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Evenements / TotalEnergies / Commission d'enquête / lobbying / guerre en Ukraine / sécurité énergétique / transition énergétique

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TotalEnergies / Commission d'enquête / lobbying / guerre en Ukraine / sécurité énergétique / transition énergétique

Le directeur des affaires publiques de TotalEnergies lève le voile sur ses actions de lobbying / Accélération des renouvelables et sécurité énergétique à la table des discussions

Jean-Claude Mallet a profité de son audition, ce jeudi, devant les membres de la Commission d’enquête sénatoriale sur les obligations de TotalEnergies pour faire une mise au point utile sur les objectifs des actions de représentation d’intérêts de la compagnie envers les pouvoirs publics. Et force est de constater que le groupe présidé par Patrick Pouyanné sait se montrer réactif aux ambitions énergétiques de la France et de Bruxelles et être un véritable soutien en cas de crise.
TotalEnergies (Photo by Benjamin Polge / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
TotalEnergies (Photo by Benjamin Polge / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

C’est un grand serviteur de l’Etat, spécialiste des questions stratégiques de défense et de géopolitique, que recevait ce jeudi la Commission d’enquête sénatoriale sur les obligations de TotalEnergies. Jean-Claude Mallet, directeur des affaires publiques du groupe présidé par Patrick Pouyanné depuis 2019, a en effet, entre autres, officié auprès de l’ancien ministre, Jean-Yves Le Drian, comme conseiller spécial et il le rejoindra d’ailleurs bientôt au sein de l’agence française pour le développement d’Al-Ula (Afalula).

 

Pas de petits arrangements

 

Une proximité avec l’administration qui n’a pas manqué d’interpeller le rapporteur, Yannick Jadot. "Le problème n’est pas le passage du public au privé […], la question est comment on s’organise et comment on crée de l’étanchéité entre la décision publique et l’intérêt privé. […] Le ministre Le Drian s’est beaucoup engagé au Qatar sur des projets d’énergies fossiles et au Mozambique. Est-ce que la direction des affaires publiques et vous-même êtes intervenus auprès de vos anciens collègues pour organiser ces voyages ? ", lui a demandé le sénateur de Paris.

La réponse de l’ancien secrétaire général des Armées fut sans appel. "Est-ce que l’on a facilité les voyages ? Non. C’est lorsque nous apprenons qu’il y a un déplacement que l’on peut transmettre des éléments d’informations, d’autant que la présence de TotalEnergies au Qatar est très importante, c’est l’une des principales compagnies qui y œuvre. Le ministre des Affaires étrangères a vocation à porter les entreprises françaises et en particulier dans le domaine des exportations. Qu’il y ait eu des contacts avec Jean-Yves Le Drian (qui sera lui aussi auditionné par la Commission d’enquête, ndlr) et la direction de TotalEnergies, et notamment au Qatar, c’est ce que font toutes les entreprises ", lui a répondu Jean-Claude Mallet, rappelant, s’agissant du Mozambique, " qu’en 2021, lorsque la ville de Palma, soit tout près d’un site de TotalEnergies, est tombée entre les mains des islamistes, nous avons informé le ministère des Armées et celui des Affaires étrangères de cette situation. Non pas pour demander une intervention de l’armée française mais pour prévenir du peu de moyens dont disposait l’armée locale. Cela a conduit certes à un soutien de la France mais aussi de la part de présidence portugaise et d’un accord avec les Allemands ", a-t-il fait observer.

 

Au secours énergétique de l’Europe

 

Une audition qui fut donc l’occasion pour Jean-Claude Mallet d’expliquer l’intérêt de telles relations politiques pour la France et l’Europe, comme par exemple, au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine. "En mars 2022, nous avons eu des contacts avec les gouvernements allemand et polonais pour proposer des alternatives à l’alimentation russe de la raffinerie de Leuna. Nous avons aussi mis en place de nouvelles capacités de regazéification nécessaires au traitement du gaz naturel liquéfié (GNL), en Allemagne et au Havre ", a-t-il rappelé.

Questionné sur les relations de TotalEnergies avec la Russie et notamment sur la participation restante de la compagnie dans Novatek, il a rappelé que tous les actifs russes du groupe avaient été arrêtés ou gelés, sauf sur le GNL, autorisé par l’Union européenne, et ce en respect des sanctions décidées par Bruxelles. " Et si nous continuons à contribuer à maintenir l’activité de Yamal, que nous ne gérons plus (elle a été déconsolidée dans le bilan de la compagnie), c’est parce que les importations en Europe contribuent à l’équilibre recherché par la Commission européenne et le gouvernement français. Si le besoin de GNL d’origine russe s’est sérieusement réduit, il existe encore, d’autant que le marché du gaz est très nerveux, comme on l’a vu lors des grèves en Australie, en septembre dernier, qui ont fait grimper les prix ", a souligné Jean-Claude Mallet.

 

Un lobbying vert avant tout

 

Des actions de sécurité énergétique qui n’ont pas empêché la compagnie, dans le même temps, de penser "vert", en accélérant ses investissements dans l’électricité de source renouvelable et les molécules bas carbone. "Nous avons été soutien d’un accord-cadre bilatéral entre la France et la Kazakhstan portant sur une centrale solaire d’un gigawatt, l’équivalent d’une centrale nucléaire ", a déclaré Jean-Claude Mallet, pour qui la stratégie de TotalEnergies, en matière d’affaires publiques, consiste donc à répondre non seulement à l’indispensable soutien de la transition énergétique, à l’impératif de sécurité énergétique et au déploiement accéléré des renouvelables. "68 % des actions de représentation d’intérêts de TotalEnergies ont été menées en faveur de l’accélération de la transition énergétique et du développement de l’économie circulaire, comme par exemple la facilitation du déploiement du renouvelable, des batteries de recharge haute puissance pour les véhicules électriques, des projets spécifiques de centrales solaires, la conversion de site pétrolier en site zéro pétrole comme à Grandpuits en Seine-et-Marne, la production d’hydrogène et de biocarburant ", a détaillé Jean-Claude Mallet.

 

Un engagement incontestable

 

Une implication qui serait reconnue dans le monde, selon le directeur des affaires publiques : " L’image de TotalEnergies est excellente. Il s’agit d’une entreprise très réputée pour son efficacité. Elle est recherchée car elle sait conduire des programmes complexes, accompagner des demandes de transition énergétique ", a-t-il répondu au président de la Commission d’enquête, l’ancien ministre Roger Karoutchi, qui l’interrogeait sur la réputation du groupe. "Je sais que la stratégie de décarbonation de TotalEnergies est contestée, nous acceptons le débat, notamment sur la vitesse d’atteinte de nos objectifs mais la Compagnie est massivement engagée dans la transition énergétique depuis les années 2020-2021, et ce grâce à une très forte adhésion en interne, de la part de la direction, comme des salariés. Nous avons décidé de dépenser 5 milliards d’euros sur les énergies décarbonées, dont 4 milliards d’euros sur l’électricité renouvelable par an. Notre engagement n’est pas contestable et il vient à nouveau d’être réaffirmé ", a insisté Jean-Claude Mallet.

De fait, TotalEnergies vient de publier son rapport Sustainability & Climate 2024 qui sera soumis au vote consultatif des actionnaires lors de son assemblée générale du 24 mai prochain. Un document censé rendre compte de la mise en œuvre de la stratégie de la compagnie et des progrès réalisés en 2023 au regard de ses objectifs climatiques à horizon 2030. L’on peut y lire, s’agissant de ses activités d’hydrocarbures, une baisse des émissions de ses opérations pétrole et gaz (soit ses Scopes 1 et 2) de -34 % l’année dernière par rapport à 2015. Les émissions de méthane ont quant à elles diminué de 47 % en 2023 par rapport à 2020. A ce sujet d’ailleurs, le groupe a annoncé qu’il comptait étendre son objectif (inférieur à 0,1 % d’ici 2030) à l’ensemble de ses installations amont pétrolières et gazières opérées, et pas seulement à ses installations gazières.

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