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L'industrie allemande va de mal en pis
Les analystes prévoyaient une nette reprise des commandes industrielles allemandes pour le mois de mars, après deux mois consécutifs de baisse (-2,1 % en janvier et -4 % en février). Mais l'Office fédéral de la statistique a finalement publié ce matin un chiffre en hausse de 0,6 % seulement, alors que le consensus tablait sur une progression de 1,5 % des commandes. Le ministère de l'Économie allemand a encaissé la nouvelle en déclarant que ce nouveau chiffre laissait penser que l'activité du secteur manufacturier resterait "déprimée dans les mois qui viennent". D'autant que la très légère hausse du mois de mars résulte principalement des commandes en gros, sans lesquelles les commandes globales auraient reculé de 1,9 %. Un ton défaitiste pour le gouvernement qui a déjà revu à la baisse à trois reprises ses prévisions de croissance pour 2019, depuis l'automne dernier, ne tablant plus que sur une hausse de PIB de 0,5 % pour cette année. Les données dévoilées ce matin viennent conforter la prudence des autorités allemandes.
"Les commandes industrielles ont affiché leur plus forte baisse trimestrielle depuis le premier trimestre 2009, au plus fort de la crise financière", s'inquiète ainsi Stefan Schilbe, chef économiste chez HSBC. "L'industrie allemande est faible et il n'est désormais plus possible de dire qu'elle résulte uniquement de facteurs temporaires", poursuit l'économiste. Le plus inquiétant est que la demande intérieure s'est elle aussi effondrée, de -4,2 % sur le mois de mars, alors qu'elle avait jusqu'à présent plutôt bien résisté, contrairement à la demande extérieure qui a naturellement reculé, dans un contexte de guerre commerciale. Les derniers indicateurs PMI allemands ne sont guère plus encourageants (39,3 en avril contre 38,9 en mars pour les commandes industrielles). "La très légère reprise dévoilée ce matin ne change pas le tableau général de l'économie allemande", explique encore Stefan Schilbe. "Nous ne tablons pas sur une reprise rapide de l'industrie du pays".
Les équipes de Rexecode sont moins alarmistes : "le scénario qui se profile pour l'heure n'est pas catastrophique", affirment-ils dans une note publiée hier soir. Selon Charles-Henri Colombier, expert au sein de l'institut, le refroidissement actuel de l'économie outre-Rhin provient avant tout d'un choc de la demande étrangère, essentiellement industrielle. Avec un poids des exportations dans le PIB de 47 % (contre 31 % en France), l'économie allemande est particulièrement sensible au commerce mondial, explique l'expert. "Or celui-ci devrait connaître en 2019 son pire millésime depuis 2013 au moins", alors que les tensions commerciales ne semblent pas s'apaiser et que l'industrie automobile mondiale est en chute libre depuis le mois d'octobre. Et l'industrie automobile représente 1/4 de la valeur ajoutée industrielle allemande.
Malgré ces facteurs très défavorables à l'économie allemande, celle-ci devrait bénéficier d'une politique budgétaire plus expansionniste que d'ordinaire, selon Rexecode. Les pouvoirs publics ont largement les moyens d'une politique budgétaire de relance, alors que le pays a encore affiché l'an dernier un excédent de 1,7 % de son PIB. "Une impulsion budgétaire positive d'au moins 0,5 % du PIB est attendue en 2019", poursuit Charles-Henri Colombier. Qui estime que les mesures envisagées par le gouvernement Merkel, à savoir une hausse des investissements publics ainsi que des incitations fiscales dans les infrastructures, l'éducation et la digitalisation permettront d'éviter un effondrement de la croissance allemande cette année.
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