmentation de la prise de risque lorsque les participants reçoivent un trophée valorisant l’investissement risqué, et inversement une diminution de la prise de risque lorsque le trophée récompense l’épargne sans risque", explique en effet l’AMF.
La carte sociale
Avec un effet social à la clé. Les trophées pouvaient en effet être distribués de manière privée sur l’écran des participants, ou bien de manière à ce que la récompense soit accompagnée d’une information complète sur l’attribution des trophées à l’ensemble des participants. Bronze, or, argent et platine valorisaient les comportements vis-à-vis du risque et permettaient ainsi de donner une indication sur la performance des autres participants,"conférant ainsi une dimension "sociale" aux trophées", remarque le compte rendu de l’expérience.
Et ce sont bien ces trophées relatifs au compte dédié à l’investissement risqué (en comparaison au reste de la dotation sur le compte épargne) qui a amené les étudiant à investir, en fonction des périodes d’investissement, jusqu’à plus de 55 % dans l’actif risqué.
Les femmes prennent moins de risques
Ce résultat de prises de risques relatives à de la stimulation ressort en revanche moins flagrant chez les femmes. Il reste probablement à mettre en corrélation avec une aversion au risque féminine en moyenne plus élevée que celle des hommes. Des femmes donc moins enclines à la prise de risque, ce qui pourrait d’ailleurs aussi expliquer leur plus forte propension à adopter des comportements de mimétisme. Dans tous les cas, pour les femmes et pour les hommes, les prises de risques ont été plus importantes dès lors qu’un stimulus de copy trading (qui permet de recopier les actions d’investissement d’un tiers) fut intégré à l’opération.
Cela aura notamment entraîné une proportion de près de 70 % de la dotation investie dans l’actif risqué. "Dans un contexte permettant de copier les décisions du plus performant, 20 % des participants choisissent le copy trading. Ce contexte favorise la prise de risque chez tous les participants, y compris ceux qui n’en font pas usage. En termes de profil, la seule variable est le sexe : les femmes montrent une moindre réceptivité aux éléments de "gamification", mais une tendance plus forte au mimétisme", pointe l’AMF.
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