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Pourquoi faut-il décomplexer les PME françaises de l’export ? / L'histoire d'un cercle vertueux à bien des égards
La persistance du déficit commercial français a ses raisons, que la raison ne connaît que trop bien : celles d’exportations à la peine depuis plusieurs années, au regard notamment d’une désindustrialisation ayant tiré la production manufacturière à la baisse. Et si l’Hexagone tient son rang de sixième exportateur mondial, la répartition qui en résulte fait preuve d’inégalités. Alors que les petites et moyennes entreprises (PME) représentent 96 % des entreprises exportatrices tricolores, elles ne pèsent que 12 % des montants vendus hors des frontières.
De fait, plus d’un quart des PME interrogées par la première édition du baromètre Bpifrance Le Lab "Les PME et l’export en 2024" ont exporté au cours des cinq dernières années. Ce qui signifie donc que la grande majorité n’a pas d’habitude à l’export. Soit parce que les entreprises estiment que leur activité n’est pas concernée par la question (à 66 %), soit parce qu’elles ont abandonné après avoir tenté, envisagé sans le faire ou simplement pas essayé car elles n’y voyaient pas d’utilité. Un manque à gagner clair en matière de développement et de compétitivité.
En effet, les PME avec une expérience à l’export rapportent, à hauteur de 41 %, avoir constaté une hausse de leur chiffre d’affaires en 2023, contre 33 % du côté de celles qui n’en ont pas. Même constat en matière d’emploi : 25 % des PME exportatrices ont augmenté leurs effectifs l’année passée, soit 7 points de plus que les non-exportatrices.
Aucun moyen d’échapper à la concurrence
L’histoire se répète en ce qui concerne les investissements. La différence est d’autant plus marquée sur le plan de l’innovation. Les PME qui s’étendent à l’international sont innovatrices à hauteur de 41 % (à entendre par ceci, entre autres, qu’elles financent des frais de recherche et développement, ont commercialisé sur le marché un nouveau produit, ont déposé un brevet, etc.). Tandis que la statistique retombe à 14 % chez celles qui n’opèrent qu’au sein de l’Hexagone.
D’où vient cet écart de performance ? Il faut tout d’abord souligner que, quoi qu’il advienne, des entreprises internationales viendront s’implanter sur le marché français. "La concurrence domestique ne suffit pas", explique Philippe Mutricy, directeur de l’évaluation des études et de la prospective de Bpifrance, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare. Des offres plus innovantes et moins onéreuses risquent forcément de venir côtoyer celles des PME françaises. Alors autant être préparées.
Cela constitue un cercle vertueux, tant en matière d’activité que de rentabilité, souligne Philippe Mutricy : "S’ouvrir à l’international ne signifie pas nécessairement exporter directement. Mais il faut se mettre en veille, adopter une démarche d’ouverture. Si l’on vient se faire concurrencer sans l’avoir anticipé, l’on est contraint de baisser ses prix, ce qui pèse sur les marges et compromet la capacité à investir et innover. Lorsque l’on a pris la décision de s’internationaliser dès le départ, le raisonnement est à l’inverse". Les perspectives pour 2024 sont d’ailleurs mieux orientées chez les PME exportatrices.
Plusieurs noeuds
Reste que malgré ces avantages, la tendance à l’export semble avoir du mal à prendre racine chez les PME françaises et cela pour plusieurs raisons. Il y a une affaire de culture, tout d’abord : elles sont souvent sous-traitantes des grandes multinationales tricolores. Et la contribution de ces dernières au solde commercial national se réduit, en raison de plus nombreuses délocalisations industrielles advenues ces dernières années que chez nos voisins européens. Il y a ensuite l’aspect du risque, plus difficile à prendre lorsque l’on est encore une petite structure. Cela s’observe bien à l’aune de la taille des PME exportatrices. "C’est l’obstacle principal, celui qui est le plus fréquemment cité par les dirigeants", nous fait quant à lui remarquer Olivier Vincent, directeur exécutif en charge de l’export chez Bpifrance. De fait, cette question de taille insuffisante est brandie par 49 % des patrons sans expérience à l’export comme le premier des freins pour se lancer. Elle est suivie par le manque de compétences et la complexité administrative.
Outre l’aspect culturel, le fait de ne pas exporter pourrait donc aussi être une forme d’autocensure et de manque d’assurance. Surtout lorsque l’on ne sait pas par quel bout commencer. Un chef d’entreprise l’a d’ailleurs expliqué à la présentation du baromètre, organisée par la banque publique d’investissement française vendredi : il a besoin d’être accompagné sur la question pour pouvoir s’y atteler.
"Pour vaincre la peur d’aller à l’international, il faut bien préparer sa démarche. La première des étapes constitue à réaliser un plan stratégique dédié", relève Philippe Mutricy. Des réseaux existent par exemple pour pallier cette problématique. Il y a la "Team France Export", composée de Business France, Bpifrance et des Chambres de Commerce en tant que membres fondateurs, qui peut accompagner les entreprises sur la question et leur présenter des opportunités. À cela viennent s’ajouter les Conseillers du Commerce Extérieur, l’OSCI et les chambres de commerce à l’international.
Faire équipe pour faire front
La banque publique d’investissement a aussi créé plusieurs accélérateurs dédiés à l’internationalisation. "C’est une excellente manière de se faire du réseau, d’échanger des informations et de s’attaquer au marché international en équipe", estime Olivier Vincent. Dernier exemple en date : celui de la création d’un accélérateur franco-italien, dans le but de renforcer la coopération européenne sur les marchés internationaux.
Sur le plan financier, également, les produits proposés sont nombreux. Il y a les assurances crédit, dans un premier temps, qui permettent de prévenir le risque du côté des banques. "En 2023, ce sont 19 milliards d’euros qui ont été assurés par Bpifrance", indique Olivier Vincent. La banque propose aussi des crédits aux exportateurs, des prêts sans garantie, des services de liquidités, des avances à la prospection et a bien sûr été un opérateur du plan public "Bercy France Export". "Nous avons notamment fait du porte-à-porte pour démarcher les entreprises", poursuit-il.
Un catalogue d’aides financières bien complet, d’autant plus utile que les coûts de prospection sont indiqués, par les PME ayant une forte expérience de l’export, comme l’obstacle le plus important à surmonter.
Derrière un inconvénient peut se cacher un avantage
Mais pour ces dernières, le tableau n’est pas non plus complètement rose. Car certains facteurs externes à leur modèle d’affaires affectent leur compétitivité vis-à-vis des concurrents étrangers. Le coût du travail et la fiscalité sont par exemple perçus comme les premiers des handicaps par près de la moitié des dirigeants.
Drôle de paradoxe : les prix de vente trop élevés sont estimés comme un désavantage compétitif par 33 % des interrogés. Mais de l’autre côté, ils sont 26 % à le considérer comme un bienfait.
Ce qui semble constituer une preuve de la vertu de leurs produits ou de leurs services. Les PME françaises exportatrices ont en effet des atouts à faire valoir. Et la qualité de leur offre représente d’ailleurs un avantage pour 64 % d’entre elles. S’ensuivent leur service client, leur notoriété et leur degré d’innovation.
Un cas particulier
Tous les secteurs d’activité ne sont, par ailleurs, pas logés à la même enseigne. Dans l’industrie par exemple, les facteurs qui affectent la compétitivité sont les mêmes que dans l’ensemble de l’économie. Mais sont cités plus fréquemment. Notamment en ce qui concerne le coût du travail, la fiscalité, les prix de vente ou encore les coûts énergétiques.
Et pourtant, c’est ce même secteur qui prend la tête du classement des PME à avoir exporté sur les cinq dernières années : 54 % du côté de l’industrie, contre 47 % dans le commerce, environ 20 % dans les transports et les services, ou encore 18 % dans le tourisme.
"La base du raisonnement économique est celui de la taille de marché. Aujourd’hui, il est mondial. Et le seul territoire français ne suffit plus à rentabiliser son entreprise. D’autant qu’avec les nouvelles technologies industrielles qui émergent, cela sera appelé à se renforcer", prévoit Philippe Mutricy. Le directeur exécutif de Bpifrance en charge de sa stratégie, Pascal Lagarde, a quant à lui tenu à rappeler lors de son mot d’introduction : "L’internationalisation va de pair avec l’industrie". De quoi, à la faveur d’une plus ample dynamique exportatrice chez les PME françaises, venir soutenir les objectifs de réindustrialisation du pays.
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