WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Régulation / Concurrence / Droit pénal des affaires / Antoine Vey / Eric Dupond-Moretti / défense / Cabinet d'avocats / Barreau de Paris / Droit pénal

Régulation / Concurrence
Droit pénal des affaires / Antoine Vey / Eric Dupond-Moretti / défense / Cabinet d'avocats / Barreau de Paris / Droit pénal

exclusif Avec Antoine Vey, les dirigeants d’entreprise ont droit à la parole / L'éloquence, une qualité indispensable face à la présomption de culpabilité

EXCLUSIF. D’abord réputé pour avoir officié auprès des plus grands ténors du barreau, Antoine Vey dirige aujourd'hui son propre cabinet d’avocats, spécialisé dans la défense et ce, dans toutes les branches du droit répressif. Son combat ? Que les dirigeants d’entreprises, attaqués de façon de plus en plus récurrente et de toutes parts, osent enfin se défendre sans craindre que cela leur soit reproché. Portrait.
Antoine Vey (©Vey & Associés)
Antoine Vey (©Vey & Associés)

Si certains procès très médiatisés tels que ceux de Jérôme Cahuzac, d’Abdelkader Merah ou des époux Balkany ont contribué à la notoriété d’Antoine Vey, l’un des avocats pénalistes les plus doués de sa génération, le ténor du barreau de Paris place son devoir de discrétion au-dessus de tout. "Je suis le premier à monter au créneau si on attaque l’un de mes clients mais ne comptez pas sur moi pour vous dire qui ils sont. Je ne fais pas partie de ces avocats qui divulguent les noms des entreprises ou des dirigeants qu’ils conseillent comme si c’étaient des médailles. Je cherche avant tout une relation de grande confiance, ce qui passe par le respect absolu du secret professionnel", prévient le co-fondateur de Dupond-Moretti & Vey, devenu en 2020, Vey & Associés. "Une boutique indépendante spécialisée dans la défense, que nous abordons de manière transversale dans toutes les branches du droit répressif", décrit-il dans un entretien accordé à WanSquare.

Son ancien associé, Éric Dupond-Moretti, étant devenu garde des Sceaux, Antoine Vey a aujourd’hui "son identité propre", à mi-chemin entre tout ce que ses mentors - et ils sont nombreux -, toutes stars du barreau, lui ont appris. "L’audience grâce à Éric Dupond-Moretti, les libertés fondamentales et la rédaction grâce à Patrice Spinosi, l’importance de la procédure et l’habitus du monde des affaires grâce à Olivier Metzner", explique-t-il.

 

La révélation

 

Antoine Vey ne se rêvait pourtant pas avocat. "J’aurais aimé être professeur de droit. Mais j’ai aussi toujours été séduit par l’oralité, à la tribune comme dans les prétoires. Finalement, le métier d’avocat m’a séduit. Car il permet de prendre la parole pour ce que l’on croit juste. Parler, cela fait partie des compétences et des armes d’un pénaliste", souligne-t-il.

Un amour de l’art de la rhétorique - les œuvres de Cicéron trônent en bonne place dans sa bibliothèque - qui le conduira, au cours de ses études à l’Université de Cambridge, puis à Assas et à Sciences Po, à participer à plusieurs concours de plaidoirie et au concours national de la conférence Lysias. C’est lui qui a créé la "Nuit de l’éloquence", évènement qui réunit des personnalités du monde judiciaire, littéraire et politique. "C’est là que j’ai rencontré des ténors du barreau tels que Jacques Verges, Georges Kiejman, Éric Dupond-Moretti, etc. C’est en les écoutant que j’ai compris que le métier d’avocat était ce que je voulais faire dans la vie", se souvient cet intervenant à l’École de Formation du Barreau de Paris.

 

À bonne école

 

Il débutera sa carrière chez Metzner & Associés en 2010, "un cabinet spécialisé en droit pénal des affaires ", précise-t-il. Là, il sera mis à l’épreuve très tôt, travaillant avec Olivier Metzner sur les retentissantes affaires Kerviel, Clearstream ou encore Bettencourt. "J’y ai appris l’importance de la procédure, de la relation avec le client dans ce type de contentieux, ce qui exige une grande réactivité et de la disponibilité ", indique Antoine Vey.

Alors qu’il était désireux de faire du droit international, celui qui est devenu entre-temps secrétaire de la Conférence des avocats du barreau de Paris intègre Spinosi & Sureau, cabinet d’avocats au Conseil d’État et à la Cour de cassation, pour être le collaborateur de Patrice Spinosi. En 2013, Eric Dupond-Moretti lui demande de le rejoindre, et lui confie l’ouverture de son bureau parisien. Il deviendra son associé deux ans plus tard. "Avec Éric, j’ai vraiment aimé mon travail, et j’ai pu avoir une pratique de terrain, j’ai appris les Assises. À son entrée au gouvernement, j’ai souhaité transformer la pratique du cabinet et la façon dont nous travaillions pour l’adapter aux contentieux actuels, l’idée étant de faire évoluer notre champ d’intervention vers le droit pénal des affaires", poursuit-il.

 

La parole à la défense

 

Peut-être plus que le droit, l’avocat de 39 ans se passionne pour l’évolution de la société. Si on le dit aujourd’hui spécialisé en droit pénal des affaires, le terme ne lui convient pas. Lui préfère parler de "droit répressif". "La répression vis-à-vis des entreprises et des dirigeants a pris une ampleur tout à fait inédite, d’autant que désormais les autorités administratives indépendantes - telles que l’Autorité des marchés financiers, l’administration fiscale, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et certaines instances européennes - ont maintenant des pouvoirs de sanction. Je crois profondément qu’il faudrait introduire un cadre plus harmonisé concernant les multiples branches du droit répressif et notamment s'agissant des droits de la défense et les standards de preuve", soutient-il.

Et Antoine Vey de nous interroger : "Quel est le droit le plus essentiel dans une démocratie ? C’est le droit de se défendre lorsque l’on est attaqué. Je regrette que les entreprises ou les individus n’osent plus se défendre, car ils craignent que cela leur soit reproché. La parole devrait être davantage donnée à la défense. Dans notre société, et surtout avec l’emballement médiatique et le temps (trop) long de la justice, on ne devrait pas accepter d’instaurer des présomptions de culpabilité et garder la mesure qui caractérise la justice", fait-il remarquer, rejetant cependant une critique trop caricaturale du système judiciaire. "Je regrette qu’en France, les gens aient tendance à voir le juge comme un redresseur de torts et non comme un protecteur des libertés", confie-t-il.

 

Un acteur de la cité

 

Son métier de pénaliste, il le considère donc au sens large, capable de couvrir toute la matière répressive et pas seulement devant une cour d’Assises. "Il ne faut pas galvaniser l’expression pénaliste. Ce que j’ai compris avec Éric Dupond-Moretti, c’est qu’il ne fallait pas être un avocat de salon, mais un avocat d’action. Ce n’est ni sympathique, ni confortable, mais c’est l’essence du métier. Je crois aussi que l’avocat, qui est attentif aux mouvements du droit, doit être un acteur de la cité", estime ce professeur à Sciences Po et à l’école du Barreau. "Être avocat, c’est parfois un sacerdoce, mais c’est très complet, et surtout je crois qu’à la fin de ma vie, je n’aurais pas exploré toutes les richesses de ce formidable métier", ajoute-t-il.

C’est dans cette optique qu’il a décidé de s’entourer de spécialistes, au sein d’une équipe complémentaire. Certes, il est pour l’instant le seul associé de son cabinet - des associations sont en cours - mais 15 avocats travaillent avec lui. "Je suis épaulé par des personnes qui ont la même vision que moi sur le métier et qui ont des compétences transversales, pour traiter tous les aspects des procédures complexes. Le modèle du cabinet n’est pas uniquement attaché à mon nom", assure-t-il.

 

Défenseur des droits de l’homme

 

Antoine Vey pense également le droit au-delà de la France. Il est inscrit au barreau de Genève depuis 2019. "J’ai passé beaucoup de temps en Afrique et en Suisse. Je pense que l’on peut être assez influent depuis Genève dans le champ des libertés fondamentales et des droits de l’homme. Il y a un marché immense dans le monde francophone et ici encore, il faut se décloisonner", estime celui qui défend aujourd’hui le lanceur d’alerte Julian Assange, et qui projette aussi d’ouvrir un bureau à Londres.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article