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La chute du Yen n’est pas enrayée par la Banque du Japon / L’impact de sa dépréciation est minimisé par son gouverneur
Le futur proche du cours du Yen ne se décidera pas que dans les bureaux de la Banque du Japon (BoJ). On observe pourtant qu’un dollar valait 156 yens ce vendredi, un niveau pas atteint lors des trente-quatre dernières années, avant de voir la monnaie japonaise se réapprécier en ce début de semaine. Cet amer constat d’impuissance s’explique notamment par l’attrait du retour sur investissement aux États-Unis comparé à celui offert au Japon. Le ministre des Finances Shunichi Suzuki a réagi en fin de semaine dernière, relayant que le gouvernement était désormais "inquiet" des implications d’un yen faible, allant jusqu’à évoquer que "toutes les mesures possibles" peuvent être prises par les autorités de l’Archipel.
Une déclaration qui se veut rassurante mais loin d’être capable de changer la donne pour la devise nippone. Chez Barclays on souligne que "les écarts de rendement importants entre les États-Unis et le Japon ont été le principal moteur de la hausse du dollar par rapport au yen", une dynamique susceptible de perdurer en raison du "retard probable dans le cycle de réduction de la Fed, étant donné la surperformance de l’inflation et de la croissance de l’emploi aux États-Unis".
Subir
Les équipes de la banque anglaise tablent sur le fait que "la BoJ relèvera son taux directeur de 25 points de base en juillet, ce qui devrait apporter un certain soutien au Yen, mais le calendrier et le rythme du cycle de réduction de la Fed sont probablement un facteur plus important pour les différentiels de taux bilatéraux ". Shin Kadota, stratégiste chez Barclays, va quant à lui jusqu’à estimer "que le yen est vulnérable à un nouvel affaiblissement, tant que la Fed retarde les réductions de taux". D’autant plus que toute hausse des taux côté japonais s’accompagnerait d’un nouveau dilemme : la hausse du coût de l’importante dette publique.
Les différentiels de taux ne sont pas cependant le seul nuage à l’horizon pour le Yen, on retrouve parmi les facteurs explicatifs de sa dépréciation tant une "hausse des prix du pétrole [qui] signifie un nouveau choc négatif des termes de l’échange pour le Japon", qu’un niveau des " sorties d’investissements de détail du Japon, à hauteur de 1 000 milliards de yens par mois, en raison du nouveau régime d’exonération fiscale NISA et des déficits commerciaux numériques qui ne cessent de se creuser, continuent de compenser une partie de l’amélioration de l’excédent de la balance courante due au tourisme entrant". Autant d’éléments qui contribuent à ce que l’offre et la demande de devise ne penchent pas favorablement pour la monnaie nippone.
Crainte
Difficile cependant de rester les bras croisés pour les pouvoirs publics et à l’instar des déclarations de Shunichi Suzuki, les équipes de Barclays notent que " l’affaiblissement du yen maintient les risques d’intervention sur le marché des changes". Le parallèle est notamment effectué avec le mois de septembre 2022, lors duquel la BoJ avait "lancé trois interventions sur le marché des changes en deux mois, pour un montant de 9 trillions de yens. Par conséquent, les interventions, ou les inquiétudes du marché à ce sujet, pourraient continuer à accroître la volatilité du yen à court terme, alors que le Japon entrera dans les vacances de la Semaine d’or la semaine prochaine ".
Du côté de chez Gregor Hirt, Global CIO Multi Asset chez AllianzGI, on prenait position avant même la dernière réunion de la Banque du Japon pour estimer que "bien que le yen reste historiquement sous-évalué, tant que nous ne voyons pas un élément déclencheur plus fort (comme des données en faveur d’un pivot plus rapide que prévu de la Fed ou une réaction défensive décisive de la part de la BoJ), le carry élevé et le potentiel de baisse progressive nous empêchent de prendre une position". La possibilité d’une intervention du ministère des Finances n’est à exclure, mais l’effet de cette dernière est loin d’être anticipé comme durable.
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