WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Sur les marchés / Apple / Rachats d'actions / S&P500

Sur les marchés
Apple / Rachats d'actions / S&P500

Apple, champion toutes catégories des rachats d’actions / Une mécanique bien populaire qui soulève néanmoins de multiples questions

Pas de repos pour les rachats d’actions chez Apple. En annonçant un programme de 110 milliards de dollars en marge de ses résultats trimestriels, la marque à la pomme a détrôné son propre record… qui occupait déjà la première place de ce type d’opérations aux États-Unis. Défendue par les uns, décriée par les autres, la mécanique devrait être d’autant plus dynamique en 2024. Mais si elle permet techniquement d’avoir un effet positif sur les marchés d’actions, elle soulève aussi un certain nombre d’interrogations quant à son utilité en termes d’investissements, de productivité pour une entreprise ou du reflet de sa valeur fondamentale.
Apple  (Photo by JB Lacroix / Full Picture Agency / Full Picture Agency via AFP)
Apple (Photo by JB Lacroix / Full Picture Agency / Full Picture Agency via AFP)

Cela va sans dire que la nouvelle n’est pas passée inaperçue. Il y a dix jours, alors qu’Apple publiait ses résultats trimestriels, la marque à la pomme en profitait pour annoncer un programme de rachat d’actions. Et non des moindres : il s’élèvera à 110 milliards de dollars. Apple a ainsi battu son propre record, établi en 2018, alors qu’il avait autorisé un rachat d’actions de 100 milliards de dollars. Un record qui en constituait d’ailleurs un à l’échelle du pays selon les données recensées par la société d’études de marché Birinyi Associates, rappelle John Plassard, de la banque Mirabaud dans une note.

"C’est simple, Apple a racheté pour 625 milliards de dollars d’actions au cours des dix dernières années, ce qui est supérieur à la capitalisation boursière de 492 entreprises du S&P 500 !", poursuit-il. Et avec l’annonce de sa dernière opération, Apple conserve donc son titre de l’auteur du rachat d’actions le plus important jamais réalisé aux États-Unis – le groupe occupe d’ailleurs les six premières places du "top 10" des opérations américaines. Outre la major pétrolière Chevron et son programme de rachats d’actions de 75 milliards de dollars annoncé en janvier 2023, les champions américains sont les grandes firmes technologiques : Meta, Alphabet ou encore Microsoft.

 

Depuis qu’ils ne sont plus interdits

 

Reste que la mécanique fait débat. "Pendant la majeure partie du XXe siècle, les rachats d’actions ont été considérés comme illégaux, car ils étaient assimilés à une forme de manipulation du marché boursier. Mais depuis 1982, date à laquelle ils ont été légalisés par la Securities and Exchange Commission (SEC), les rachats d’actions sont devenus l’outil d’ingénierie financière le plus populaire dans la boîte à outils du chef d’entreprise", rappelle John Plassard. Effectivement, si les sociétés s’y adonnent, c’est parce qu’ils présentent des avantages. Techniquement, en diminuant le nombre d’actions en circulation d’une entreprise, son cours peut s'en retrouver soutenu et les bénéfices par action augmentés.

Warren Buffett est d’ailleurs l’un des défenseurs ce type de programme. "Lorsqu’on vous dit que tous les rachats d’actions sont nuisibles aux actionnaires ou au pays, ou particulièrement bénéfiques aux PDG, vous écoutez soit un analphabète économique, soit un démagogue à la langue d’argent (des caractères qui ne s’excluent pas mutuellement)", lançait-il dans la lettre annuelle de Berkshire Hathaway.

 

Un juste prix et beaucoup de questions

 

Une déclaration sans équivoque qui cachait néanmoins quelques subtilités. Pour Warren Buffet, il s’agit en fait d’une question de prix. S’il est trop élevé, les actionnaires restants sont perdants. Un juste prix, en revanche, permet d’augmenter la valeur de l’entreprise. "Le calcul n’est pas compliqué : lorsque le nombre d’actions diminue, votre intérêt pour nos nombreuses activités augmente. Chaque petit geste compte si les rachats sont effectués à des prix qui augmentent la valeur de l’entreprise", poursuivait-il.

Mais s’ils sont techniquement positifs pour les marchés d’actions, ces rachats laissent toutefois quelques questions en suspens, remarque la note de Mirabaud. Dans le cas d’une société surévaluée, tout d’abord, ne serait-il pas plus judicieux de verser ces sommes aux actionnaires sous forme de dividendes, afin qu’ils puissent les investir plus efficacement ? Une augmentation technique des bénéfices par action reflète-t-elle la valeur fondamentale d’une entreprise ? Lorsque les rachats d’actions se font au détriment de la recherche et développement, quid de la productivité de l’entreprise ? Et puis, est-il juste qu’une entreprise puisse recourir à l'endettement pour financer une opération visant à augmenter ses bénéfices ? La liste est non exhaustive et soulève donc un certain nombre de sujets relatifs à cette mécanique.

 

Pas de ralentissement en vue

 

Pourtant, sa dynamique ne devrait pas être amenée à fléchir. Il est prévu que les entreprises du S&P 500 rachètent pour 925 milliards de dollars de leurs propres actions en 2024. Cela représenterait une hausse de 13 % sur un an, alors que les prévisions initiales de Goldman Sachs tablaient sur une progression de 4 %, souligne la note de Mirabaud. Et en 2025, l’accélération devrait être d’autant plus importante : + 16 %, toujours selon Goldman Sachs. Les rachats d’actions dépasseraient ainsi le seuil des 1 000 milliards de dollars pour la première fois, grâce aux bénéfices importants des grandes entreprises technologiques. De fait, la croissance de ces derniers explique environ la moitié de la variation des rachats d’actions d’une année sur l’autre dans l'indice, expliquent les stratèges de Goldman Sachs Cormac Conners et David Kostin. D’autant que le retour des dépenses de consommation et la demande accrue des produits liés à l’intelligence artificielle les alimenteront. "Quoi qu’il en soit, tout le monde est d’accord sur le fait que [les annonces de rachats d'actions] ont un effet positif sur le cours de l’action d’une entreprise et plus globalement d’un indice", souligne de son côté la note de Mirabaud.

Des opérations qui semblent avoir de beaux jours devant elles aux États-Unis, alors même qu’elles y sont taxées à hauteur de 1 % depuis janvier 2023. Un dispositif similaire pourrait d’ailleurs voir le jour en France, dont les entreprises sont les championnes européennes en la matière. Bruno Le Maire indiquait en effet en fin de semaine dernière, aux députés de la commission des affaires économiques, être prêt à envisager une taxation des rachats d’actions : elle devrait s’inscrire dans un travail de coconstruction avec les parlementaires dans le cadre du projet de loi de finances pour 2025.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article