Fusions, Acquisitions / Saint-Gobain / CSR Limited / acquisition / Australie / matériaux de construction
Fusions, Acquisitions
Saint-Gobain / CSR Limited / acquisition / Australie / matériaux de construction
L’acquisition de CSR Limited par Saint-Gobain se concrétise / Un jalon stratégique, estime Benoit Bazin
Aussitôt dit, aussitôt fait. Alors que Saint-Gobain avait indiqué être entré en pourparlers avancés avec l’australien CSR Limited en vue de son acquisition il y a moins d’une semaine, c’est avec l’annonce de la conclusion d’un accord définitif que le géant des matériaux de construction a entamé la semaine.
Comme convenu, la transaction sera réalisée à un prix de 9 dollars australiens par action, représentant une valeur d’entreprise de 4,5 milliards de dollars australiens - ou environ 2,7 milliards d’euros. En revanche, la valeur nette de l’entreprise devrait retomber à 3,2 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros). "Plus de 80 % de l’activité de CSR provient de leur division de matériaux de construction, grâce à laquelle l’entreprise offre des solutions complètes pour la construction résidentielle et non résidentielle", a expliqué Benoit Bazin, le directeur général de Saint-Gobain, à l’occasion d’une conférence de presse. Mais l’entreprise possède également des actifs immobiliers estimés à plus d’1,3 milliard de dollars australiens. "Nous allons naturellement les monétiser", a-t-il poursuivi. De plus, CSR détient une participation minoritaire indirecte d’environ 25 % dans le secteur de l’aluminium. "Nous allons explorer nos options, ce n’est pas au cœur de notre business", a ajouté Benoit Bazin.
Un marché attractif
L’opération semble être une bonne pioche pour Saint-Gobain. CSR est un acteur de référence des matériaux de construction en Australie. Puisque Saint-Gobain a pour objectif de renforcer sa présence sur les marchés à forte croissance - dont fait partie l’Asie-Pacifique et dans la lignée de la stratégie mise en place depuis plusieurs années -, intégrer un leader national s’articule logiquement à sa feuille de route. "Dans la construction, la démographie est le premier des degrés de la croissance", a rappelé Benoit Bazin.
Soutenue par l’immigration, la population australienne s’accroît rapidement. À cela s’ajoutent la récente révision des règles et des standards du code national de la construction du fait des exigences de rénovation énergétique des bâtiments et un soutien fédéral significatif pour le logement. Enfin, sur le plan géopolitique, le pays présente peu de risque : un point non négligeable par les temps qui courent. Autant de facteurs qui font de l’Australie un terrain de jeu bien propice pour le groupe. S’il y est déjà présent, l’acquisition de CSR lui permettra de pénétrer ce marché pour de bon.
Des partenaires de longue date
D'autant plus que la croissance de CSR est régulière : son segment des matériaux de construction en a enregistré une de plus de 8 % de son chiffre d’affaires sur la période allant de 2021 à 2024 (selon les estimations pour l’année à venir, mais assez probables dans le sens où l’exercice de CSR sera clos en mars prochain) et l’excédent brut d’exploitation (Ebitda) de 12 %.
Les deux sociétés ne sont pas ailleurs pas inconnues. Elles collaborent déjà au travers d’un partenariat, initialement technologique, sous licence, de fabrication de laine de verre, en place depuis 1989. Mais il a été renforcé depuis 2019 à la faveur de la réorganisation du groupe. De quoi faciliter l’intégration de l’entreprise, d’autant plus que son modèle opérationnel est aligné sur celui de Saint-Gobain. Il permet à CSR de fournir des solutions intégrées à travers plusieurs lignes de produits, avec une organisation centrée sur le client. "Sur un pays avec une telle géographie, il faut être présent partout. CSR a 30 usines et 120 hubs logistiques. Leur organisation est rationalisée. L’alignement est complet, cela démontre bien notre proximité en termes de métier", s’est félicité le dirigeant.
Des synergies à 60 millions de dollars
Et naturellement, au regard de la réorganisation par pays engagée par Saint-Gobain en 2019, CSR sera ainsi consolidé par ce biais. "C’est une étape importante. Nous avons construit, de manière méticuleuse, un modèle qui nous permet de simplement 'brancher' l’Australie. Cela nous rend confiant dans le succès de l’opération, d’autant plus que l’équipe de direction est très solide", a souligné Benoit Bazin.
La clôture de l’opération est prévue pour le second semestre de 2024. Les synergies se feront reconnaître à partir de la troisième année suivant la réalisation de la transaction. À cet horizon, 60 millions de dollars australiens (ou 36,24 millions d’euros) devraient se dégager. Ils seront divisés en deux : d’un côté, des synergies de coûts sur le plan opérationnel, grâce au partage des pratiques, aux économies d’énergie, à l’optimisation des chaînes d’approvisionnement… mais aussi grâce à l’économie des frais de cotation sur la Bourse australienne et à des économies d’échelle dans les achats. Tout ceci devrait se chiffrer à 50 millions de dollars australiens. Les 10 millions de dollars australiens de synergies restantes proviendront de la croissance, grâce aux opportunités offertes par la vente croisée sur d’autres produits.
La trésorerie mise à contribution
Du côté de Saint-Gobain, l’acquisition sera financée intégralement à l’aide de la trésorerie disponible du groupe et aura un impact limité sur le bilan, qui se maintiendra à un ratio d’environ 0,3 fois dette nette sur Ebitda.
Reste donc désormais aux actionnaires de CSR d’approuver cet accord, qui conditionnent la finalisation de la transaction avec l’obtention de certaines autorisations réglementaires. Le conseil d’administration de Saint-Gobain l’a fait à l’unanimité, tandis que celui de CSR a donné les mêmes consignes à ses porteurs de titres. "C’est un jalon important dans notre stratégie", a soutenu Benoit Bazin.
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