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Renault et Nissan s’apprêtent à remettre à plat leur alliance / Le constructeur français perdrait le contrôle de son homologue japonais
Posséder 43% de Nissan a-t-il encore un sens pour Renault ? Moins qu’il y a 23 ans semble-t-il. Les informations ont filtré de toutes parts durant le week-end sur des discussions en cours entre les deux partenaires qui aboutiraient à un rééquilibrage de leurs liens capitalistiques au sein de leur alliance historique. Ces informations (du Wall Street Journal, de Reuters ou des Echos) convergent toutes vers un scénario dans lequel Nissan ferait pression pour que Renault vende une grande part de ses titres Nissan, en échange de quoi le constructeur automobile japonais investirait dans la future entité du groupe français dédiée aux nouvelles mobilités et véhicules électriques, baptisée " Ampère".
En confirmant lundi discuter de plusieurs initiatives visant à "renforcer la coopération et l'avenir de l'alliance", les deux groupes n’ont fait aucune allusion à la question de l’évolution de la participation de Renault dans Nissan. Est mentionnée en revanche le fait que Nissan étudie bien la possibilité d’investir dans "Ampère" la nouvelle entité de Renault dédiée aux véhicules électriques. Et que cet investissement pourrait non seulement soutenir la stratégie Renaulution, le plan stratégique conduit par le patron de Renault, Luca de Meo, mais également constituer "l'une des étapes stratégiques" du propre programme d’électrification Ambition 2030 dévoilé l’an dernier par Nissan. Une façon de réaffirmer à la fois leurs intérêts particuliers et l’importance de leur intérêt commun que constitue l’alliance.
Déséquilibre capitalistique
Préserver l’autonomie et l’identité de chaque marque tout en mettant en œuvre leur convergence industrielle a toujours été le leitmotiv de l’alliance. Une alliance déséquilibrée sur le plan capitalistique, depuis l’origine. En sauvant Nissan de la faillite en 1999, Renault avait d’abord pris 37% du capital de la firme japonaise, pour monter ensuite à 43,4% en 2002, tandis que Nissan montait à son tour dans le capital du français, mais à hauteur de 15% seulement, et sans droite de vote. Depuis plus de vingt ans, Renault est ainsi plus intéressé à la réussite de Nissan que Nissan à celle de Renault. Une situation mal vécue par la partie japonaise qui réclame de longue date un rééquilibrage.
Le moment choisi pour une remise à plat semble désormais très proche. Le schéma envisagé verrait Renault ramener sa participation à 15% dans Nissan, soit la même que celui-ci détient chez Renault. L’Etat, qui détient 15% de Renault n’y serait pas opposé. Dans le même temps, Nissan pourrait monter à 15% dans la future société "Ampère". Tandis que les cadres supérieurs des deux groupes multiplient les allers-retours entre la France et le Japon pour en régler les détails, l’accord, s’il est conclu, pourrait être annoncé dès novembre, croit savoir le Wall Street Journal.
Rendez-vous le 8 novembre
Cela tombe bien, en présentant, en mai dernier les détails sur son projet de séparation des activités thermiques ("Horse") et électriques ("Ampère"), Renault avait prévenu que les montages financiers liés à la création de ces deux nouvelles entités seraient annoncés lors de sa journée investisseurs (ou "capital market day") prévue à l’automne , finalement programmée le 8 novembre. Ainsi, alors que l’entité "Ampère", dédiée à l’électrique et aux logiciels en France, serait contrôlée par Renault et pourrait donc accueillir Nissan au capital, le pôle thermique "Horse", rassemblant les activités hors de France, resterait détenu à 40% par Renault et pourrait accueillir le constructeur automobile chinois Geely et un groupe pétrolier à son tour de table.
Pour Renault, la cession à Nissan d’une partie de sa participation lui permettrait de financer une partie de sa transformation essentielle à son avenir. L’opération, qui pourrait rapporter jusqu’à 4 milliards d’euros au regard de la valorisation actuelle de Nissan, semble plaire aux analystes. "Il n’est plus nécessaire pour Renault de bloquer des capitaux excessifs dans son partenaire avec lequel la coopération fonctionne enfin", estime ainsi le courtier Stifel. En particulier dans la mobilité électrique. Après le lancement en début d‘année de leur feuille de route pour 2030, visant notamment à renforcer l'utilisation de plateformes communes, la journée investisseurs du 8 novembre devrait montrer de nouvelles initiatives stratégiques renforçant la collaboration des deux entreprises.
En ramenant à 15% sa participation dans Nissan, Renault n’aura en revanche quasiment plus aucun droit sur Nissan. Le constructeur français ne pourra plus non plus s’appuyer sur la manne des bénéfices de son partenaire si jamais il vient à traverser de nouvelles passes difficiles. Mais, comme le note un analyste, "le nouveau Renault semble de plus en plus attrayant par lui-même, plutôt que d'être un substitut de Nissan fortement décoté".
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