ESG / Lettre Vernimmen / Investissement à impact / ESG / isr
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Lettre Vernimmen / Investissement à impact / ESG / isr
Quand le sujet de la portée réelle des investissements à impact interroge / Des investisseurs prêts à payer davantage... mais pour des raisons pas toujours évidentes
Dans quelle mesure les investisseurs à impact sont-ils réellement concernés par la portée de leurs actions ? Si en toute logique, l’objectif principal d’un investissement "classique" reste la performance financière, un investisseur "à impact" est quant à lui plus généralement prêt à faire certaines concessions quant à cette dernière. Voire, même, à payer davantage de frais pour cela. Mais pour quelles raisons ? La Lettre Vernimmen s’est intéressée à la question grâce à un article académique paru dans la Review of Financial Studies en 2023.
En clair, des investisseurs ont été contactés à partir d’une base de données danoise. Avec 1 000 euros en mains, ils avaient le choix de réaliser un investissement à impact - c’est la décarbonation qui a ici été choisie, du fait de sa facilité à la mesurer au travers des émissions de CO2 et du consensus existant autour de la question - et un autre dénué de cet aspect.
Des performances similaires, des forces de frappe différentes
En moyenne, les performances espérées étaient identiques : la différence financière entre les deux catégories d’investissement reposait sur les frais de transaction. Ceux-ci s’élevaient à 10 euros pour chaque opération. Et à chaque fois qu’un de ces investissements était choisi, ces frais augmentaient. In fine, l’expérience s’est terminée par une situation d’équilibre, au sein de laquelle les participants devenaient indifférents au choix. "Typiquement, si l’investisseur est soucieux de l’impact, à l’équilibre les frais de transaction sont plus élevés pour l’investissement à impact. L’écart entre ces frais est une mesure de la volonté de payer pour l’impact", expliquent les auteurs de La Lettre.
Premier résultat : les investisseurs sont effectivement prêts à payer davantage de frais de transactions pour un investissement à impact. A l’équilibre, cette ponction supplémentaire représentait 45 euros pour 1 000 euros d’investissement. Soit, mais, pointe La Lettre, "cette mesure est toutefois difficilement interprétable, et le résultat central de l’étude n’est pas celui-là".
Là où la différence devient plus subtile, est que ces investisseurs à impact ont été divisés de manière aléatoire en deux groupes. Pour le premier, l’impact en décarbonation était présenté comme faible. Pour le second, comme fort (dix fois plus élevée). La différence entre les deux types d’impact leur a par ailleurs été expliquée en termes réels, à l’instar du nombre d’arbres plantés ou des kilomètres de voyages aériens économisés.
Et pourtant, la différence entre les deux groupes est peu significative. La volonté de payer pour une décarbonation "faible" est de 48,5 euros et de 48,8 euros pour la décarbonation "forte". "Autrement dit, si les investisseurs sont effectivement prêts à payer pour la décarbonation, ils semblent (presque) indifférents à l’ampleur de la décarbonation", souligne La Lettre Vernimmen.
Être altruiste, mais apparaître vertueux
Difficile, pour les auteurs de l’article scientifique, de tomber sur une conclusion réjouissante. Si les modèles existants veulent que les investisseurs prennent en compte l’impact de leurs investissements, en proportion de celui-ci et dans une démarche altruiste, les résultats de cette enquête illustrent toutefois que l’investissement à impact vise aussi à servir une certaine forme de satisfaction personnelle.
Certes, de nombreux investisseurs sont prêts à payer pour avoir de l’impact, mais semblent donc se soucier dans une moindre mesure de l’efficience réelle de celui-ci. À La Lettre Vernimmen de conclure : "Les auteurs soulignent que cet effet psychologique est un encouragement à une forme de greenwashing soft : peu importe l’impact réel, il suffit d’apparaître comme plus vertueux que les autres pour attirer ces investisseurs".
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