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Arthur Mensch / MistralAI

Arthur Mensch revient sur l’architecture des levées de fonds de Mistral AI au Sénat / Des raisons logiques au fait que deux fonds américains aient mené sa série A

Le cofondateur et dirigeant de Mistral AI, auditionné par les membres de la commission des affaires économiques du Sénat, a répondu à leurs interrogations quant à son cercle d’investisseurs, alors que deux fonds américains ont mené sa série A. Des acteurs capables de prendre davantage de risques, a-t-il expliqué, ce pour des raisons de structure du marché de capitaux. Mais Mistral AI est français et compte bien le rester, a assuré Arthur Mensch.
Arthur Mensch, commission des affaires économiques du Sénat (©Sénat)
Arthur Mensch, commission des affaires économiques du Sénat (©Sénat)

Mistral AI vient à peine de souffler sa première bougie que la start-up, considérée comme la pépite française de l’intelligence artificielle (IA), est déjà devenue incontournable. Auprès de ses pairs, de ses investisseurs, mais aussi des parlementaires. Pour preuve, après avoir reçu les coprésidents de la Commission de l’IA, Philippe Aghion et Anne Bouverot, les sénateurs de la commission des affaires économiques du Palais du Luxembourg auditionnaient ce mercredi un autre de ses membres, le cofondateur et directeur général de Mistral AI, Arthur Mensch.

L’occasion de revenir (entre autres) sur les besoins de financements de l’entreprise et sur la manière dont se structure son capital, alors que le gouvernement met les bouchées doubles pour faire de Paris la capitale de l’IA. Certes, la France attire des entreprises, des talents, des investissements et des initiatives. "Je ne doute pas que vous êtes sur la voie du succès, car vous avez réalisé une levée de fonds d’amorçage de 105 millions d’euros, un mois après votre création. Puis, une levée de fonds de série A de 385 millions d'euros", a d’ailleurs rappelé la présidente de la commission des affaires économiques, Dominique Estrosi-Sassone.

 

Un problème de structure

 

Mais il reste que lorsque les champions français ont des besoins importants de capitaux, ils trouvent parfois plus d’écho auprès de fonds internationaux que français. "Selon ce que nous pouvons lire dans la presse [d’après le Wall Street Journal, ndlr], une nouvelle levée de fonds de série B, de plusieurs centaines de millions de dollars, serait en cours de finalisation… des chiffres pour le moins vertigineux. Les acteurs français et européens du capital-risque sont-ils au rendez-vous ? Ou vos levées de fonds reposent-elles essentiellement sur des fonds américains ? Car au Sénat, nous déplorons depuis longtemps le manque de mobilisation d’acteurs institutionnels et le manque de fonds d’investissement capables d’investir, selon des logiques technologiques et industrielles, des montants conséquents", a poursuivi Dominique Estrosi-Sassone.

Effectivement, les fonds levés lors du premier tour de table de Mistral AI avaient été à peu près équitablement répartis entre des investisseurs français et américains. Mais la série A de Mistral AI a été menée par des Américains, que sont les deux fonds Andreessen Horowitz et Lightspeed Venture. Si le casting français – parmi lequel figure Bpifrance, CMA CGM, BNP Paribas, Motier Ventures ou La Famiglia – n’a pas hésité à remettre au pot ou à entrer dans la danse, Arthur Mensch a expliqué : "Nous avons fait un tour de série A, nous n’avions pas de revenus à l’époque et besoin de beaucoup de capitaux. Il se trouve que les fonds européens ne sont pas structurés pour faire des paris à forte conviction, c’est-à-dire écrire des chèques de 50 ou 100 millions d’euros sans voir le revenu d’une entreprise. Ce qui est le cas des Américains, pour des raisons de structure du marché des capitaux".

 

La question du long terme

 

Ce qu’il manque aux financements européens, a expliqué Arthur Mensch, c’est une vision de long terme. "Les fonds de croissance européens nous ont dit [lors de notre série A] que c’était trop tôt pour eux. Pourquoi ? C’est parce que leurs LPs, donc les grands fonds souverains ou stratégiques, ne leur donnent pas le mandat de faire ce genre de chose. Ils ne sont pas suffisamment long terme car il n’y a pas de marché de capitaux à long terme en Europe, que l’épargne n’est pas investie dans le risque. Tant qu’il n’y a pas de fonds stratégique de plusieurs dizaines, voire centaines de milliards en Europe, capables de faire des investissements en se disant qu’il n’y aura pas de retour avant vingt ou trente ans, il n’y aura pas de fonds de croissance [équivalents à ceux des Américains]", a regretté Arthur Mensch, pour qui la réflexion sur les marchés des capitaux est fondamentale à avoir, en ce qu’elle pourrait être une des sources du décrochage de l’Europe par rapport aux États-Unis sur les vingt dernières années.

Le dirigeant de Mistral AI a bien observé qu’à partir du moment où les revenus commençaient à se dessiner, les Européens pouvaient revenir dans la place. "Mais pas à des niveaux de paris comme des Américains savent le faire. D’une certaine manière, cela veut dire que l’upside de notre entreprise, qui n’est pas encore démontré mais dont espère le faire, va en partie vers les Américains alors que cela pourrait être des Européens. Nous n’y pouvons pas grand-chose en tant qu’entreprise", a-t-il rappelé.

 

Des racines qui restent

 

Pourtant, Arthur Mensch l’a assuré : 75 % du capital de Mistral AI est français, en comptant les employés, les fonds et les fondateurs. Pas d’inquiétude, donc, alors que le sénateur Les Républicains Patrick Chaize s’interrogeait sur la capacité de l’entreprise à rester française. De plus, le comité stratégique est sous le contrôle des fondateurs, résidant dans l’Hexagone. Toutefois, "il était nécessaire pour nous, mais aussi bénéfique, de s’associer avec un certain nombre de fonds américains qui comprennent mieux la technologie et qui, par ailleurs, sont structurés auprès de leurs LPs pour faire des chèques beaucoup plus gros, à un stade beaucoup moins avancé. Nous sommes français, nous avons l’intention de le rester – c’est pour cela que nous avons créé l’entreprise à Paris", a ajouté le dirigeant de Mistral AI.

Mais effectivement, le marché reste substantiel outre-Atlantique, ce qui a poussé l’entreprise à ouvrir une filiale aux États-Unis il y a peu. Une filiale qui grandit vite, a assuré Arthur Mensch. Ce notamment en raison de l’absence des préavis de trois mois employeurs en vigueur en France, qui bloquent la montée en puissance des entreprises de croissance souhaitant aller débaucher chez leurs grands concurrents dans les meilleurs délais. Un sujet de flexibilité du marché du travail qui sera aussi important afin de permettre aux entreprises de croissance de se développer en Europe, selon le dirigeant de Mistral AI.

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