WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne
Israël; Palestine; France; Blé; Russie; dévaluation

Macro-économie / Taux / canal de suez / Egypte / commerce mondial

Macro-économie / Taux
canal de suez / Egypte / commerce mondial

Israel L’Égypte est aux premières loges de la guerre entre Israël et le Hamas / Le passage du canal de Suez n’est cependant pour le moment pas entravé par le conflit

Aux prises avec un manque de devises étrangères, le pouvoir égyptien n’avait nul besoin de subir les conséquences du conflit israélo-palestinien. Le tourisme et les exportations d’hydrocarbures sont durement touchés et limitent l’arrivée de devises étrangères. Le canal de Suez est quant à lui sous tensions suite aux récents évènements en mer Rouge, qui menacent les 15 % du commerce mondial qui y transitent chaque année.  
Canal de Suez. SUEZ CANAL AUTHORITY / AFP
Canal de Suez. SUEZ CANAL AUTHORITY / AFP

"Les autorités devraient s’efforcer de retarder et d’atténuer ces réformes exigeantes". Tout le paradoxe de la situation égyptienne est résumé dans cet extrait d’une note récente de Coface. Les autorités sont aujourd’hui face à une situation difficile où elles tentent tant bien que mal de faire face à des besoins en devises étrangères importants. Notamment pour "assurer le service de sa dette extérieure (165 milliards de dollars en septembre), dont le coût pourrait atteindre 29 milliards de dollars en 2024". Aujourd’hui le niveau des réserves de change en devises de la Banque centrale est devenu une préoccupation et ne représente plus que 4,5 mois d’importations de biens et de services (soit 35 milliards à la date de septembre).

La situation pourrait ne pas être proche de s’améliorer à en croire Dominique Fruchter, économiste Afrique chez Coface, qui a confié à WanSquare que le "scénario d’une nouvelle dévaluation de la monnaie locale, s’il est le plus probable, ne résoudrait pas tous les problèmes de l’Égypte. Il faudrait que ce choix soit associé à un change flottant, dans le cas contraire la monnaie redeviendrait rapidement surévaluée, du fait de l’inflation très élevée". Des autorités qui font déjà face aux conséquences de la guerre en Ukraine, qualifiée par l’économiste de chez Coface comme " le commencement de la crise en Égypte, puisque les investisseurs étrangers ont fui le pays à compter de ce moment ".

 

Un énième problème

 

Le pouvoir égyptien a également vu le coût du blé s’apprécier lors de cette période, un écueil majeur pour la bonne tenue du pays, il s’agit en effet du premier importateur mondial de la céréale. Depuis plusieurs mois, il doit également faire face à une guerre aux portes du Sinaï, qui a pour principale conséquence d’impacter "négativement le tourisme égyptien" (qui rappelons représente 7,7 % du PIB égyptien ainsi que 28 % de ses exportations de biens et services) et également le "secteur gazier, qui a vu une suspension de l’exploitation d’un important gisement israélien, ainsi que des exportations associées transitant par les usines de liquéfaction égyptiennes et donc celle des recettes liées qui ne sont toujours pas de retour", rappelle Dominique Fruchter. Le canal de Suez est pour l’instant épargné, mais plane sur lui la menace des attaques des Houthis depuis le Yémen. "Il est probable que les armateurs réclament la protection des marines occidentales, si le danger se faisait plus pressant sur les navires ", avance l’économiste.

Seule bonne nouvelle pour Le Caire, les soucis du canal de Panama liés à la sécheresse "ont contribué à dérouter vers Suez des navires, notamment en direction de l’Asie, ce qui permet de tempérer la stagnation du commerce mondial ", observe Dominique Fruchter. Avec son trafic en phase de rattrapage de son niveau d’avant la pandémie, ses recettes ont progressé de 35 % sur l’année fiscale 2022-2023, à la faveur d’une hausse des péages. Une nouvelle hausse des tarifs en début d’année prochaine devrait continuer à procurer davantage de ressources au gouvernement égyptien. Un choix pas anodin alors que 15 % du commerce mondial y transitent et près de 10 % du trafic pétrolier maritime. Si le trafic venait à être perturbé, les principaux pays impactés seraient ceux du pourtour méditerranéen, du fait de l’utilisation importante du canal pour leur commerce, et non pas "les pays africains subsahariens, qui recourent peu au canal, et avec lesquels les relations commerciales sont peu développées et qui ne constituent pas un marché majeur pour l’Égypte", souligne l’économiste.

 

L’ombre du FMI

 

Les négociations entre le Fonds monétaire international et l’Égypte pourraient s’accélérer une fois la présidentielle passée (cette dernière se déroule du 10 au 12 décembre). Si pour l’instant les versements de l’institution sont suspendus, ils pourraient reprendre avance Dominique Fruchter, en étant vraisemblablement conditionnés à la mise en œuvre de réformes telles que la privatisation de pans entiers de l’économie. Des opérations susceptibles, selon lui, "d’attirer les investisseurs étrangers, plutôt du Golfe, qui ont de l’intérêt pour ça".

Une telle manœuvre implique également, afin de rassurer les investisseurs, "que l’armée perde ses privilèges économiques : allant de la main-d’œuvre constituée par les conscrits, à des exemptions fiscales", prévient l’économiste. Combinées aux faits que de nombreuses entreprises lui appartiennent, de simples ouvertures de capitaux sont plus vraisemblables afin de ménager cette institution proche du pouvoir.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article