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L’Europe demeure le parent pauvre de l’investissement industriel / Le Vieux continent souffre de la comparaison avec le reste du monde
Le serpent européen continue à se mordre la queue. Thomas Grjebine, responsable du programme "Macroéconomie et finance internationales" au centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), et Jérôme Héricourt, conseiller scientifique au CEPII, au sein du programme Macroéconomie et Finance Internationales, déplorent dans une récente publication qu’alors que "les entreprises européennes ont une capacité d’investissement forte (et proche de celle des entreprises américaines), elle est surtout employée hors de l’UE".
Ils arguent qu’effectivement que "les entreprises européennes investissent davantage à l’étranger, si bien que l’UE ne reçoit que l’équivalent d’un peu plus de la moitié de leur capacité d’investissement (et les investissements étrangers en Europe ne permettent pas de compenser) ". Un constat qui s’accompagne d’une production à la traîne dans plusieurs secteurs clés, tel que celui des batteries où l’Europe ne représente que 7 % du total produit là où la Chine s’en approprie les trois quarts.
Une seule voie
L’espoir n’est pas cependant interdit aux yeux des deux chercheurs. Ils espèrent notamment que l’Europe mobilise davantage un de ses atouts majeurs qu’est son "mix énergétique moins carboné" et au sujet duquel ils soulignent que "le développement de clauses de conditionnalité environnementale – sur le modèle du nouveau bonus français sur les voitures électriques – apparaît ainsi comme une voie prometteuse pour favoriser la production européenne, tout en respectant le cadre légal de l’UE".
En incluant des clauses de conditionnalité environnementale, il s’agit également d’une "façon de réorienter la commande publique vers la production française et européenne". Les deux membres du CEPII rappellent que ce sont des sommes colossales qui sont concernées, puisque "la commande publique représente de 10 % à 20 % du PIB des pays membres de l’UE".
Tenir le cap
Une prise de conscience est déjà remarquée au travers de "deux inflexions significatives dans le logiciel européen". D’une part avec "la création du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), entré en vigueur dans sa phase transitoire le 1er octobre 2023, [qui] a pu être interprétée comme marquant l’émergence d’une forme de protectionnisme vert européen" et de l’autre il est salué "la montée en puissance des projets importants d’intérêt européen commun (PIEEC) [laquelle] constitue une deuxième inflexion significative aux règles de libre concurrence de l’UE ".
Le premier changement cité doit permettre "d’éviter les ‘fuites de carbone’, c’est-à-dire le déplacement des productions de l’UE vers des pays ayant des politiques climatiques moins exigeantes et leur remplacement par des importations carbonées". Désormais les importations européennes de plusieurs produits seront soumises à un prix du carbone identique à celui de la production sur le sol européen. Les PIEEC doivent permettre quant à eux d’aller au-delà des limites "habituellement fixées par la réglementation européenne en matière d’aides d’État".
Vigilance
Pour autant des changements aussi drastiques ne sont pas sans risque et les deux chercheurs avertissent que " l’assouplissement des PIIEC risque de réserver les investissements massifs aux pays budgétairement 'vertueux', qui sont très souvent déjà ceux disposant d’un secteur industriel puissant". Pour parer à ce risque, ils suggèrent qu’une "augmentation de l’endettement au niveau européen permettrait de répondre à ce risque de fragmentation accrue ".
Le prix d’un tel choix se chiffrerait cependant en "plusieurs centaines de milliards de dollars". Ces derniers pourraient alors être financés selon des modalités détaillées par les deux membres du CEPII. Elles seraient "proches de celles retenues dans le cadre du plan de relance européen Next Generation EU initié en 2020 (750 milliards d’euros financés par un emprunt au niveau de l’UE), à condition de parvenir à un nouvel accord politique en ce sens".
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