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EDF trépigne
Si les périodes électorales sont rarement favorables aux grandes avancées sur les dossiers difficiles, Jean-Bernard Lévy, le patron d’EDF, espère néanmoins que l’urgence et l’importance du dossier nucléaire pousseront l’Etat à agir rapidement. A l’occasion d’une rencontre organisée par l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef), le PDG de l’ancien monopole public de production d’électricité souhaite que le gouvernement avance sur des dossiers relatifs au projet de construction de réacteurs nucléaires en France avant l’élection présidentielle d’avril. Le 9 novembre dernier, le président Emmanuel Macron a annoncé la reprise de la construction de réacteurs nucléaires sur le sol français lors de son allocution consacrée à la pandémie ; mais aucun état d’avancement n’a filtré depuis (par plus sur l’ampleur de l’intention, que sur son financement ou ses échéances). Un rapport commandé par le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire et le ministre de la Transition économique et solidaire Nicolas Hulot préconisait en 2018 un programme de 6 réacteurs de type EPR2 (EPR de nouvelle génération).
"Le gouvernement doit s’organiser pour ne plus perdre de temps et lancer les grands chantiers pour être en mesure de disposer de l’EPR2 en 2035 […] J’espère que le gouvernement va passer d’une phase de déclaration de principes à une phase de lancement des actions concrètes", s’est inquiété hier Jean-Bernard Lévy, estimant que le sujet, "urgent", ne pouvait attendre l’après-élection et la formation d’un nouveau gouvernement. Pour atteindre l’échéance 2035, le PDG d’EDF estime nécessaire de mener à la fois des sujets au long cours (comme la formation pour "attirer les jeunes dans la filière") et à très court terme, comme le "dossier critique" de la construction de deux réacteurs de type EPR2 sur le site de la centrale existante de Penly, en Seine-Maritime (le seul EPR de nouvelle génération actuellement – et tant bien que mal – en construction est à Flamanville). Les édiles locaux ont d’ailleurs réitéré leur soutien au projet le mois dernier.
Une priorité qui passe avant la création du "nouvel EDF", dont le projet Hercule a été enterré l’année dernière suite à un désaccord avec la Commission européenne – dont les demandes auraient, selon le dirigeant, conduit à la fin d’EDF comme groupe "intégré". Le camp français devra certes réengager des discussions avec Bruxelles sur ce point, mais il ne s’agira en aucun cas d’un "Hercule 2", assure Jean-Bernard Lévy : il devra intégrer les décisions de construction de nouvelles centrales et de leur financement, ainsi que la flambée des prix de l’énergie – et il se fera "dans une deuxième étape".
En août dernier, en écho au rapport gouvernemental, EDF a remis à l’Etat une proposition de construction de six EPR2 sur trois sites pour un montant d’environ 50 milliards d’euros. EDF a proposé plusieurs schémas de financement "qui font appel à l’Etat, qui font appel à des investisseurs privés, avec différents niveaux d’intervention de l’Etat, soit directement, soit à travers des garanties", a précisé Jean-Bernard Lévy. Le projet de "taxonomie" verte (classification des activités en fonction de leur contribution à lutter contre les émissions de CO2 et le changement climatique) dévoilé tout récemment par la Commission européenne devrait en outre faciliter le financement d’installations nucléaires si cette source d’énergie était incluse dans la version finale (elle en avait été exclue dans le rapport du Groupe technique d'experts de l'UE datant de 2020). Le patron d’EDF a ainsi contesté le contre-argument d’un nucléaire onéreux. "Entre un financement obtenu grâce à la taxonomie ou à la garantie d’Etat et un financement purement privé, le taux peut aller du simple au double. Si je fais un financement du nucléaire avec des taux dont la prime de risque est très minime parce que l’Etat est intervenu massivement – et c’est comme ça que ça se passe dans tous les pays du monde – le prix de revient du nucléaire est très compétitif", argumente Jean-Bernard Lévy.
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