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Saint-Gobain enfonce le clou au Canada / Le groupe met la main sur le spécialiste de la toiture BPC
Il ne manquait plus que la toiture. Le Canada exerce décidément un fort attrait sur Saint-Gobain. Un an tout juste après le rachat de l’entreprise familiale Kaycan, le géant mondial des matériaux de construction vient d’y annoncer le rachat de Building Products of Canada (BPC), un producteur de bardeaux de toiture pour le secteur résidentiel ainsi que de panneaux d’isolation en fibre de bois. Montant de la transaction : 1,33 milliard de dollars canadiens, soit 925 millions d’euros environ.
Les deux opérations sont très complémentaires. Les produits de toiture de Building Products of Canada viennent habilement s’ajouter à l’offre de bardage (ou "clins") de façade de Kaycan dans le pays. Tous des produits spécifiques au marché de la construction au Canada - et plus largement en Amérique du Nord - où le bois prédomine, et sur lequel Saint-Gobain, présent uniquement à l’origine dans les solutions d’intérieur grâce à sa filiale CertainTeed (plaque de plâtre, plafonds, isolation), va désormais pouvoir disposer d’une offre complète pour l’extérieur. Autre atout, BPC est exposée à 70 % au marché de la rénovation, moins cyclique que le neuf, et n’a qu’un seul concurrent dans le domaine de la toiture.
Pourquoi le Canada ? " Il faut être canadien au Canada pour être un acteur reconnu" a justifié Benoit Bazin, le directeur général du groupe, à l’occasion d’une conférence avec des journalistes. Or c’est " un pays important " pour le groupe, car " très attractif en termes de croissance du marché de la construction", a souligné le dirigeant, citant à l’appui différentes statistiques canadiennes selon lesquelles il y aura besoin de 5,8 millions de nouveaux logements environ d’ici à 2030 dans le pays. Notamment du fait d’une forte immigration, qui a atteint des records au cours des deux dernières années et qui est en train d’accélérer. Ce flux migratoire devant entraîner une forte croissance de la population "de 10 % ou plus sur les prochaines années, soit trois fois plus vite que la moyenne des pays de l’OCDE", a souligné Benoit Bazin.
50 millions de dollars de synergies
En termes de calendrier, l’opération devrait être bouclée d’ici la fin de l’année 2023. Au total, en tenant compte des rachats de BPC, de Kaycan, et avant cela, du chimiste de la construction GCP Applied Technologies, la présence canadienne de Saint-Gobain aura alors doublé en 18 mois, passant d’environ 0,9 milliard de dollars canadiens de chiffre d’affaires à 1,8 milliard de dollars canadiens sur une base pro forma.
Et ce, sachant que BPC a réalisé un chiffre d’affaires de 435 millions de dollars canadiens en 2022 et a généré 111 millions de dollars canadiens d’excédent brut d’exploitation (Ebitda). Sur cette base, Saint-Gobain s’apprête ainsi à payer une valeur d’entreprise représentant 11,9 fois l’Ebitda, un ratio jugé relativement élevé par plusieurs bureaux d’analystes, comme Stifel ou UBS. Pour le justifier, le groupe met en avant des synergies visées de 50 millions de dollars canadiens sur trois ans, qui ramènent ce même multiple à 8,2 fois, ce qui semble cette fois "raisonnable" aux yeux de Jefferies. Même si, compte tenu du ratio inférieur à 6 fois auquel se négocie Saint-Gobain lui-même, l’opération peut être jugée légèrement dilutive, du moins à court terme.
"Nous sommes confiants de pouvoir créer de la valeur en troisième année", a déclaré pour sa part Sreedhar Natarajan, le directeur financier du groupe, évoquant des synergies "bien identifiées", de coûts essentiellement. L’opération s’intègre en effet dans un dispositif de plus en plus large en Amérique du Nord, où Saint-Gobain est devenu le numéro un des matériaux de construction et bénéficie donc d’effets d’échelle.
Créatrice de valeur en année trois, renforçant l’empreinte nord-américaine du groupe et son offre dans la construction légère et durable, le tout sans détériorer le bilan, avec un impact limité à 0,1 fois sur le ratio "dette nette sur Ebita", l’acquisition de BPC coche en tout cas toutes les cases du plan stratégique "Grow & Impact". Ce dont les investisseurs se réjouissent. A la Bourse de Paris, l’action Saint-Gobain progressait mardi après-midi de 2,4 %, à 56,3 euros.
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