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Saint-Gobain / Benoit Bazin
Saint-Gobain poursuit sa conquête du Canada / Avec Bailey, le groupe y signe une troisième acquisition en deux ans
"Il faut être canadien au Canada pour être un acteur reconnu", expliquait Benoit Bazin, le directeur général de Saint-Gobain, lors du rachat en juin 2023 de Building Products of Canada (BPC), un producteur de bardeaux de toiture pour le secteur résidentiel ainsi que de panneaux d’isolation en fibre de bois. Suivant le même raisonnement, le géant des matériaux de construction vient d’y conclure moins d’un an plus tard l’acquisition du groupe Bailey, entreprise familiale produisant des ossatures métalliques pour la construction légère. Une opération d’un montant de 880 millions de dollars canadiens, soit 600 millions d’euros. Et ce, alors que le groupe avait également acquis, en 2022, l’entreprise Kaycan, spécialisée dans les revêtements de façade.
"Saint-Gobain a récidivé", salue ainsi le cabinet Oddo BHF à propos de cette nouvelle opération de croissance externe de taille moyenne, réalisée dans le non coté, au pays de la feuille d’érable. Et où visiblement, le groupe français est le bienvenu. Il s’agit en effet d’une transaction très amicale, Saint-Gobain ayant été en l’occurrence approché par la famille à la tête de l’entreprise (fondée par Sam Bailey en 1950, mais qui n’avait pas de successeur) pour la réaliser. Elle constitue d’ailleurs "une opportunité unique et semble difficilement réplicable dans d’autres pays", poursuit Oddo BHF.
Un chiffre d’affaires triplé en trois ans
Ce n’est de toute façon pas le but. Si Saint-Gobain est si actif au Canada, c’est parce que le pays offre des perspectives de croissance du marché de la construction très attractives. La Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), l'organisme national responsable de l'habitation au Canada, estime à 5,8 millions le nombre de nouveaux logements nécessaires d’ici 2030.
Une tendance porteuse dont le groupe français, désormais renforcé par Bailey, bénéficie dans des proportions de plus en plus grandes. "Sur une base pro forma, le Canada est passé de 0,8 milliard de dollars canadiens de ventes en 2021 à 2,3 milliards de dollars canadiens cette année", conséquence des trois acquisitions réalisées (Kaycan, Building Products Canada et maintenant Bailey) ainsi que d'une croissance organique élevée à un chiffre, observe pour sa part UBS. Et qui contribue également à faire progresser la rentabilité du groupe français.
Bailey a généré des ventes de 532 millions de dollars canadiens et un excédent brut d’exploitation (Ebitda) de 91 millions de dollars canadiens en 2023, soit une marge de 17,2% en ligne avec celle des activités du groupe au Canada (18%), proche de celle dégagée aux Etats-Unis (20%), et nettement supérieure au record de 14,6% atteint l’an dernier par Saint-Gobain, qui doit compenser la plus faible profitabilité de ses activités européennes. L’opération devrait donc s’avérer immédiatement relutive sur les résultats du groupe français, tout en étant porteuse de synergies, grâce en particulier à la forte complémentarité avec les produits existants de ses filiales CertainTeed (la filiale historique de Saint-Gobain en Amérique du Nord, acquise en 1988), Kaycan et BPC.
Des synergies à la fois significatives et prudentes
Ces synergies significatives sont estimées à 26 millions de dollars canadiens d’ici la troisième année, soit 5% du chiffre d’affaires, un niveau supérieur à celui qui avait été annoncé pour BPC (3% du chiffre d’affaires) mais inférieur à celui visé pour Kaycan (6%), ce qui sous-entend que la direction de Saint-Gobain se base sur des hypothèses relativement prudentes.
De telle sorte que cette nouvelle acquisition est totalement alignée avec les critères d'investissement stratégiques et financiers du plan "Grow & Impact", qui, rappelons-le, vise à accélérer la génération de résultat et de trésorerie sur la période 2021-2025.
Outre qu’elle permet le renforcement en Amérique du Nord de l’offre de construction durable du groupe (qui plus est avec un partenaire de longue date), l’opération remplit pleinement le critère de création de valeur d'ici la troisième année suivant la réalisation de la transaction. Sans oublier qu’elle n’obère pas le maintien d'un bilan solide, Saint-Gobain assurant que son ratio "dette nette sur EBITDA" restera inférieur à l'objectif défini entre 1,5 et 2 fois, y compris l’acquisition récemment annoncée de CSR Limited. A la Bourse de Paris, l’action Saint-Gobain gagnait 1,6% à 74,3 euros jeudi, parmi les plus fortes hausses du CAC 40.
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