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Le vent tourne en faveur des banques françaises / Société Générale est particulièrement bien placée
Après deux années à affronter le vent de face, les banques françaises vont-elles l’avoir dans le dos en 2024 ? Leur modèle diversifié de banque universelle leur a permis d’en atténuer les effets, mais la séquence de hausse de taux de la Banque centrale européenne (BCE) pèse depuis de longs mois sur leurs résultats. La particularité française est connue. Quand leurs consœurs européennes profitent d’un contexte très porteur, les établissements tricolores subissent un double handicap, au passif à l’actif de leur bilan.
D’une part, la France affiche une proportion particulièrement élevée d’épargne réglementée, celle-ci s’élevant à 934 milliards d’euros d’épargne, constituée principalement par le Livret A. Ce qui "signifie que les dépôts français étaient les plus chers d’Europe lorsque les taux étaient bas et ont vu leur coût augmenter aussi rapidement que la moyenne européenne à mesure que les taux et l’inflation ont augmenté en 2022 et 2023", rappelle UBS dans une étude. De 44 points de base à son niveau le plus bas, le coût moyen des dépôts des banques françaises s’est hissé à 175 points de base à fin 2023, soit une hausse de 130 points de base, d’après les données de Haver.
Dans le même temps, la sensibilité de leur portefeuille de prêts à la hausse des taux d'intérêt est la plus faible du secteur, du fait que les banques prêtent à taux fixe dans l’Hexagone, empêchant les établissements de répercuter directement la hausse auprès de leurs clients, et de la règle du taux d’usure (soit le taux maximal au-delà duquel une banque ne peut pas prêter) visant à protéger les consommateurs. A leurs plus bas, en mai 2022, les rendements des prêts de la zone euro se situaient à 1,90 %, quand les prêts français affichaient en moyenne un rendement de 1,59 %. Depuis, les rendements moyens de la zone euro ont augmenté de 155 points de base, à 3,45 %, à la fin de l’année dernière, alors que les rendements des prêts français ont progressé beaucoup moins vite, à 2,66 %.
Point bas
Il n’est pas étonnant dans ces conditions "que les tendances de la banque de détail française aient été médiocres au cours de l’exercice 2023", poursuit UBS. Le revenu net d’intérêt de BNP Paribas a reculé de 2 % l’an dernier, celui de Crédit Agricole SA de 5 %, quand Société Générale a vu le sien chuter de 22 %. Même si on ajoute les activités mieux indexées sur les taux comme les divisions de banque de détail à l’international - en Italie pour BNP Paribas et Crédit Agricole SA, en Europe de l’Est et en Afrique pour Société Générale - les activités internationales de prêt aux entreprises et de services de titres, le revenu net d’intérêt des banques françaises a diminué de 5 % sur un an en 2023, selon les données de Visible Alpha, soit très loin des performances enregistrées par les secteurs bancaires irlandais (+62 %), italien (+43 %) ou nordique (+36 %).
Dans l’immédiat, la situation actuelle des établissements français reste peu favorable. "Selon les données les plus récentes, les prêts français rapportent 79 points de base de moins que la moyenne de la zone euro et les dépôts coûtent 60 points de base de plus", observe UBS, soit "un environnement opérationnel [toujours] relativement difficile". En termes de dynamique cependant, les banques tricolores ont très vraisemblablement mangé leur pain noir, les analystes s’accordant pour estimer que le troisième trimestre 2023 a marqué le point bas sur leurs marges nettes d’intérêt.
Ainsi, alors qu’UBS s’attend à ce que les revenus nets d’intérêt baissent "presque partout en Europe au premier semestre", à l’inverse, les banques françaises vont commencer à tirer leur épingle du jeu, l’écart entre la rentabilité de leurs prêts et le coût de leurs dépôts devant commencer à s’améliorer. Et ce grâce aux effets conjugués de l’injection progressive des nouveaux prêts à taux plus élevés dans les portefeuilles et de la stabilisation de la composition des dépôts, avec aussi la perspective d’une baisse ultérieure du coût de l’épargne réglementés lorsque la BCE décidera de commencer à réduire ses taux.
Effet rattrapage
Le consensus Visible Alpha prévoit un ainsi un rebond de 9 % des revenus net d’intérêt des banques françaises cette année. Selon UBS, leur croissance devrait même atteindre 11 % par an jusqu’en 2026. L’inflexion la plus forte devant être enregistrée par la Société Générale, pour laquelle UBS anticipe une hausse moyenne de 17 % par an sur la période, à comparer à des progressions de l’ordre de 6 à 7 % attendues pour BNP Paribas et Crédit Agricole.
Il se trouve en effet que Société Générale a fortement subi l’an dernier les effets de ses choix en matière de couverture, alors qu’elle avait parié sur une baisse des taux en 2023. Lors de sa journée investisseurs mi-septembre, l’établissement dirigé par Slawomir Krupa avait indiqué que cette couverture lui avait représenté un coût de 1,6 milliard d’euros l’an dernier, qui devrait tomber à 300 millions d’euros en 2024, puis disparaître en 2025. D’où cet effet de rattrapage anticipé, qui est d’ailleurs l’un des arguments pour lesquels Société Générale constitue le "premier choix" d’UBS parmi les banques françaises, "en termes de valorisation, de croissance des bénéfices et de revalorisation potentielle des dividendes".
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