Macro-économie / Taux / Bercy / Transition climatique
Macro-économie / Taux
Bercy / Transition climatique
A Bercy, des personnalités dissertent sur le lien entre croissance et émissions de CO2 / Un découplage apparent mais insuffisant
La relation entre la croissance et le climat n’en finit pas de susciter des débats. "Les Rendez-vous de Bercy" organisés par le ministère de l’Economie et des Finances y consacrent plusieurs tables rondes aujourd’hui et des invités de marque y sont conviés. "Je ne crois pas à cette idéologie de la décroissance et je la combattrai ", a ainsi lancé Bruno le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, sous le regard approbateur de Bill Gates, fondateur de Microsoft et Breakthrough Energy.
Alors que l’humanité doit, d’ici à 2050, faire reculer ses émissions de gaz à un effet de serre jusqu’à un niveau correspondant à la quantité que la planète peut absorber, de nombreuses voix s’élèvent pour affirmer que cela ne sera pas possible sans que l’activité économique ne se contracte. "La France a prouvé que nous pouvions découpler croissance et émission de gaz à effet de serre. Entre 2005 et 2018, notre pays a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de près de 20 % tandis que sa richesse nationale augmentait de 15 %", a fait valoir Bruno Le Maire.
Un diagnostic auquel n’a pas manqué d’adhérer Pierre-Olivier Gourinchas, chef économiste du Fonds monétaire international (FMI). "‘Faire plus avec moins’ est ce que nous faisons depuis deux siècles : cela s’appelle le progrès technologique", a rappelé l’économiste, concédant toutefois que "l’enjeu climatique nous impose de le faire très rapidement". De ce point de vue, "nous avons du retard", ont déclaré Sandrine Dixson-Declève, co-présidente du Club de Rome et Tim Jackson, économiste, auteur de "Prosperité sans croissance".
"En vue de diminuer les émissions de gaz à effet de serre nous ne pouvons de toute façon guère envisager un ralentissement de la croissance uniquement dans les pays riches", a expliqué Pierre-Olivier Gourinchas. De fait, "ils ne représentent que 30 % des émissions mondiales" a fait remarquer Bill Gates.
Une solution insuffisante, bien que nécessaire, mise en avant tant par Jean Pisani-Ferry, président de l’Institut de l’économie pour le climat I4CE, que par Pierre-Olivier Gourinchas pour accélérer le découplage est la tarification du carbone. Par ce biais, trois leviers pourraient être activés. "Cela permet de jouer sur la demande, l’innovation et l’offre ainsi que sur le financement de la transition climatique car la taxe permet de générer les ressources utilisées pour la redistribution et les investissements massifs dont nous aurons besoin", a avancé le chef économiste. En 2022, une cinquantaine de pays avaient mis en place un système de tarification du carbone, le prix moyen de la tonne de CO2 atteignait 6 dollars et il faudrait qu’il s’établisse autour d’une centaine de dollars en 2030, d’après plusieurs travaux.
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