Evenements / Eiffage / Benoît de Ruffray / Taxe sur les concessions / Méka Brunel
Evenements
Eiffage / Benoît de Ruffray / Taxe sur les concessions / Méka Brunel
Entre taxe sur les concessions et acquisitions, l’AG d’Eiffage donne le ton pour 2024 / Et Méka Brunel intègre le conseil d'administration
Eiffage a tourné à plein régime en 2023. Fort de performances solides et d’un niveau de visibilité inédit atteint grâce à un carnet de commandes bien rempli, le spécialiste du BTP et des concessions met le cap sur la suite. Et l’assemblée générale du groupe, qui s’est tenue mercredi, aura permis aux porteurs de titres du groupe d’avoir de plus amples éclairages à ce sujet.
Du côté de la dynamique commerciale, les années à venir s’annoncent de fait sans encombre. La prise de commandes en 2023 a été "exceptionnelle", s’est félicité le président-directeur général (P-D.G.) d’Eiffage, Benoît de Ruffray. A 26 milliards d’euros, son carnet de commandes s’est enrichi de 7,5 milliards d’euros en 2023. "Pour 2024 et 2025, il n’y aura pas d’effet majeur. Mais à partir de 2026 et au-delà, nos différents succès commerciaux vont illustrer ce changement structurant", a fait valoir le dirigeant, en référence aux contrats relatifs à la ligne 15 Est du Grand Paris Express (qui mobilisera l’ensemble de ses branches d’activité pour 2,5 milliards d’euros) et au lot de génie civil remporté pour les EPR 2 de Penly, représentant 4 milliards d’euros.
Deux chemins de défense
S’il s’agit ici de l’activité de travaux d’Eiffage, le groupe opère aussi évidemment dans les concessions, notamment au travers de ses sociétés APRR et AREA. L’exercice 2023 fut dynamique sur les trafics. Et concernant la relation du groupe avec son concédant, l’Etat français ? "L’année 2023 avait bien démarré, avec la signature d’un plan d’investissement de 410 millions d’euros. Un petit exemple de ce qu’il faudrait faire pour la transition écologique des transports routiers ", a entamé Benoît de Ruffray. Et de regretter : "La suite a été tout autre. Je ne peux pas ne pas évoquer avec vous l’attaque que nous avons subi dans nos concessions, dans la volonté affichée de nos gouvernants de mettre en place une nouvelle taxe, en dépit de tous leurs engagements contractuels d’assurer la stabilité fiscale de nos contrats".
Pour mémoire, la loi de finances 2024 intègre une taxe sur les infrastructures de transports de longue distance. Les assujettis sont définis au regard de critères de revenus d’exploitation et de rentabilité. Le motif est environnemental, ses recettes permettront notamment de financer le plan ferroviaire français. La taxe ne les vise pas spécifiquement. Ce qui pourrait empêcher les sociétés concessionnaires d’autoroutes de demander une compensation pour rétablir leur droit à l’équilibre économique de leurs contrats, au travers d’une augmentation des tarifs de péage ou d’un allongement de la durée des concessions. Eiffage avait en tout cas pointé lors de la publication de ses résultats annuels qu’en raison de cette taxe, en vigueur depuis le 1er janvier 2024, son résultat net pourrait stagner au titre de l’exercice en cours.
Interrogé par un actionnaire à ce sujet, comme cela avait été le cas lors de l’assemblée générale de Vinci, Benoît de Ruffray a appuyé les propos de son homologue. Un recours pour excès de droit avec question prioritaire de constitutionnalité (QPC) a été soumis : "Nous sommes dans l’attente de l’acceptation de transférer ce recours au Conseil constitutionnel. Cela passe par le Conseil d’État. Si nous allons au Conseil constitutionnel, nous avons la certitude qu’avant la fin de l’année 2024, nous aurons la position en droit constitutionnel de la validité ou non de cette taxe", a expliqué le patron d’Eiffage. "Si elle n’est pas repoussée au Conseil constitutionnel, nous allons dans notre deuxième ligne de défense. Mais seulement après, lorsque nous aurons purgé le recours au Conseil constitutionnel. Nous irons finalement demander l’application de nos contrats, sur lesquels nous avons des clauses de stabilité fiscale, qui sont inhérentes à nos contrats de concessions. Et là, c’est un long processus. Quoi qu’il en soit, une partie ou l’autre fera appel, donc nous sommes partis pour plusieurs années pour finir, in fine, au Conseil d’État, pour statuer sur le fait que nous devions être compensés ou pas. Ce que nous demanderons au Conseil d’État, en droit administratif, c’est l’application de nos contrats et donc la capacité à compenser les taxes que nous impose l’État", a-t-il poursuivi. La fin des contrats de concessions se pose également, puisqu’elle arrivera en 2035 et 2036 pour APRR et AREA. Benoît de Ruffray a laissé savoir qu’en cas d’appels d’offres à l’échéance des contrats, le groupe y participerait, en fonction des conditions qui seront choisies par le gouvernement.
Un actif prometteur mais concentré
Autre évènement de l’année 2023 : le renforcement d’Eiffage au capital de Getlink, dont il est désormais le premier actionnaire avec 20,55 % du capital. Getlink est l’exploitant de l’Eurotunnel et son contrat de concessions s’étale jusqu’en 2086… alors qu’un actionnaire soulevait la question d’une éventuelle prochaine prise de participation, le P-D.G. a tout d’abord souligné que l’impact du groupe en matière d’emploi et d’environnement était plus important lorsqu’il était présent sur son activité de travaux. Une bonne manière, selon lui, de rendre moins puissant le risque politique que représentent les concessions.
Évidemment, Getlink a de nombreux atouts a faire valoir, a expliqué Benoît de Ruffray, du fait d’une activité européenne à laquelle Eiffage s’assimile et d’un contrat de concession étalé sur un temps long : "C’est un élément intéressant, au cœur de l’Europe, un lien vital, une entreprise française, avec une concession sur un temps très long. Par contre, elle est très concentrée. Pour nous il est important de garder un niveau d’engagement sur Getlink pour qu’on ne finisse pas par avoir des concessions totalement liées à un seul actif qui serait Getlink. […] Aujourd’hui, nous serions à l’aise de faire monter notre participation jusqu’à 30 %", a remarqué le P.-D.G., tout en indiquant ne pas avoir d’intention de lancer d’offre publique d’achat sur Getlink.
Des acquisitions en nombre
Et concernant des rumeurs de rapprochement avec Spie, le patron les a démenties. En soulignant des relations au beau fixe avec l’entreprise, dont la culture est compatible avec la branche Énergie Systèmes d’Eiffage, il a également pointé que la société avait fait de la volonté d’être indépendant un axe stratégique. La fructueuse branche d’activité n’est néanmoins pas en reste en matière de croissance externe. Elle a conclu onze acquisitions sur l’exercice 2023. "C’est un levier additionnel de croissance", a relevé Benoît de Ruffray.
À la veille de l’assemblée générale, le groupe avait d’ailleurs annoncé qu' Eiffage Énergie Systèmes avait conclu un accord en vue d’acquérir 100 % d’EQOS, un acteur allemand spécialisé dans les transports, la distribution d’énergie, des télécommunications et du ferroviaire.
De quoi fournir de multiples éclairages aux actionnaires sur la feuille de route du groupe pour l’année à venir et sur les batailles que ce dernier compte mener. À noter que l’assemblée générale aura aussi permis au conseil d’administration d’accueillir un nouveau membre. Méka Brunel a été nommée administratrice indépendante pour un mandat d’une durée quatre ans. Une arrivée qui sonne comme un retour aux sources pour l’ancienne patronne de Gecina, qui avait commencé sa carrière par un stage de fin d’études au début des années 1980 chez Fougerolle, l’ancêtre d’Eiffage, avant d’y travailler durant une décennie. Approuvée à plus de 99 % par les actionnaires, la nouvelle administratrice a aussi tenu à remercier l’ancien P-D.G. d’Eiffage Jean-François Roverato, présent lors de l’assemblée générale. Et d’ajouter : "C’est un retour pour servir dans une entreprise bien différente, bien plus intéressante, bien plus grande et bien plus prospère".
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

