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La pression sur les prix alimentaires mondiaux s’estompe un peu plus /
L’Europe s’interroge sur les effets de ses importations ukrainiennes
"Ce qui va être décidé aujourd’hui [jeudi 1er février, ndlr] par les chefs d’État [de l’Union Européenne] sur la base d’une proposition qui date d’hier, à notre demande, c’est que tout en gardant un degré élevé de solidarité avec l’Ukraine, on va remettre des quotas sur le poulet ukrainien, de façon à empêcher une déstabilisation trop importante de nos filières". Les explications de Pascal Canfin, eurodéputé Renew et président de la commission environnement du Parlement européen, sur le plateau Franceinfo, illustrent la problématique face à laquelle est l’Europe. Les exportations ukrainiennes de produits alimentaires ont été massivement redirigées vers le marché européen.
Ce qui a contribué à propager la baisse des prix alimentaires sur le continent, tout en suscitant la grogne des producteurs locaux confrontés à une concurrence qu’ils jugent déloyale. Les produits à bas coûts rendus disponibles ont cependant permis de juguler quelque peu l’inflation. Une dynamique qui se retrouve dans l’indice FAO des prix des céréales, ce dernier ayant "a cédé 2,2 pour cent depuis le mois précédent ". Dans le même temps, " les prix mondiaux du blé à l’exportation ont reculé en janvier, sous l’effet d’une forte concurrence entre les exportateurs et de l’arrivée sur le marché de nouvelles récoltes dans les pays de l’hémisphère sud, tandis que ceux du maïs ont nettement baissé, conséquence de l’amélioration des conditions de culture et du démarrage de la récolte en Argentine ainsi que de l’augmentation des disponibilités aux États-Unis d’Amérique".
Goulots d’étranglements
La problématique à laquelle est confrontée l’Europe est que les canaux d’exportation de Kiev ont été drastiquement réduits suite à la guerre. Le cabinet de conseil Asterès juge que cette "hausse des importations européennes depuis l’Ukraine peut s’expliquer par le blocage du commerce en mer Noire et par la suppression temporaire des droits de douane sur les importations ukrainiennes". Cependant son chef économiste Sylvain Bersinger n’est pas aussi affirmatif lorsqu’il faut catégoriser l’impact des ces importations.
Il distingue en effet trois possibilités ; des "importations ukrainiennes [qui] peuvent se faire au détriment de producteurs européens ", une simple substitution à d’autres importations et "le changement de destination des exportations ukrainiennes [qui] peut ouvrir des débouchés dans d’autres pays aux exportations européennes". Le premier effet décrit restant le plus controversé puisqu’elle est en même temps désastreuse pour l’appareil productif européen et "est bénéfique aux consommateurs européens et favorise la baisse de l’inflation alimentaire". Les deux autres scénarios possibles sont plus favorables à l’ensemble de l’économie puisque neutre pour le monde agricole et favorable aux consommateurs dans le deuxième cas.
Voir clair
Pour autant Asterès se refuse à trancher et juge qu’il n’est pas possible à ce jour de déterminer quel scénario prend le pas sur les autres. Plusieurs éléments étayent cet argumentaire, allant des "différences d’unité entre les différentes sources (en unité monétaire ou en volume, sachant que les prix ont fortement varié ces dernières années)", en passant par "la forte variabilité mensuelle d’un mois sur l’autre qui implique des évolutions très disparates selon les dates choisies pour établir les comparaisons (par exemple, la part des céréales importées depuis l’Ukraine par l’UE fluctue très fortement en quelques mois)" et enfin un "décalage temporel qui peut exister dans les processus de réallocation des flux commerciaux".
Le Vieux continent n’est pas le seul à être confronté à d’importants problèmes actuellement, puisque la FAO note que les cours du riz "ont progressé de 1,2 pour cent en janvier, du fait d’une forte demande à l’exportation de riz Indica de qualité supérieure en provenance de Thaïlande et du Pakistan et d’achats supplémentaires effectués par l’Indonésie ". De la même façon l’indice FAO des prix du sucre est reparti à la hausse, en janvier, de 0,8 % par rapport au mois précédent, et ce "en raison d’inquiétudes quant aux incidences que les précipitations inférieures à la moyenne au Brésil risquent d’avoir sur les cultures de canne à sucre qui seront récoltées à partir du mois d’avril et de mauvaises perspectives de production en Thaïlande et en Inde ". Les effets d’un retour de la croissance en Asie et en Chine sont également à craindre ; on observe que le mois dernier "les cours internationaux du beurre et du lait entier en poudre ont enregistré une hausse due en majeure partie à un accroissement de la demande de la part des acheteurs asiatiques".
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