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Macro-économie / Taux / Euronext / Stéphane Boujnah

Macro-économie / Taux
Euronext / Stéphane Boujnah

exclusif L’année 2024 vue par… Stéphane Boujnah / Président du directoire d'Euronext

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2024 après une année 2023 marquée par le début de la désinflation, la multiplication des tensions géopolitiques, le boom de l’intelligence artificielle générative ou encore les premières retombées des resserrements monétaires sur l’économie réelle. Chaque jour, nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Stéphane Boujnah, président du directoire d'Euronext (©Euronext)
Stéphane Boujnah, président du directoire d'Euronext (©Euronext)

Vous clôturez actuellement l’année 2023, année d’annonce de renouvellement de vos fonctions pour un troisième mandat à la tête du Groupe Euronext. L’année 2023 a-t-elle été bénéfique pour Euronext ?

 

2023 a été une année pivot pour Euronext, car nous avons mené avec succès des projets de transformation structurants pour notre industrie.

En mars dernier, nous avons intégré les activités de négociations au comptant du marché italien dans notre marché européen unique. Euronext est devenu la première infrastructure de marché en Europe, avec 1 900 valeurs et une capitalisation boursière agrégée de 6 300 milliards d’euros sur notre marché intégré. C’est environ trois fois plus qu’à Francfort et deux fois plus qu’à Londres. Notre marché unique traite désormais 25 % des volumes d’actions échangés en Europe. La majorité des cotations en Europe ont été réalisées sur Euronext, et surtout la quasi-totalité des sociétés internationales qui ont choisi de se coter en Europe l’ont fait sur Euronext.

Depuis novembre 2023, nos activités de compensation couvrent tous nos marchés au comptant. Ce succès ouvre la voie à l’extension en 2024 des activités de compensation à nos marchés de produits dérivés financiers et de matières premières. Ces transformations au sein d’Euronext accélèrent l’intégration et l’harmonisation des marchés de capitaux en Europe.

Euronext célèbrera dans quelques mois les 10 ans de son introduction en Bourse, et chacun mesure le positionnement radicalement nouveau de l’entreprise aujourd’hui.

 

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2024 ?

 

Je suis raisonnablement optimiste pour 2024, tant pour la croissance des économies européennes que pour la dynamique des marchés.

Les investisseurs deviennent plus disponibles pour revenir sur les marchés actions en 2024 ; car il est désormais clair que les taux d’intérêt ont atteint un plateau. Nous entrons donc dans une période de rotation des actifs qui va générer un intérêt nouveau pour les marchés actions dans les prochains mois.

Malgré un réel ralentissement du rythme des introductions en Bourse en 2023, il existe en France et en Europe un nombre sans précédent de sociétés tout à fait prêtes à engager des projets de croissance financés par des fonds propres levés en Bourse. Ces entreprises ont souvent participé à nos programmes pré-IPO ou sont membres d’Euronext Tech Leaders. Les marchés de capitaux sont un moyen incontournable pour réaliser des projets de croissance véritablement transformants.

 

Considérez-vous la transition énergétique comme une contrainte et un facteur supplémentaire d’inflation ou comme une opportunité de transformation et d’adaptation de vos métiers ?

 

La transition énergétique est probablement le moteur principal de la rotation d’actifs au cours des prochaines années.

Euronext est donc très actif pour faciliter l’orientation des investissements vers les projets de transition énergétique. Nous sommes le premier opérateur boursier européen en termes de production d’indices ESG. Nous avons aussi innové avec de nouveaux indices qui identifient les entreprises qui préservent le plus la biodiversité, car les investisseurs internationaux demandent des objets d’investissement dans ces secteurs.

Avec la plateforme MyESG, nous avons créé une trentaine d’indicateurs environnementaux et sociaux désormais disponibles pour chacune des sociétés cotées sur nos marchés. Nous avons lancé un guide des bonnes pratiques ESG en collaboration avec l’Institut de la Finance Durable, à destination des sociétés souhaitant se coter en Bourse.

Enfin, Euronext a été pionnier dans l’adoption d’un engagement très puissant, Fit for 1.5°, avec des objectifs ambitieux de limitation de nos émissions de COcertifiés par l’organisme SBTi. Cet engagement s’est traduit par des transformations profondes de nos opérations, car nous ne compensons pas nos émissions carbone, nous réduisons nos émissions carbone.

 

Il a été beaucoup question de la "grande démission" avec la crise sanitaire, mais aussi de l’apparition du télétravail notamment dans le secteur tertiaire – avec à la clé une baisse de la compétitivité -. Comment vous adaptez-vous aux nouveaux modes de travail, aux nouvelles contraintes et aux nouvelles exigences de vos collaborateurs de manière à attirer et retenir les meilleurs talents ?

 

Le niveau d’engagement, d’ambition et d’exigence de nos collaborateurs, qui ont réalisé les grands projets de transformation d’Euronext depuis huit ans, est exceptionnel. Nous privilégions, chaque fois que nous le pouvons, les échanges présentiels entre nos équipes. C’est indispensable pour maintenir une très haute qualité d’interactions et d’innovation dans les projets structurants que nous menons. Partout en Europe, nos équipes souhaitent revenir au bureau.

Car Euronext est devenu le leader incontesté des marchés actions en Europe grâce à ces équipes particulièrement ambitieuses. Les migrations technologiques réussies que nous avons conduites ces dernières années sont le résultat du travail très exigeant de nos équipes. Et ce modèle européen ambitieux et exigeant attire les meilleurs talents.

Euronext est un groupe multiculturel qui comporte naturellement une forte diversité dans ses équipes. La devise de notre modèle fédéral est "Unis dans la diversité". Nos collaborateurs, dans tous les pays où nous opérons, travaillent sur des projets transversaux pour le Groupe et contribuent à construire une Europe intégrée et plus forte.

 

A la suite des déclarations récentes de Christine Lagarde, quelle est votre vision du rôle de l’Esma et du futur des marchés de capitaux ?

 

Euronext soutient l’ambition de Christine Lagarde, qui vise à établir un superviseur unique en Europe, similaire à la Securities and Exchange Commission aux États-Unis.

A l’évidence, beaucoup d’entreprises locales pourront préférer rester soumises à une supervision locale. En revanche, les acteurs de la consolidation des marchés de capitaux en Europe, comme Euronext, doivent pouvoir choisir une supervision unifiée et transparente. Cette supervision unifiée des marchés de capitaux sera un accélérateur de croissance dans toute la zone euro. Elle renforcera la compétitivité des marchés financiers européens et permettra d’attirer davantage d’investisseurs internationaux.

Il y a urgence à accélérer l’intégration des marchés de capitaux en Europe, car les défis géopolitiques que nous avons traversés cette année vont durablement impacter nos réalités professionnelles. Si nous souhaitons reprendre le contrôle de notre avenir en Europe, nous devons rendre notre projet européen plus fort. C’est tout le sens de l’action d’Euronext qui contribue à l’autonomie stratégique de l’Europe.

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