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Renault débranche son projet d’IPO pour Ampere / La nouvelle entité devra rapidement générer du cash

Renault a renoncé à introduire en Bourse sa filiale électrique Ampere. Une façon de prendre acte de l’éclatement de la bulle spéculative sur les véhicules électriques, qui ne remet pas en cause les objectifs de l’entité. Mais qui rend leur atteinte plus cruciale alors que l’environnement concurrentiel se durcit.
Luca de Meo, le directeur général de Renault et de l'entité électrique Ampere - Photo by Azusa Nakanishi / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP
Luca de Meo, le directeur général de Renault et de l'entité électrique Ampere - Photo by Azusa Nakanishi / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP

"Lever des fonds au niveau d’Ampere constitue le meilleur moyen d’accélérer son développement", expliquait en novembre dernier Thierry Piéton, le directeur financier de Renault, lors de la journée investisseurs spécialement dédiée à la nouvelle entité dédiée aux véhicules électriques et aux logiciels du groupe. Les conditions de marchés ont eu raison finalement de cette volonté initiale de réaliser une introduction en Bourse, celles-ci n’étant "pas réunies pour servir au mieux les intérêts de Renault Group, ses actionnaires et Ampere", a annoncé lundi l’entreprise, qui a donc annulé le processus.

Il ne s’agit pas vraiment d’une surprise. Le contexte a beaucoup évolué en quelques mois. Car tandis que les marchés boursiers s’avancent vers de nouveaux sommets historiques, "les cours de Bourse de notre échantillon d’entreprises spécialisées dans les véhicules 100 % électriques (BEV) reculent de 29 % en moyenne depuis le début de l’année", note le courtier Stifel. La déroute est bien plus spectaculaire sur une échelle de temps plus longue. De 470 milliards de dollars il y a deux ans, la capitalisation boursière maximale combinée des start-ups de l’automobile électrique Nikola, Fisker, Rivian Automotive, Lucid, Xpeng, Polestar, Canoo et Lordstown est tombée à 33 milliards de dollars. Et la somme de celles de l’américain Tesla et des chinois BYD et Li Auto, les trois constructeurs rentables du secteur, a été divisée par deux à 700 milliards de dollars, dont 600 milliards pour Tesla.

 

L’éclatement de la bulle sur les véhicules électriques

 

Cet éclatement de la bulle des véhicules électriques rendait déjà peu plausible la valorisation de 8 à 10 milliards d’euros imaginée à l’automne dernier par Luca de Meo, le directeur général de Renault et d’Ampere, quand les analystes d’UBS évaluaient l’entreprise entre 3 et 4 milliards d’euros. Le fait est que le marché des voitures électriques ralentit. En décembre, les ventes de voitures neuves à batterie ont diminué pour la première fois depuis avril 2020, plombées par l’Allemagne, qui a brutalement mis fin aux aides à l’achat de voitures électriques. Une situation sur laquelle se greffent les craintes d’une concurrence chinoise accrue.

Mis à part l’annulation du projet d’introduction en Bourse, Renault ne modifie cependant pas ses plans pour Ampere, dont il compte financer le développement sur ses propres deniers, en l’absence donc d’investisseurs externes. En particulier, le groupe fait donc une croix sur l’investissement de l’américain Qualcomm, le fournisseur de l’architecture digitale des véhicules électriques d’Ampere, qui restera simple partenaire technique. Quant aux membres de l’ancienne alliance avec Nissan et Mitsubishi Motors, qui devaient injecter 800 millions d’euros, "nous soupçonnons que leur participation n’est plus nécessairement gravée dans le marbre", estiment les analystes de Stifel. "Nous devrons discuter avec eux s’ils veulent participer sous une autre forme ou si nous maintenons la situation telle qu’elle est", a déclaré à ce sujet le directeur financier de Renault.

En soi, cet autofinancement d’Ampere n’est pas du tout inquiétant à court terme dans la mesure où Renault s’est refait une santé financière beaucoup plus rapidement que prévu. Le groupe a relevé en juin dernier l’objectif de génération de cash-flow libre opérationnel de sa division automobile à plus de 2,5 milliards d’euros. "Avec des liquidités nettes estimées à plus de 4 milliards d’euros pour l’année 2023, dont 765 millions d’euros provenant de la vente d’actions Nissan, nous estimons que le financement d’Ampere est suffisant", souligne de son côté Jefferies. Sachant qu’Ampere devrait consommer environ 1,5 milliard d’euros de trésorerie entre le 1er janvier 2024 et le 30 juin 2025.

 

Ampere devra atteindre l’équilibre en 2025

 

De surcroît, cette solution interne a le mérite d’éviter de distraire la direction du groupe à un moment clé pour sa nouvelle filiale, dont les objectifs sont toujours de vendre environ 300 000 véhicules en 2025 tout en visant l’équilibre en termes de marge opérationnelle et de cash-flow l’an prochain, pour monter à 1 million de véhicules d’ici 2030 avec une marge opérationnelle de plus de 10 %. Les investisseurs semblent d’ailleurs accueillir cette volte-face de façon plutôt positive, l’action Renault prenant mardi 1,4 % à 34,8 euros.

Ces objectifs de court et de moyen terme pour Ampere dépendent cependant d’éléments externes tels que les coûts des batteries, et supposent un paysage concurrentiel plus ou moins inchangé. L’équation financière serait modifiée s’ils mettaient plus de temps que prévus pour être atteints.

Par ailleurs, si la performance financière du groupe Renault s’annonce historique en 2023 (la publication des résultats est prévue le 15 février prochain), avec une marge opérationnelle qui pourrait dépasser les 8 % et une trésorerie nette qui pourrait représenter entre 40 et 50 % de la capitalisation boursière, le second semestre "marquera probablement un pic", estime UBS. La banque note que les ventes ont reculé en décembre avec un carnet de commandes qui s’est réduit depuis juin, tandis que "l’effet prix deviendra probablement négatif en 2024 pour Renault comme pour le secteur".

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