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Macro-économie / Taux / électricité / parc nucléaire / Balance commerciale

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électricité / parc nucléaire / Balance commerciale

La facture salée d'une France importatrice nette d'électricité / Cela aurait coûté 16 milliards d'euros en 2022

Des chercheurs de la Banque de France ont construit un scénario contrefactuel où les problèmes de corrosion sous contrainte ayant pénalisé la production d’électricité nucléaire ne se seraient pas produits. Il en ressort que la balance énergétique de la France aurait été moins déficitaire de 16 milliards d’euros.
Centrale du Bugey à Saint-Vulbas, France - Thibaut Durand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Centrale du Bugey à Saint-Vulbas, France - Thibaut Durand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Rarement la balance commerciale française n’aura affronté autant de vents contraires sur une seule année. Déjà pénalisée par l’explosion des prix du pétrole et du gaz naturel lié au déclenchement de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, la balance énergétique (solde des échanges de biens énergétiques avec le reste du monde) a dû également se passer de l’un de ses piliers : les exportations d’électricité.

En effet, en partie à cause d’un phénomène de corrosion sous contrainte affectant les tuyaux d’injection de sécurité et de refroidissement de certains réacteurs nucléaires, la production d’électricité nucléaire hexagonale a significativement baissé. La disponibilité des réacteurs fut de 54% en moyenne en 2022, contre 73% en moyenne entre 2015 et 2019, ce qui a conduit à une baisse de plus de 20% de la production d’électricité d’origine nucléaire (82 térawattheures - TWh). En outre, les très faibles réserves hydrauliques, liées au manque de précipitations, n’ont pas aidé, puisqu’elles ont grevé de 12 TWh supplémentaires la production électrique française en 2022.

De sorte que "pour la première fois, au moins depuis la mise en service de son parc nucléaire, la France a été importatrice nette d’électricité en 2022, et le solde commercial relatif à ce poste s’est dégradé de plus de 10 milliards d’euros en 2022 soit 0,4% du PIB", soulignent Guillaume Gaulier et Charles Serfaty, économistes à la Banque de France, et auteurs d’une étude sur le sujet.

Les deux chercheurs expliquent que, sans surprise, "dans un scénario contrefactuel sans corrosion sous contrainte, la France serait restée exportatrice nette et sa balance commerciale aurait bénéficié de la hausse du prix de l’électricité". Dans ce scénario, le prix d’exportation aurait toutefois été plus bas, étant donné le niveau plus élevé de la production européenne. "En utilisant les données du marché de gros de l’électricité et en prenant en compte comme déterminants le prix du gaz, celui des droits d’émission ainsi que la production des renouvelables intermittents et la capacité nucléaire disponible (en France et en Allemagne), nous estimons que le prix de gros de l’électricité aurait été inférieur de 40€/MWh, soit environ 20% du prix observé", indique l’étude.

Dans ce scénario, "la France aurait également pu réduire de 4% de plus sa consommation de gaz en ayant moins recours à ce combustible dans ses centrales électriques thermiques", jugent les deux chercheurs. En conséquence de quoi, la France aurait eu un solde commercial augmenté de 16 milliards d’euros, d’après l’étude. "Il s’agit d’une facture proche de la diminution de la profitabilité  qu’a connue EDF en 2022 : son EBITDA est passé de 18 milliards d’euros en 2021 à un déficit de 5 milliards d’euros en 2022", notent les deux chercheurs.

Plus globalement, "en mesurant l’effet total de la corrosion sous contrainte sur la France (prise en compte des arrêts en 2021, 2022 et 2023), on aboutit à un coût cumulé de 20 milliards d’euros, plus élevé que le manque à gagner de 2022 puisque 2021 était déjà une mauvaise année pour le parc électronucléaire, qui avait notamment pâti des retards de maintenance du fait de la pandémie, ainsi que de conflits sociaux". 

En 2023, la France est redevenue exportatrice nette d’électricité. "Cet excédent est cependant limité en volume du fait de grèves dans les centrales nucléaires, et limité en valeur du fait de la baisse des prix de gros de l’électricité", rapporte l'étude. Dans le détail, la France est restée importatrice de l’électricité espagnole mais ses exportations nettes vers tous ses autres partenaires ont progressé. 

Alors qu'objectif de neutralité de carbone en 2050 oblige, les renouvelables vont occuper une place croissante dans le mix électrique européen, cela ne devrait pas être sans conséquence sur les balances commerciales. "Cela devrait conduire à une plus forte variabilité des soldes commerciaux en électricité", jugent Guillaume Gaulier et Charles Serfaty. "Les prix seront amenés à fortement varier, pouvant être nuls ou négatifs en période de forte production renouvelable, et atteindre des niveaux très élevés lors de pics de consommation sans vent ni soleil. L’excédent du solde électrique devrait devenir moins régulier et plus faible en moyenne, dans la mesure où la production nucléaire s’effacerait plus fréquemment derrière une production croissante des renouvelables en Europe", anticipent-ils.

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