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Des sanctions occidentales qui commencent à gêner Moscou /
Le soutien du rouble n’est pas chose aisée pour le Kremlin
"Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe". Force est de constater que les désirs de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, ne sont pas réalisés près de deux ans après sa diatribe contre Moscou. Les sanctions occidentales pénalisent certes l’économie russe, cependant cette dernière a pu bénéficier de la réactivité de ses gouvernants. Prompts à réagir et rodés en raison de l’expérience de l’épisode des sanctions en 2014, ces derniers ont pris des mesures adéquates pour empêcher le rouble de dévisser.
Parmi l’arsenal dont on a fait usage le Kremlin, Valérie Mignon, conseiller scientifique au CEPII et co-rédacteur en chef de la revue International Economics, a rappelé récemment que "ne pouvant puiser dans ses réserves pour soutenir sa monnaie, la Russie a pris une série de mesures visant à limiter les sorties de capitaux ". Un des points saillants des sanctions réside effectivement dans le gel des avoirs de la Banque centrale russe dans nombre de pays. En complément de ce contrôle des flux, le pouvoir a également "imposé à ses entreprises exportatrices de convertir la majeure partie de leurs recettes en devises en roubles, interdit les prêts en devises et les transferts bancaires des citoyens russes vers l’extérieur et enjoint les pays alignés de régler leurs achats de gaz russe en roubles". Autant de décisions qui expliquent que la demande de roubles ne soit pas effondrée " et, en conséquence, [ont permis] de limiter la chute de la monnaie russe par rapport au dollar en 2022 ".
Vague après vague
Pour autant, les soutiens de l’Ukraine ne sont pas restés les bras croisés et leur choix de sanctionner les hydrocarbures a rendu la tâche plus difficile au pouvoir russe. Pourtant si les revenus associés ont diminué et que des cours mondiaux défavorables ont réduit les recettes mensuelles, le rouble est loin d’avoir subi les mêmes affres qu’en 2014. Valérie Mignon souligne qu’une véritable stratégie a été mise en place à la suite de l’invasion de la Crimée, elle en veut pour preuve "l’évolution des réserves de la Banque centrale de Russie et de leur composition". Là où 26 % de celles-ci étaient détenues aux États-Unis en 2014, cette part était passée à 6,4 % en 2021. Dans le même temps, une diversification des avoirs détenus à l’étranger a été menée ainsi qu’un pourcentage des réserves détenues en or qui a été drastiquement augmenté de 13 % en 2014 à 21,5 % en 2021. Rien n’a pu cependant préparer le rouble à faire face à des recettes énergétiques qui diminuent petit à petit face à une attrition de ses capacités de production, le Kremlin a notamment suspendu provisoirement les exportations de pétrole, et à une économie de guerre qui pèse financièrement sur le pays.
Tenir le cap
Le Kremlin a également déjoué les pronostics sur le plan de la croissance. Sylvain Bersinger, chef économiste chez Asterès, arguait récemment que certes "l’économie russe a souffert de la guerre, mais la violente crise économique attendue ne s’est pas produite". Là où le FMI tablait sur une contraction annuelle du PIB de -8,5 %, le chef économiste du cabinet de conseil rappelle que "le pays est bien entré en récession, mais la baisse d’activité a été limitée à -2,1 %". Le fruit tant d’un contournement des sanctions que d’une économie stimulée par la dépense publique.
Une croissance russe qui après avoir été de 3,6 % en 2023, pourrait bien demeurer sur le même sentier de croissance. Olivier de Boysson, chef économiste Pays émergents à la Société Générale, confiant à WanSquare qu’il s’agit "d’une économie qui s’autofinance très largement pour le moment. La production est cependant de plus en plus entravée, cela ne devrait pas pour autant empêcher Moscou de voir son économie croître plus en 2024 que ce ne suggère son potentiel de croissance". Il a également souligné que si l’économie de guerre du régime n’avait pas encore franchi le point de bascule où elle pénaliserait la croissance, un tel scénario n’est pas à exclure à l’avenir.
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